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Les sorcières ne proviennent pas d'une "génération spontanée". Bien qu'il y ait eu vraisemblablement des cas de filiation au cours desquels ont était sorcière "de mère en fille", il n'y a pas non plus de véritable vocation familiale et, n'en déplaise à Harry Potter, il n'y a pas eu d'écoles de sorcellerie, pas vraiment du moins (NDLR : quoi que...)
Par contre, il y a toujours eu (et il y aura probablement toujours) des personnes bizarres et solitaires, dont la solitude se prête justement à toutes les affabulations de l'imaginaire, marginales et plus ou moins malfaisantes. Mais on pouvait se poser la question, en se rappelant de ce que les sorcières étaient aux siècles passés (nous voulons parler des époques moyenâgeuses): qu'est-ce qui a pu susciter leur apparition ?
La question mérite d'autant plus d'être posée que la réponse est complexe, pour émaner en fait d'un contexte historique et social qui doit impérativement être stipulé, des connaissances populaires d'alors, de l'influence de la religion qui, a elle seule est déjà primordiale et de la condition de la femme au travers des siècles.
Nous allons donc voir, dans un premier temps, quel était ce contexte historique et les facteurs sociaux qui ont constitué un terrain fertile et propice à l'éclosion d'un phénomène qui a la vie dure. Car, il faut bien le rappeler, les sorcières n'ont pas disparu avec l'Inquisition. Elles sont toujours présentes parmi nous, même si leur apparence, leur condition et leurs attributions ont forcément évolué.

La guerre de Cent Ans, (1337-1453) puis la Grande Peste (1348-1349), qui prit la fâcheuse habitude de revenir à chaque décennie environ, furent deux premiers événements tragiques qui bouleversèrent la situation en Europe. En un temps record, la maladie toucha un nombre très important de personnes à un point tel que l'on pouvait parler de catastrophe démographique.
Les paysans furent les principales victimes des deux points précédents sans compter les vols et rapines ainsi que les faits des gens d'armes. Tout cela accentua leur misère et ils se révoltèrent. Ce furent les Jacqueries, lesquelles connurent à leur tour une sanglante répression.
Au milieu de tout ces "charmants divertissements" vint le Grand Schisme d'Occident (1378-1417) qui divisa en deux le monde chrétien durant quarante ans et mit fin à l'illusion d'une unité européenne sous l'autorité du Pape et de l'Empereur.
Dans ces conditions, il est tout à
fait compréhensible que l'Homme d'alors soit déboussolé,
désorienté, dépité. Même plus révolté puisque ses
révoltes ont été matées et n'ont provoqué que plus de
plaies, bosses et cruelles cicatrices, mais en quelque
sorte vaincu par une certaine fatalité, un destin
particulièrement cruel.
Pourtant, ces faits à eux seuls sont encore largement
insuffisants pour expliquer l'apparition des sorcières
car l'histoire regorge, à toutes les époques d'ailleurs,
de semblables faits belliqueux et de conditions
extrêmement dures.

Ce n'est pourtant pas fini : au niveau économique, on peut noter une augmentation des impôts, frappant en particulier les ruraux, et une hausse des prix. Ainsi, même si, de 1430 à 1480 environ, une certaine joie de vivre réapparut, et même si le quinzième siècle connut nombre d'avancées, chaque fois qu'une amélioration se faisait sentir, ses bienfaits étaient bientôt remis en question par une nouvelle catastrophe.... Le siècle est donc caractérisé par une évolution en allers/retours, qui empêcha le peuple de pouvoir s'installer, au moins pour un temps, dans une sensation de paix retrouvée, de sécurité. Le seizième siècle est également une période d'une extrême complexité, une période mouvante, plurielle, contradictoire. On peut toutefois aussi en retenir les formidables avancées scientifiques, la découverte de nouveaux mondes, le génie des grands maîtres italiens... Mais en fait, tout ceci ne va faire que parachever l'oeuvre commencée, à savoir que, désormais, tout était possible, surtout le pire !
Mais si la première moitié du siècle fut marquée par l'optimisme des humanistes de la Grande Renaissance, malgré les guerres d'Italie, les batailles opposant la France à l'Empire Germanique et la confrontation avec les Turcs (1520-1680), la seconde moitié du seizième a laissé dans l'histoire le souvenir d'un âge de fer, de feu et de sang : attentats politiques, assassinats, guerres de religion (1562-1598), luttes entre les princes et l'empereur en Allemagne, durcissement religieux extrême après le Concile de Trente (1545-1563), guerre aux Pays-Bas, massacres d'une sauvagerie terrifiante, tels que la Saint Barthélemy (le 25 Août 1572)... Enfin, l'histoire du climat nous révèle que l'époque connût une période de très fort refroidissement climatologique, à partir de 1550. Cette "mini glaciation" eût les effets qu'on imagine sur les cultures, mais aussi sur la chasse, et donc sur la subsistance en général. Ce dérèglement fut particulièrement marqué en certains points de l'Europe.... Et ces lieux particulièrement atteints furent également ceux où l'on alluma le plus de bûchers.Certes, ce n'était pas la première fois dans l'histoire que le peuple subissait sur une longue période cet éternel trio de souffrances - guerres, maladies, faim. Mais cette fois-ci, peut-être, eût-on la sensation que cela n'aurait jamais de fin....Que la mort allait régner en maître sur le monde... Que l'Apocalypse était pour demain.
Dans l'esprit populaire, tout cela devait forcément avoir une explication. L'homme étant encore loin de marcher sur la lune, on se tournait volontiers vers des hypothèses plus surnaturelles. Si ce n'était Dieu, ce devait être le Diable qui régissait tout cela en coulisses, probablement avec l'aide de quelques complices humains...
Voilà, en somme, un premier développement de ce que fut l'un des raisonnements populaires quant à l'apparition des sorcières. Mais ce n'est encore qu'un premier pas. Nous avons à présent compris pourquoi le terrain était bon, mais il nous manque encore les graines, l'engrais et... le jardinier !