LES CREATURES INFERNALES ZAEBOS. Grand comte des enfers. Il a la figure d'un beau soldat monté sur un crocodile; sa tête est ornée d'une couronne ducale. Il est doux de caractère (Collin de Plancy, Dictionnaire, 1863). ZAGAM. Grand roi et président de l'enfer. Il a l'apparence d'un taureau aux ailes de griffon. Il change l'eau en vin, le sang en huile, l'insensé en homme sage, le plomb en argent et le cuivre en or. Trente légions lui obéissent (Wier, Pseudomonarchia daemonum). ZÉPAR. Grand duc de l'empire infernal. Il a la forme d'un guerrier. Il pousse les hommes à la pédérastie. Vingt-huit légions lui obéissent (Collin de Plancy, Dictionnaire, 1826). ZOMBIES (ou ZOMBIS). N'ayant aucun rapport avec les vampires, qui sèment la teneur parmi les vivants, les zombies sont néanmoins des morts-vivants que les sorciers d'Haïti emploient, ou font employer en qualité d'esclaves, sur les plantations de l'île. Un zombie, déclarent Jacques Pradel et Jean-Yves Casha dans la République des morts-vivants, « est un être humain officiellement mort dont on trouve, dans les vingt-quatre heures qui suivent son ensevelissement, la tombe ouverte et qu'on peut rencontrer six mois, un an ou dix ans plus tard toujours vivant. En général, le zombie travaille dans une plantation de canne à sucre qui appartient à un dignitaire vaudou » (document Paris-Match). Véritables robots, les zombies d'Haïti, aux gestes mécaniques et saccadés, ne répondent pas aux questions qu'on leur pose, travaillent très dur et gratuitement, et ne font qu'un seul repas par jour d'où le sel est exclu. Insensibles à l'explication magique d'une captation de l'âme et de son emprisonnement dans une bouteille, les auteurs précités estiment que la zombification s'effectue à partir d'une première drogue produisant un état de mort apparente, puis d'une seconde drogue à base de datura, les maintenant en état de totale dépendance. Comme dans l'enclouage ou la ligature de l'aiguillette (voir ces rubriques), la personne qui redoute d'être zombifiée se trouve victime d'un sort et subit une sorte d'auto-envoûtement. Aux Antilles, ce ne sont point les morts-vivants, mais des lycanthropes d'une espèce particulière qui sont qualifiés de zombies. Aux Antilles, et plus particulièrement à la Martinique, les zombies sont des revenants ou des engagés qui sont liés par contrat avec le diable et qui ont la faculté de quitter la forme humaine pour se transformer en l'animal de leur choix. Un Mentor est un engagé doté de vertus spéciales, qui, s'il est blessé alors qu'il a revêtu sa forme animale, n'en porte aucune trace quand il a retrouvé son comportement normal. Le seul moyen de savoir si l'on n'a pas affaire à un zombi est de le regarder en se plaçant la tête entre les jambes on reconnaît alors quelque chose de l'homme derrière son apparence animale. On peut être " désengagé malgré soi ou volontairement en employant certains charmes : le plus sûr est de frapper l'envoûté avec une arme précédemment aspergée d'eau bénite et sur laquelle des paroles rituelles, pour la plupart incompréhensibles, ont été prononcées' (Dictionnaire de la France d'OutreMer, Ext. Encyclopédie mensuelle, n0 de novembre 1953). En Haïti, écrit C.-H. Dewisme, «le terme s'étend. Le zombi - on dit encore viens-viens - n'est plus seulement une émanation irréelle de l'Au-delà, mais un défunt qu'un sorcier a sorti de sa tombe pour lui rendre, par vertu magique, un semblant de vie, en faire un cadavre qui marche, un automate de chair sauvée de la putréfaction, un mort-vivant. Le terme complet pour désigner ces êtres est celui de zombi-jardin car, s'il faut en croire la tradition, les sorciers haïtiens se serviraient de ces zombis pour les forcer à effectuer les lourds travaux des champs ou surveiller les jardins perdus au creux des lointains mornes » (les Zombis, p. 8). Pour « fabriquer » les zombis, les sorciers en appellent aux esprits dénommés bakas (terme d'origine congolaise), avec lesquels ils ont conclu un pacte comportant l'exécution de diverses personnes dans un but anthropophagique. Les bakas aident le sorcier (houn pan) à obtenir du Baron-Samedi l'autorisation de déterrer les morts pour les transformer en zombis. Le sorcier, écrit encore C.H. Dewisme, « doit, en pleine nuit, chevaucher un cheval à rebours, s'approcher de la maison de celui ou celle qu'il veut s'assujettir. A travers une fente de la porte, il suce l'âme de sa victime et la souffle ensuite dans une bouteille qu'il bouche aussitôt. L'individu envoûté tombe alors malade et meurt. Après l'enterrement, le houngan se rend, toujours nuitamment, au cimetière et, là, commence par demander au Baron-Samedi, le dieu de la Mort, la permission d'ouvrir la tombe. Le Baron se matérialise sous la forme d'un homme vêtu de noir. Contre la promesse de présents, il accorde sa permission au houngan. Celui-ci jette alors des feuilles d'acacia à l'esprit en disant - Dors gentiment, Baron-Samedi! » Ensuite il dit encore: - Mortoo Tombo Miyi! A molles morts dans la tombe! "La fosse est alors ouverte et le cadavre, soigneusement ligoté, est amené chez le sorcier qui, auparavant, a eu soin de faire passer le défunt devant sa propre maison, afin qu'il ne la reconnaisse plus jamais. Une fois chez lui, le magicien passe la bouteille contenant l'âme sous le nez du mort qui s'anime aussitôt. On lui fait alors absorber une drogue spéciale. Désormais le pauvre corps sans âme sera l'esclave du sorcier auquel il obéira sans la moindre velléité de révolte. Souvent, le mort est réveillé dans le cimetière même; dans ce cas, le zombi se rend en marchant chez le sorcier, qui le dirige à l'aide d'un fouet spécial, dont il existe un authentique exemplaire au Musée Ethnographique de Port-au-Prince, où j'ai pu l'examiner » (ouv. cit., pp. 93-96). Le livre de C.H. Dewisme constitue une véritable mine de renseignements sur ces coutumes de magie noire, toujours en vigueur, qui mêlent l'envoûtement au vampirisme et à la nécromancie. ZOTZ. Chauve-souris vampire, dieu de l'Enfer, chez les anciens Mexicains. ZOZO. Prétendu démon-incube qui, assisté de ses acolytes Mimi et Crapoulet, engrossait les bergères picardes de la région d'Amiens, vers l'an de grâce 1816. Pour cacher son état, une fille enceinte joua à la possédée et trouva même un père Jésuite pour l'exorciser. Mimi, nous dit Jules Garinet, « sortit sans bruit; Zozo fut plus tenace, et cassa une vitre de l'église en s'échappant sur les toits : quant à Crapoulet, ce fut en vain qu'on le poursuivit, le goupillon dans les reins, il ne voulut pas en démordre, et finit par prendre position dans le pudendum " de la demoiselle, laissant les environs de la place à la discrétion et sous la sauvegarde du jésuite... » Ce fut lui qu'on chassa, avec interdiction formelle de procéder à ce genre de cérémonie.