Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

LES SORCIÈRES (4)


Donc, au vu des étapes précédentes, le lecteur comprendra déjà mieux à quel point le terrain était particulièrement favorable à l'éclosion du phénomène "sorcières".

Il reste à dire que l'époque était aussi marquée par d'intenses visions d'apocalypse véhiculées notamment par les instances littéraires, artistiques et culturelles en général. Tout allait si mal, la femme était si manifestement responsable de par les attributions qu'on lui conférait arbitrairement, que le monde ne pouvait que sombrer dans l'abîme des ténèbres, comme l'avaient prédit les prophètes, comme inscrit dans la Bible, en une apocalypse (entendez : fin du monde orchestrée en partie par le diable, ses démons, ses suppôts - car en réalité "apocalypse" signifie "révélation").

Tout cela à cause des femmes d'une manière générale, des sorcières en particulier. Pourtant, pour nous qui sommes habitués (?) à des visions plus cartésiennes, cela ne devrait pas encore être suffisant que pour expliquer cela.
Il ne faut toutefois jamais perdre de vue l'époque où l'on se situe !

Chacun a déjà au moins entendu parler de "remèdes de bonnes femmes", lesquels sont généralement basés sur des principes désuets (selon nos nouvelles règles scientifiques séparées d'un demi - millénaire environ !) dans lesquels interviennent néanmoins certains procédés reconnus (l'aspéra, une fleur, qui donna l'aspirine, de nombreuses plantes médicinales allaient d'ailleurs abondamment être utilisées par la suite; procédés médicaux de fortune qui donnaient ce qu'ils donnaient mais qui, dans le contexte d'alors, paraissaient parfois spectaculaires). Tout cela dénotait une connaissance assez étendue de la nature et qui d'autre, mieux que la femme, pouvait y prétendre ? Qui d'autre que la femme pouvait mieux soigner (eu égard à sa propre progéniture et faisant contraste avec les velléités belliqueuses des protagonistes masculins, eux-mêmes d'ailleurs souvent soignés par... des femmes !) Qui d'autre aussi, alors que le joug masculin imposait à la femme de rendre compte du moindre centime, pouvait s'intéresser à des procédés "malins" afin de transformer les métaux vils en métaux nobles (entendez par exemple le simple fer en or, d'où la fameuse "pierre philosophale" ?) qui d'autre pouvait aussi s'inquiéter de sa longévité (alors que l'espérance de vie ne dépassait guère les cinquante ans) que la femme, pour ses enfants, son guerrier de mari ou son paysan de mari (pourvoyeur de subsistance) et pour elle-même dans une période où la mort régnait en maître (maîtresse ! Vous voyez bien : misogynie ou discrimination !) en tentant de trouver le moyen de préparer des élixirs de longue vie ?
On pourrait multiplier les exemples ! Délaissée, dévalorisée, il était aussi normal qu'elle essaie de préparer des philtres d'amour, mais aussi des poisons (la différence entre un remède et un poison n'est souvent qu'une question de dosage !). De fil en aiguille, nous verrons aussi que notre femme - sorcière en herbe(s) pouvait aussi, en tant que cuisinière attitrée (Ah ! Le mari n'allait quand même pas faire la cuisine ! Et pourquoi pas la vaisselle, tant qu'on y est ?) accommoder les champignons (hallucinogènes) ou d'autres substances qui, volontairement ou involontairement, donnaient des résultats étrangiformes et bizarroïdes (pas forcément mortels mais au moins de nature à faire croire à certains sortilèges !)
Pour arriver à de telles connaissances, les sorcières ont certainement du "bûcher".

Nous pouvons aussi compter sur une certaine fraternité secrète entre sorcières, pardon : entre femmes ! Ah donc ! Unetelle aurait soi-disant réussi à retirer certains avantages de la fréquentation de sabbats (réunions de sorcières) pourquoi donc n'en profiterais-je pas à mon tour ? Peut-être tout cela n'est-ce que balivernes mais j'en aurai le coeur net en m'y rendant !
Autre façon, typiquement féminine de voir les choses : puisque tant de femmes y vont, cela ne peut que nous être favorables, à nous : femmes !
Et puis... au diable toutes ces turpitudes ! Il doit bien y avoir aussi au moins un sorcier lors de ces sabbats, voire le diable en personne ! Et ne parle t'on point de la "beauté du diable" ? Si l'on nous traite de frivoles ou de volages (à tort) pourquoi se passer de plaisirs et de mériter l'appellation (jusque là) mensongère ? Et après tout, le diable est paraît-il assez facile à berner (voir chapitres précédents), n'étant pas si bête qu'on le dit, pourquoi ne pourrais-je lui soutirer quelque artifice bienfaisant en échange de quelque promesse faite par dessus la jambe ?

Les tentations étant faites pour s'en servir, les privations donnant parfois des ailes, nul doute que certaines femmes aient voulu effacer certaines frustrations... d'un coup de balai ! Mais nul doute aussi, pour autant que l'amateur de mystère y accorde crédit, que ce genre de fréquentations puisse aussi amener de réels dangers, voire la réalisation de certains phénomènes. En effet, pour autant que le diable existe, celui-ci n'en demandait sans doute pas tant !  Nous avons aussi vu, au cours d'autres chapitres, que la seule évocation d'une entité ou d'un phénomène pouvait suffire à générer celui-ci (voir aussi "physique quantique".)

Après toutes ces tirades teintées d'humour (noir, évidemment !) remettons quand même encore les pendules à l'heure pour rappeler que l'époque n'est pas précisément celle d'Einstein (Albert, pas Frank). La simple vue d'un chat noir était supposée porter malheur (et encore de nos jours...), que dire d'une chauve-souris ? D'une femme un peu plus laide que les autres et mal habillée de surcroît, qui aurait des habitudes plus ou moins solitaires et inhabituelles et chez qui on pourrait, le cas échéant, soigner quelques bobos qui guériraient de manière suspecte ? Bref, l'imagination populaire a certainement fait une bonne part des choses. Les bruits, les rumeurs, les on-dit se sont colportés et en ont fait une autre.
Il a aussi pu suffire que l'une de ces dames tire les lignes de la main, prédise l'avenir à l'aide d'autres procédés plus obscurs et que, par hasard peut-être, cela se réalise, pour que l'on crie au prodige ! Souvent, dans ce genre de choses, un peu d'astuce, un peu d'intuition, un peu de logique (même si, d'après beaucoup d'hommes, les femmes en sont dépourvues, ils reconnaissent généralement qu'elles disposent de leur propre logique qui échappe à LA logique !) et... un peu de chance permettent d'obtenir des résultats étonnants.

Il y a toutefois aussi une autre approche quant à l'apparition des sorcières et à l'explication de celle-ci.

La femme de ces siècles maudits était donc loin, très loin, d'occuper une place enviable dans la société. Reléguée au second plan, pour les tâches subalternes, accusée en permanence de tous les maux depuis la nuit des temps, défavorisée et exploitée, la femme en question en a tout simplement raz le bol ! Alors que tout croule autour d'elle, qu'elle est le souffre-douleur perpétuel, elle cherche une échappatoire.  Quoi de plus normal, de plus humain ? Mais là où d'autres en viennent à se suicider (l'un n'empêchant pas l'autre d'ailleurs) et puisque Dieu lui-même semble se détourner de ses problèmes, elle se tourne vers le Diable ! Ce n'est pas forcément qu'elle se convertisse et passe à "la concurrence", mais simplement la volonté d'avoir tout essayé pour s'en sortir, par désespoir de cause et qu'elle vende son âme au diable.

Nous parlerons de ce sujet bien particulier dans un autre chapitre et ne prétendons en aucune façon que l'ensemble des sorcières qui ait pu hanter les 14ème, 15ème et 16ème siècles ait effectivement pactisé, mais il est fort probable qu'une partie d'entre elles ait au moins essayé d'établir un contact. Dès lors, il est facile d'imaginer que bon nombre de victimes féminines du contexte social d'alors ait expérimenté quantité de procédés rituels afin d'arriver à ce but. En se documentant avec les moyens du bord et, forcément, en cachette (ce qui avait pour conséquence de cultiver le mystère et la suspicion) et vu les attributions particulièrement macabres du Prince des Ténèbres, elle se sera donc "équipée" de bave de crapaud, de toiles d'araignées (lesquelles n'étaient peut-être là que parce qu'elle n'avait plus le temps de faire le ménage, trop occupée qu'elle était à ses recherches), de corde de pendu et autres objets insolites, inquiétants, lugubres et répugnants. Peut-être certaines d'entre elles connurent un jour quelque résultat dont l'appréciation et l'interprétation devraient elles aussi être examinées objectivement. Nous ne nous contredirons pas, en l'occurrence, en rappelant que le christianisme est l'une des principales religions de par son nombre d'adeptes, que dans cette foi Dieu et Diable existent et que par conséquent, il est possible d'y avoir recours et nous avons parlé de l'effet quantique des évocations. C'est donc dans l'ordre des possibilités. Mais nous ne doutons pas que les réussites aient été rares ! Ce que nous prétendons, en revanche, c'est que celles-ci aient pu susciter l'émulation. Pour ce qui est du reste, l'incroyable prolifération des sorcières s'explique aussi tout simplement par les excès démesurés (dans ce cas-ci, il ne s'agit pas d'un pléonasme) de l'Inquisition qui, avec ou sans procès sommaires, brûlait de la sorcière à tour de bras et de fagots. Cela ne signifiait bien sûr pas pour autant que toutes les accusées étaient coupables, loin s'en faut. Chacun connaît ou devrait connaître l'histoire de Jeanne d'Arc qui avait tout pour devenir une star mais dont la destinée passa comme une flèche !

SUITE DU DOSSIER

SOMMAIRE DES ENTITÉS - ACCUEIL