Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

 

MAUGRÉ À OLLIGNIES

Les origines de phénomènes ou de manifestations que l'on pourrait facilement qualifier de mystérieuses proviennent parfois de coutumes, de traditions, d'habitudes sinon ancestrales du moins très lointaines que l'on ne rencontre quasiment pas en milieu urbain et, parfois encore de nos jours, en milieu rural.  Le processus est d'une simplicité extrême en lui-même mais peut susciter des chefs d'oeuvre d'imagination de la part de personnes empreintes d'intolérance, de peurs injustifiées et d'esprit de clocher.
Et c'est bien de peur dont il s'agit ici.  La peur des étrangers notamment, que l'on rencontre inconsciemment de nos jours encore, tout du moins dans le langage courant.  Ainsi, une personne qui "vient d'ailleurs" est un étranger et l'on retrouve dans ce mot la racine "étrange" qui peut correspondre effectivement à des coutumes différentes, un langage incompréhensible et donc hermétique (qui ouvre la porte à toutes les suspicions) ou d'autres caractéristiques telles que la religion, la couleur de la peau, le mode de vie, etc.

Ce phénomène n'est pas isolé, loin de là, ni propre à notre pays, il se rencontre au contraire de manière assez universelle.  Nous avons cité l'exemple du français, langue romane, et du terme "étranger" qui souligne l'étrangeté, synonyme de bizarrerie ou d'aberration, mais nous pourrions citer celui du néerlandais - langue germanique - qui utilise le mot "vreemdeling" pour désigner, avec les mêmes connotations péjoratives ou discriminatoires, l'étranger.  Nous pourrions citer aussi celui de l'anglais qui y va encore plus fort avec le mot "alien" ou plus simplement celui de "stranger".

Lorsqu'un étranger vient s'installer, il fait immédiatement l'objet d'un réflexe de méfiance, de curiosité, voire d'hostilité inconsciente (nous ne traitons pas ici de l'aspect raciste de la question mais seulement de l'aspect comportemental souvent involontaire).  Certains individus se croient automatiquement investis d'une mission dans laquelle ils entrent en compétition avec l'étranger en question.  Les origines de ce comportement sont probablement très lointaines et doivent remonter au temps où les petites localités (ou les plus grandes villes) se retranchaient derrière des murs afin de repousser un assaillant éventuel, faisaient usage de surveillants ou sonneurs qui rassuraient la population en criant "Il est minuit, bonnes gens, tout va bien, dormez tranquilles".  (On imagine donc que les braves se faisaient ainsi réveiller toutes les heures pour apprendre qu'ils pouvaient... dormir !).  Qui venait de l'extérieur, de contrées lointaines par exemple, devait montrer patte blanche.

Et nous en venons tout naturellement à notre sujet en disant que, il n'y pas encore si longtemps de cela, ce type de comportement en justifiait un autre qui visait à tenter de dissuader l'étranger de rester en des terres qui lui étaient désignées comme inhospitalières.  Des manifestations, que l'on pourrait qualifier de "complots" étaient alors ourdis par de petits clans qui s'employaient à effrayer lesdits étrangers, notamment au moyen de l'horreur et de la superstition.

L'un des trucs utilisés, qui devait donner naissance par la suite à certains éléments de la fête d'Halloween (à moins que cela ne soit le contraire) résidait dans l'utilisation très détournée que l'on pouvait faire d'une betterave ou d'un gros navet.  Il suffisait de creuser l'intérieur de ce dernier, de le décorer adroitement, pour obtenir une espèce de tête de mort d'autant plus crédible et effrayante qu'on allait la déposer dans un endroit bien sombre et y ficher une chandelle.  Comme à l'époque, les toilettes se trouvaient classiquement à l'extérieur des habitations, il suffisait de déposer l'objet dans le passage entre les deux sans se faire repérer pour être quasiment sûr qu'un occupant au moins de la maison se lèverait pendant la nuit et verrait le sinistre spectacle.

Pour qui a vécu ce genre d'expérience d'apparence bien anodine, les choses sont claires : le côté effrayant n'est pas à démontrer.  Bien sûr, s'il s'agit d'un gosse, le résultat était garanti : il irait de ce pas quérir ses parents pour leur montrer l'horreur en question, les bombarder de questions, recevoir des informations propres à le rassurer avant de retourner au lit, quitte pour la nuit blanche malgré tout.  Pour les parents, ce n'est pas tant l'objet qui fait peur que ce qui en découle.  En effet, il n'est pas arrivé là tout seul, ni par hasard.  Cela signifie qu'un inconnu est venu, s'est glissé subrepticement dans l'espace privé de leur domicile même si c'est à l'extérieur.  Intérieur ou extérieur peu importe finalement car quelqu'un est venu "tout près", dans un but bien précis : faire peur.  Les adultes réagissent évidemment au second degré là où les enfants ne perçoivent que le point qui leur paraît principal, ce qui ne les empêche pas de se poser des questions et de ne plus dormir tranquilles.  Ces mêmes adultes voient plus loin : si on est venu une fois, on reviendra très probablement, dès lors l'inquiétude s'installe.  On essaiera bien sûr de surprendre le fauteur de trouble mais sur qui tombera t-on ? S'agira t'il d'un individu isolé, éventuellement armé, d'un petit rikiki ou d'un solide gaillard vigoureux ?  On utilisera donc les moyens traditionnels, tels que la plainte de principe au bureau de police, le fait de prévoir une arme quelconque.  Mais tout ceci contribuera aussi à renforcer le climat d'insécurité.  Le ver est dans le fruit !

La suite des événements est très prévisible.  De deux choses l'une : ou bien les "étrangers" s'en iront ou ils resteront.  Il n'y a pas à sortir de là. S'ils restent, ils doivent s'attendre à ce que le maugré continue, s'accentue même, que les manifestations deviennent plus effrayantes de jour en jour.  Le maugré (qui vient donc de "mauvais gré", mauvaise volonté = hostilité) va donc aller en s'amplifiant, mais il ne suivra pas une constante chronologique mathématique.  Bien sûr, puisque ceux qui en sont les auteurs seront eux-mêmes sur leurs gardes, sachant très bien que les habitants se méfient désormais et sont prêts à riposter.  Et c'est là que le concept de compétition, de ruses et de stratagèmes va s'établir.  D'un côté, les fauteurs de troubles se feront oublier un certain temps, goûtant au plaisir de savoir leurs victimes aux aguets, sachant bien que leur qui-vive finira par diminuer avec le temps.  De l'autre, les victimes espéreront n'avoir surpris qu'une mauvaise plaisanterie sans suite, mais un retour de flamme les fera déchanter en leur faisant comprendre qu'ils n'auraient jamais la paix, qu'il y aurait une escalade.
Ce sera à qui sera le plus rusé ou aura les nerfs les plus solides et à ce petit jeu là on ne peut être sûr de rien.

Le maugré peut s'étendre sur quelques jours seulement, mais plus souvent il continuera pendant des semaines, des mois, parfois des années.  Les manifestations seront de plus en plus pénibles, le brave Médor ou le petit Poussy seront retrouvés morts empoisonnés, des oiseaux nocturnes tels que des chauves-souris, des hiboux, des chouettes seront clouées par les ailes déployées aux portes d'une remise ou d'une grange, des groupes de personnes encagoulées et portant des flambeaux seront aperçus au loin et s'évanouiront lorsqu'on leur donnera la chasse, on recevra des lettres anonymes,  des colis malveillants contenant des rats éventrés, la voiture aura les quatre pneus crevés, etc.

Comme de fait, la lutte est très inégale. Il sera rarissime de parvenir à mettre la main sur l'un ou l'autre malveillant qui, outre la possibilité du mauvais coup, aura toujours un excellent prétexte à fournir.  Quand bien même serait-il appréhendé par les forces de l'ordre, ce qui est très douteux, il ne s'agirait jamais que d'un individu isolé et rarement, voire jamais, de toute la bande.  D'autre part, aucune famille ne peut théoriquement vivre dans l'organisation perpétuelle où l'on doit assurer un rôle de garde pendant lequel quelqu'un veille.  C'est pratiquement inenvisageable lorsque l'on considère que monsieur doit dormir pour se lever tôt afin d'aller travailler, que madame ne peut pas prendre le risque d'assurer ce rôle qui ne lui sied pas, que les enfants sont trop jeunes pour y suppléer, que tout le monde a besoin de quiétude et d'une vie normale.

Il reste que certaines grandes familles ont néanmoins la faculté de s'organiser, d'interpeller Pierre, Paul et Jacques (qui ont vécu dans le coin, les oncles, les frères, les cousins, les gendres et les autres pour constituer un comité d'accueil.  Dans le meilleur des cas, cela n'aboutira guère car la troupe en question sera confrontée aux mêmes problèmes temporels, dans le pire des cas on aboutira à des bagarres rangées qui auront de toute façon une issue déplorable.

De nos jours, ce genre de choses semble avoir complètement disparu, sauf peut-être dans certaines régions très isolées et particulièrement rétrogrades. Mais c'était encore le cas à Ollignies dans les années 1960 (il y a plus d'un demi siècle !). Ollignies est un village situé non loin de Lessines.

Comment se protéger du maugré ?

Il convient tout d'abord d'éviter les zones très rurales. Ensuite, dès le début, il faut tout mettre en oeuvre pour se faire connaître des habitants et paraître sous son bon jour, être très psychologue et percevoir les sources éventuelles de mésentente pour les aplanir immédiatement de manière à tuer le mal dans l'oeuf.  Il est très important de se faire accepter et pas seulement dans les apparences.  Ce n'est pas forcément facile au pays de l'hypocrisie et du non dit.
Si malgré tout vous êtes victime du maugré (mais rappelons que les cas deviennent très rares) vous pouvez tenter deux comportements complètement opposés :

1) L'indifférence totale quoi qu'il arrive.  Dans ce cas, prenez un luxe de précautions pour que l'on ne puisse que très peu vous atteindre, pas de toutou, pas de matou, évitez d'avoir des animaux.  Ne vous plaignez de rien et ignorez complètement les faits, montrez-vous au contraire jovial et communicatif, plaisantez, donnez des coups de main, etc.  Bref, essayez à nouveau de vous intégrer, de vous faire accepter.  C'est donc opposer le bon gré au maugré.

2) Réagissez.  Mais dans ce cas, apprêtez-vous à vous lancer dans une espèce de guerre sans merci.  Sortez les chevrotines, rivalisez de ruse et de malice.  A vous les fins fils tendus qui déclenchent sonneries ou tintamarres au passage, les systèmes d'alarme sophistiqués, les molosses bien entraînés, le détective privé ou la société de gardiennage.  A vous donc aussi les solutions élégantes et efficaces mais aussi très coûteuses.

Nous devons nos sources à M. Jean-Pierre Ducastelle, professeur d'Histoire et... nous vous proposons de consulter la page :
http://www.ath.be/?V_DOC_ID=2899 pour une bibliographie plus complète et plus digne des immenses mérites de ce grand Monsieur, que nous remercions vivement.