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Peoc'h et la suite de la controverse, controversée

Bien évidemment, on n'allait pas en rester à ces considérations.  Même pour nous, il est bon de le dire, la proposition de René Peoc'h semblait difficile à croire.  Il faut se rendre compte de l'énormité de la question: "l'esprit de poussins venant d'éclore serait capable d'influencer les déplacements d'une machine soumise à un dispositif qui lui induirait des mouvements aléatoires et donc, ces volatiles seraient capables d'influencer, par le fait même, le hasard" ! Il faut bien dire que c'est gros!

Parmi les soupçons, citons:

1) Les résultats auraient été infléchis. C'est-à-dire qu'ils auraient été volontairement trafiqués, comme cela arrive parfois aux meilleurs scientifiques (voire inconsciemment, parce que, par exemple, ils croiraient à de sporadiques artefacts ou mauvais fonctionnements, etc.)

Nous ne pouvons hélas pas le vérifier bien que nous disposions de la totalité des chiffres (comme vous si vous avez lu les pages précédentes) Par contre, il est permis de juger, aujourd'hui encore, des tracés relevés sur base des déplacements du tychoscope.

A ce propos, nous notons que l'auteur de l'expérience a l'honnêteté de reconnaître que certains tychogrammes sont parfaitement conformes au hasard et ne présentent donc pas de particularité.  Il pourrait s'agir d'une savante stratégie "d'os à rogner" pour feindre l'honnêteté, d'accord.  Mais que dire alors des autres tracés qui eux, supérieurs en nombre, sont parfaitement conformes à la thèse?  Ils ne comptent pas?  Ou plutôt ils ne compteraient plus puisque, apparemment, la science se désintéresserait du phénomène?

2) Le tychoscope aurait été équipé d'un appareillage de sonoguidage ou de thermoguidage. C'est-à-dire l'appareil aurait été conçu pour réagir soit aux tchip-tchip des poussins, soit à leur chaleur naturelle.  C'est évidemment une possibilité de fraude.  Donc, dans ce cas, ce dispositif frauduleux n'aurait pas fonctionné lorsque les tychogrammes étaient conformes au hasard et René Peoc'h aurait bien de la suite dans les idées, jusqu'à débrancher le dispositif malicieux afin d'obtenir des tracés normaux qui le contredisaient, "pour faire plus vrai"...  Bien sûr, on aura tout vu dans ce bas monde et l'on ne peut écarter cette éventualité.  Nous vous laissons seuls juges.

3) Il pourrait se présenter un effet de coin. Dommage que ce soit de poussins dont il s'agit, sinon nous aurions peut-être pu dire: "un effet de coin coin".  Mais redevenons sérieux et reconnaissons que nous avions remarqué nous aussi certaines failles dans le système.  Tout d'abord la proposition d'une surface rectangulaire ne nous semblait pas appropriée, en fonction de l'endroit où les poussins auraient été placés.  D'autre part, nous remarquons dans la vidéo que l'enclos des poussins se trouve, décalé, du côté de l'angle de la surface où se déplace le tychoscope. Nous sommes donc tentés de dire que cela fausse les résultats en ne les rendant plus strictement aléatoires.  Ce point est cependant contesté par la fondation Odier ainsi que dans la critique de la critique de l'analyse statistique de M. Triboulot, de Pierre Macias.

Apparemment donc, ici encore, la critique se casserait la figure (même la nôtre!)

Qu'avons-nous d'autre sur le feu?

4) Si la théorie était exacte, alors que son niveau de plausibilité en neurophysiologie est nul, cela bouleverserait tous les principes physiques. Meuh non!  Evidemment, on peut citer cet exemple de la ménagère qui, s'en allant faire ses courses, achèterait des fruits qu'elle pèserait sur la balance mise à la disposition des clients.  Son esprit agirait alors sur la matière et falsifierait le résultat tout en soulageant son portefeuille.  Cette analyse est ridicule.  Pourquoi?

Parce que - d'un côté - il s'agit de poussins et donc de gallinacés sans rapport avec l'homme, un mammifère.  On a déjà remarqué aussi "certaines" différences entre le comportement des éléphants et celui des poissons rouges.  On peut donc se permettre d'extrapoler et de subodorer que les choses ne se passent pas exactement de la même manière dans l'esprit des uns et des autres.

De l'autre, parce que le rapport entre l'empreinte du poussin selon Konrad Lorenz par rapport au tychoscope est également "légèrement différent" de celui de la ménagère par rapport à la balance.

Entre autres, disons aussi que l'on peut raisonnablement penser que la plupart des ménagères n'espèrent pas modifier le résultat de la balance par l'action de leur esprit.  L'un de leurs premiers soucis serait plutôt de vérifier si l'aiguille est bien à zéro, s'il y a assez de marchandise et que cela ne coûte pas trop cher.  Nul doute en revanche que, le cas échéant, elles essaieraient.

Désormais, si vous voyez - dans un grand magasin - un attroupement de dames qui se concentrent devant la balance (méfiez-vous: certaines pousseront peut-être le bouchon jusqu'à faire "tchip-tchip"!), vous saurez pourquoi!

Plus sérieusement, pour autant qu'elle se révèlent exactes, les expériences de Peoc'h ne seraient que précursives à une étude beaucoup plus fouillée de phénomènes potentiellement beaucoup plus consistants.  En effet, dans le cas présent, il ne s'agit que d'influencer, d'une manière somme toute minime, le comportement aléatoire d'un tychoscope.  Il n'est pas question de procéder à tout un déménagement par la seule force de la pensée, le piano à queue y compris!

Mais force est de constater qu'avant d'en arriver là, il y a encore bien du chemin.  Surtout que l'on a voulu, dès le départ, et si j'ose dire, tuer l'hypothèse dans l'oeuf...

Le scepticisme est une excellente chose, assurément.

Mais l'excès de scepticisme nuit au scepticisme.