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Souvent femme varie,

blondeUne fois de plus, l'histoire que je vais ici vous raconter est parfaitement authentique.  Elle présente le seul "défaut" de n'émaner que d'un rêve, un mauvais rêve, soit !  Mais un rêve quand même.
Quoi que...

Pour respecter la confidentialité et la vie privée des personnes, je me garderai bien de donner des précisions sur la personne impliquée.  Il suffit de savoir que les faits remontent à la fin des années 80, alors que je rendais fréquemment visite à mon père lorsqu'il habitait encore à Deux-Acren, non loin de la maison de Claudy Criquielion, le célèbre champion du monde cycliste.  A cette époque, j'entretenais une liaison (clandestine) avec une certaine Dominique (c'est un nom d'emprunt, le véritable se terminait toutefois aussi en - ique) qui était vraiment tout ce que l'on voudra sauf une créature sortie tout droit d'un film d'horreur !  Bien au contraire, il s'agissait d'un mannequin artistique (pas de porno) et, faut-il le dire - elle était toute de charme et de beauté.  Plutôt que de parcourir l'ensemble des qualificatifs élogieux, disons plus simplement que c'était une très jolie fille.  Pour ne rien gâcher, elle était également très intelligente (comme quoi cela peut être compatible avec la beauté !) blonde (comme quoi ce n'est pas incompatible avec l'intelligence) et elle avait aussi beaucoup d'humour.

Pourtant, cette nuit là elle n'était pas en ma compagnie et il m'arriva un rêve vraiment très particulier...

Je me trouvais tout simplement dans la salle de séjour, occupé de parler de choses et d'autres avec elle, tout était parfaitement normal, rien d'étrange.  Sauf que, alors que rien ne le laissait pressentir, je la vis soudain en train de procéder à une épouvantable métamorphose !
Progressivement, mais rapidement, j'assistai médusé et terrifié à la transformation accélérée de la superbe créature que je connaissais en un véritable épouvantail, pis que la plus laide des sorcières : tout le registre des horreurs y passait.  On aurait tout aussi bien pu croire que la Linda Blair de l'Exorciste se tenait devant moi.  Et là voilà qui se levait de sa chaise pour se diriger vers moi, manifestement animée d'intentions hostiles !
C'est alors que je parvins à me réveiller.  Je dis que j'y parvins car je dispose de cette faculté apparemment peu courante de pouvoir remarquer, au cours d'un rêve déplaisant, qu'il s'agit précisément d'un rêve et de pouvoir (au prix d'un effort assez important il est vrai) m'en extirper.  Et voilà que, me rendant compte de ce qui venait de se passer, je tente de reprendre mes esprits.  Toutefois, devant le côté abominable et terriblement réel du rêve, je sais qu'il me sera absolument impossible de me rendormir immédiatement.  C'est pourquoi je me lève donc pour rejoindre la salle de séjour, y boire un verre et fumer une cigarette...

Il faut ici impérativement que je signale que la fumée de ma cigarette me pique les yeux, que je me rafraîchis la figure au lavabo, que je sens la fraîcheur de la bouteille sortie du frigo, l'aspect un peu rugueux des vieilles chaises de mon père, Boule (le chien) vient me lécher amicalement la main et je la caresse, la taquine, je sens le froid de sa truffe sur ma paume.  On frappe à la porte.
Qui cela peut-il être à une heure pareille ?  Je vais donc voir et...

exorcist10"Dominique ?  Mais que..."
Pas de problème, je la laisse évidemment entrer.  Lorsque l'on parle du loup on voit la queue, comme on dit.  Sauf que, dans le cas présent, l'expression n'est pas tout à fait adéquate.
"Figure-toi que j'étais justement occupé de... oh !  Laissons tomber !"  Je ne trouve finalement pas qu'il soit très opportun de lui raconter mon rêve.  Cela aurait pu avoir quelque chose de malvenu, voire d'incorrect.  Bien que l'on ne soit pas responsable de ses rêves, bien sûr.
Dominique commence donc à m'expliquer la raison de son irruption tardive, une affaire de famille qu'il ne convient pas d'exposer ici.  Et comme j'écoute son récit, je me rassure progressivement.  Mon cauchemar est déjà bien loin !
Mais Dominique se transforme soudain en une espèce de bête hideuse à souhait, exactement telle qu'elle apparaissait dans mon rêve !  Le monstre insoutenable se tient de nouveau devant moi et je ne comprends évidement plus rien !  Je regarde tout autour de moi et tous les détails de la pièce sont impeccablement distincts, tangibles, réels, concrets !  C'est devenu un cauchemar éveillé, horrible !
Je me réveille de nouveau, dans le noir de ma chambre, trempé de sueur.  Incroyable !  Quelle abomination !

Je me relève, la table de la salle de séjour est vide, pas de cigarette dans le cendrier (ce qui témoigne apparemment de ce qui précédait relevait bien du domaine onirique), toutes les bouteilles sont toujours présentes dans le frigo, Boule me regarde avec ses bons yeux de brave toutou qui ne comprend rien à ce qui m'arrive...  J'entends mon père tousser dans la chambre à côté.  Voyant probablement le rai de lumière sous la porte, il me demande si ça va, si je ne suis pas malade et je le rassure :
"Non, pas de problème.  J'ai seulement fait un abominable cauchemar !"
"Ah !  Tu as rêvé de moi ?"  fait-il, avec son humour habituel.
Et il se lève car il doit se rendre aux toilettes.  Lorsqu'il en revient, je ne peux m'empêcher de lui raconter mon rêve.  Et comme de bien entendu, il me sert le style de phrases habituellement de circonstance: "songe - mensonge", mais c'est tout de même spécial !
Jurant bien que l'on ne m'y reprendrait plus, j'allume ma cigarette, une Gauloise, et il allume sa Belga, je sers deux verres et pris d'une inspiration subite, je place le paquet d'allumettes sur la table, une capsule et le cendrier de manière à former un triangle.  C'est à la fois un geste machinal, un peu automatique et nerveux que je fais pour me donner une contenance, occuper mes mains, distraire mon esprit, le calmer, et en même temps une ruse de sioux.  Ou de détective privé, si vous préférez...

Boule gratte à la porte, c'est signe qu'elle doit sortir.  Si elle pouvait parler elle dirait sûrement : "Ouvrez-moi la porte si vous ne voulez pas que je fasse pipi dans la maison !".  Elle se fait très bien comprendre et mon père, qui est tout près de la porte, lui ouvre et la suit.
Je sens alors mon sang se glacer dans mes veines !  Dominique est assise à la chaise à côté de moi, souriante.
Ce n'est pas possible ?  Ce n'est pas vrai ?  Ça ne va pas recommencer ?
Hé bien si, parce qu'elle se transforme une fois de plus !  La Belle et la Bête, la Bête et la Belle, je ne sais plus !  J'ai envie de hurler !  Que tout cela cesse enfin !  Tout autour de moi est bien réel !  Je voudrais au moins pouvoir crier mais cela m'est impossible...
Et lorsque j'y arrive enfin, mon cri est plutôt bref : je suis dans mon lit, exténué, épouvanté !
A ce moment, l'horreur réside bien sûr dans la nature du rêve, particulièrement horrible, mais aussi par la situation extrêmement angoissante.  Qu'est-ce qui est réel, qu'est-ce qui ne l'est pas ?  Suis-je maintenant encore endormi ou éveillé ?  Le rêve va-t-il recommencer ?  Où suis-je en sécurité pour échapper à ce monstre, à ce phénomène ?  Comment échapper à cette boucle infernale ?

Je me souviens avoir appuyé rageusement sur l'interrupteur de ma lampe de chevet.  J'y appuyais avec une force démesurée comme pour m'assurer que je le faisais effectivement.  Je me sentais désormais partout en terrain hostile.  Tout pouvait basculer à tout moment, il fallait que je me raccroche à du tangible.  Tous les sens aiguisés, je le levai : le réel était devenu lui-même un cauchemar, celui de ne plus savoir dans quel monde on évolue.
J'arrive dans la salle de séjour, je ne crois plus en rien.  Je cligne des yeux à toute vitesse, je me teste : est-ce que je suis bien éveillé ?
Sur la table, il y a deux verres, un cendrier avec deux mégots, un de gauloise et un de Marlboro.  Le cendrier est placé avec la boîte d'allumettes et la capsule qui forment un triangle.  J'hallucine !  Mon père fume des Belga, et Dominique des Marlboro !

Mais cette fois, les choses ne se passent plus comme avant et le téléphone sonne.  Je décroche.  C'est Dominique.
Je perçois immédiatement au son de sa voix que quelque chose ne va pas et, pour la première fois, je ne suis pas pressé de lui proposer de venir à la maison ! 
Ce n'est pas ça !  Elle me raconte qu'elle vient de faire trois abominables cauchemars au cours desquels je me transformais devant ses yeux en un monstre grimaçant, une horreur sans nom !

ÉPILOGUE

Ce soir là, il ne fut nullement question ni pour l'un ni pour l'autre de quitter nos domiciles respectifs.  Nous sommes restés très longtemps au téléphone, pour le plus grand plaisir de la régie, en fait jusqu'aux premières lueurs du soleil.  Nous avons beaucoup parlé de ces rêves particulièrement étranges et angoissants, simultanés et apparemment inexplicables.
Et nous n'avons jamais trouvé de solution, aucune explication.  Si ce n'est des clichés : coïncidences troublantes, hasard incroyable, probabilités impossibles.  A ma connaissance, Dominique n'avait pas vu le film l'Exorciste, moi bien.  Nous ne parlions jamais des choses de l'étrange.  J'avais bien abordé le sujet une fois avec elle mais j'avais abandonné car son esprit était trop scientifique, trop cartésien que pour encaisser de telles avancées.  Et vous, vous avez une explication ?

Si vous en avez une, n'hésitez pas à me contacter.  Mais expliquez moi aussi ce que faisait un mégot de Gauloises dans le cendrier de chez Dominique, elle qui ne fume que des Marlboro. 
Comme son mari.

NDLR: La photo de la jolie demoiselle située en haut de page n'est PAS celle de la personne impliquée dans ce récit.  La deuxième non plus, d'ailleurs...