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L'interview rocambolesque de Marcel Brocq

Mons - Place Léopold.

aventures-et-mesaventures-d-un-chauffeur-de-bus24 janvier 2015, la cité du Doudou est en effervescence.  Sous le ciel de Sainte-Waudru, des milliers de badauds sont venus fêter l'unauguration de Mons 2015, Capitale culturelle européenne.  

La place Léopold, aussi appelée place de la gare là où il n'y a plus de gare alors que là où se trouve la gare (provisoire), il n'y a pas de place, est noire de monde et les bus ont fort à faire à embarquer leur lot de festoyeurs.

Les quais sont bondés, la circulation est très dangereuse pour les mastodontes jaunes qui doivent, en plus de toute cette affluence, traverser une exposition de photographies pour procéder aux embarquements-débarquements, aux arrivées et aux départs.  

Dans toute cette cohue, le leader du CERPI se fraie un chemin à bord de son Van Hool et s'engage dans l'allée du 7, pour Quiévrain.  Sans aucun doute, il y a là au moins trois cents personnes qui attendent et un trio de contrôleurs, tout d'orange fluo vêtus qui surveillent l'arrivée du véhicule.  Et ce dernier passe devant eux, sans s'arrêter, à leur nez et à leur barbe.  

Les contrôleurs ont très bien compris que le chauffeur prend quelques minutes de répit, pour souffler un peu à l'écart et peut-être aussi satisfaire une petite commission.  Sur place, ce serait impensable.  Mais, ils le savent aussi, le break sera très court : pas question de traîner dans les conditions présentes et puis l'heure c'est l'heure !

Le bus disparaît provisoirement dans la nuit.  Sans doute se rend-t-il au dépôt, tout proche.

Une salle de réception, à Mons.

Un homme d'un mètre quatre-vingt cinq et de plus de cent dix kilos vient de recevoir le signal sur son portable.  Il disparaît de la vue de ses hôtes en prétextant un petit besoin.  Il ne dispose toutefois que de quelques minutes pour réaliser l'exploit à réaliser ce soir.  Pour ce faire, il saute dans la Porsche qui l'attend.  Le moteur rugit, le bolide fonce.  Non loin de là, des policiers jettent un coup d'oeil mais ne s'inquiètent guère, eux qui interdisent l'accès au Centre-Ville : la voiture se dirige vers l'extérieur...

Chemin de l'Inquiétude

En dépit des innombrables allées et venues - et peut-être même à leur faveur - deux véhicules très différents se rejoignent sur le bas-côté de la route : le petit bolide et le géant poussif.  Leurs occupants respectifs se serrent la main et font connaissance. Il s'en suit un dialogue assez surréaliste.

Un duo bien singulier

Les deux hommes se voient pour la première fois et se font pourtant la bise, comme deux frères, deux amis, ou deux collègues montois.  C'est la coutume.  Il existe entre les deux hommes d'incroyables particularités communes :  tous deux ont été videurs de boîte de nuit même si, avec les années, leurs carrures et leurs dégaines ne semblent plus aussi impressionnantes, ils ont presque le même âge et sont tous deux chauffeurs de bus.  Sauf que l'un fait dans le surnaturel, le paranormal et l'ufologie et que l'autre vient d'écrire un bouquin sur les "aventures et mésaventures d'un chauffeur de bus".  Il y a aussi un autre point commun : ils n'ont pas leur pareil pour s'embarquer dans des situations époustoufalntes, ou hilarantes, en tous cas incroyables et pourtant vraies.  Tous deux anciens détectives privés aux caractères "intenables", ils sont routiniers du bitume, de la filature et du camouflage ou de la disparition soudaine en fumée...

L'interview

CERPI : Marcel Brocq, je présume ?

MB : Tout juste, Auguste !

CERPI : C'est un réel plaisir de faire votre connaissance.  Sincèrement.  Cela dit, vous le savez, nous n'avons guère que quelques minutes devant nous, tout au plus.  Désolé de devoir vous recevoir "entre deux chaises", comme on dit.  Venons-en donc directement aux faits...

MB : à l'abordage !

CERPI : il existe entre nous de nombreuses similitudes.  Comment interprétez-vous cela ?  De simples coïncidences ? Des synchronicités ? Le hasard ?  Vous comprenez... dans notre type d'activités, il nous fallait absolument soulever le sujet !

MB : Tout à fait.  Comment donc les expliquez-vous ?

CERPI : Ah non !  C'est moi qui posait la question !

MB : c'est vrai, mais puisque c'est votre domaine...

CERPI : Sans doute existe-t-il deux cents cinquante personnes dans le même cas que nous, non ?

MB : Peut-être et le monde est petit...

CERPI : Comment vous est venue l'idée de réaliser un livre sur les chauffeurs de bus ?

MB : Ben, c'est très simple.  C'est en discutant avec des clients, à propos de ce qui se passe quotidiennement dans les bus, que j'ai constaté qu'il y avait énormément de matière et que, le plus souvent, cela entraînait des fous rires.  J'ai vu que personne ne s'était lancé dans l'aventure avant moi et je me suis dit que je pourrais essayer...

CERPI : Vous êtes français ?

MB : Est-ce que vous entendez un accent canadyaing ou un axant swisss ?

CERPI : non, mais cela ne répond pas à la question...

MB : C'est vrai, je suis européen et francophone.  A part ça, je suis wallon de coeur, ascendant Ch'ti, daltonien par mon père et dalmatien par ma mère...

CERPI : Français du Nord, quoi ?

MB : P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non...

CERPI :  bref : vous ne le direz pas, O.K.  Marcel Brocq c'est votre vrai nom ?

MB : Autant que vous c'est Napoléon...

CERPI :  Je vois...  Toutes les histoires que vous racontez dans votre livre sont authentiques et personnellement vécues ?

MB : La plupart du temps, j'étais aux premières loges, en effet.  Mais je me suis parfois aussi inspiré d'histoires racontées par des collègues et pas toujours de mon pays.  Certains passages ont aussi parfois été un peu arrangés pour les besoins des éditions, mais cela reste très fidèle à la réalité.

CERPI : Est-ce que les particularités locales ne vous ont pas posé de problèmes ?

MB : Il y a en effet parfois des différences assez importantes dans la façon dont les choses se passent selon l'endroit où l'on se trouve.  Mais un bus reste un bus et dans nos pays romans le comportement des personnes fait partie d'une grande généralité qui se retrouve partout.  Tout le monde se reconnaîtra facilement.

CERPI : Dans votre livre, vous faites aussi allusion à certains phénomènes qui relèvent des sujets d'étude de notre groupement.  Cela vous passionne ?

MB : Non.  Je suis seulement curieux de nature, j'aime bien comprendre, trouver des explications... Ce qui m'a surtout inspiré c'est lorsque les choses se passaient, en plus, dans un bus. Parce que dans ce cas, il peut facilement y avoir des tas de témoins et donc cela illumine les faits d'un jour nouveau.

CERPI : Quelle est votre opinion sur ce type de phénomènes ?

MB : C'est difficile à dire car j'ai beau avoir vécu certains de ces phénomènes, en revanche il est bien difficile d'apporter des preuves flagrantes, indiscutables.  Mais ça reste troublant.  Il y a tout de même des choses que je ne m'explique pas et qui étaient bien réelles, sans discussion.  Je suis formel.

CERPI : Votre livre est un condensé d'humour, un festival de jeux de mots et de situations désopilantes.  Mais la vie de chauffeur de bus n'est pas rose tous les jours...

MB : C'est exact, je ne dois pas vous faire un dessin...  Je présente aussi cette facette du métier dans mon ouvrage.  Mais je me suis arrangé pour truffer ça d'humour aussi, parce que le lecteur doit avant tout y trouver son plaisir.

CERPI : faire rire, c'est une seconde nature chez vous ?

MB : On peut dire ça, oui !  J'aurais peut-être dû faire clown, ou humoriste. Mais je me suis aussi aperçu, en écrivant mon texte, que faire rire n'est pas toujours si facile que ça !  Et puis, il y a un monde de différence entre raconter des blagues à des copains et les écrire pour un large public.

CERPI : Je vais déjà devoir vous laisser car le devoir m'appelle.  Vous connaissez ça, pas vrai ?

MB : Eh oui, bien sûr.  Justement, je voulais en profiter pour ajouter que mon livre a aussi été l'occasion de présenter un métier parfois (souvent) mal connu et victime de préjugés.  Les gens ne se rendent pas toujours compte et se font des idées...

CERPI : Ah oui !  Les chauffeurs de bus, tous des fainéants, parfois désagréables.  La belle vie, travail facile, etc...

MB : Dans tous les métiers, il y a un côté pile et un côté face...

CERPI : ça tombe pile pour sauver la face !

MB : Et ne croyez pas que ce face à face m'horripile, mais je dois y aller aussi...

CERPI : Pas de problème !  Merci pour l'interview-éclair et grand succès pour votre livre !  Pour rappel: "Aventures et Mésaventures d'un chauffeur de bus" - Edts "La Boîte à Pandore".  En vente dans toutes les bonnes librairies !

MB : Et longue vie au CERTI...!

CERPI : C'est le CERPI, Marcel !  Mais ce n'est pas grave.

Au chemin de l'inquiétude, devant le regard de nombreux passants qui n'y voient que du feu, le patron du CERPI repart au volant de son Van Hool.  Il est aussitôt dépassé par une Porsche dont le moteur rugit, avant de disparaître à son tour dans la nuit.

C'était une rencontre du troisième trip, entre deux chauffeurs, deux bonshommes encore très verts...