Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

Poltergeist - systèmes


Lorsque nous avons entamé l'enquête sur l'affaire d'Arc-Wattripont, outre les habituelles considérations préliminaires - c'est-à-dire à partir de l'émission des premières hypothèses - nous avons attaqué les choses sous l'angle traditionnel. Ce dernier se présentait grosso modo sous une forme de liste en regard des éléments de laquelle figurait une conclusion : impossible ou possible. Ou : rejeté ou retenu, étant bien entendu que chaque hypothèse retenue se devait encore d'être étoffée par la suite, vérifiée quant à sa validité, etc. De la même manière, si c'était jugé "impossible", encore fallait-il expliquer pourquoi. Cela se présentait donc à peu près comme ceci :

vaste supercherie -> rejeté (en fait, l'affaire comporte des supercheries mais ces dernières sont bien incapables à elles seules d'expliquer la totalité des phénomènes (trop de surveillance policière, phénomènes spectaculaires dans des pièces vides, incapacité intellectuelle des propriétaires à produire ce genre de phénomènes si spectaculaires et apparemment inexplicables malgré une attention soutenue, etc.) ;
influence électrique (pylônes à haute tension) - éléments non-conducteurs -> rejeté ;
influence électromagnétique -> rejeté (champ beaucoup trop faible notamment) ;
influence géologique -> rejeté, incapable de seulement approcher la nature des phénomènes ; etc.

Et l'on voyait que la solution ne s'obtiendrait pas dans cette linéarité. D'ailleurs, si l'on admettait le premier postulat, qui voulait que l'affaire comporte des supercheries, il fallait parvenir à comprendre pourquoi son auteur avait jugé bon de s'en rendre responsable alors même que les phénomènes déjà présents étaient suffisamment probants, mais cela impliquait que la réponse devait être une réponse "mixte". La première idée de ce genre a été formulée en considérant les pylônes à haute tension et en gardant à l'esprit la possibilité d'une trépanation (éventuellement multiple) chez l'agent focal, en envisageant la synergie entre deux facteurs.
Dans ce cas, il était question d'une action ou d'une influence catalytique en provenance de deux facteurs au moins. Cependant, les calculs réalisés par nos scientifiques, notamment au niveau de la présence des câbles à haute tension qui surplombaient la "maison hantée", que n'importe quel enquêteur de ce nom se devait d'envisager, démontraient que ce genre de choses n'était pas non plus possible et tout au plus ne pouvait se remarquer que sur le plan mental, ou nerveux, en s'avérant de nouveau très indirect.

On se trouvait donc dans un cas de figure où l'origine des manifestations devait se trouver dans une conjonction multiple de facteurs pluriels dont l'un au moins était inconnu (et s'il n'y en avait eu qu'un nous aurions déjà été bien contents !) Une seule chose semblait donc claire à ce moment, à savoir que la linéarité de la solution devait céder sa place à une systémique.
Que se passe-t-il lors de manifestations de type "poltergeist" ? Rappelons que l'on disposait avec Rosenheim, cas étudié par Hans Bender, d'un cas apparemment similaire dans lequel l'agent focal réagit à une situation conflictuelle et perturbe les systèmes de son environnement. Pourquoi si ce n'est pour obtenir la stabilisation d'un système dont l'équilibre serait compromis ? Mais aussi, en vertu de quelle logique aboutirait-on au résultat espéré en sachant que le procédé aboutit en fait plutôt au déséquilibre d'un système stable ? Ce n'est en effet pas en perturbant les systèmes en cascade que l'on doit s'attendre à obtenir une stabilisation quelconque sauf peut-être, postulat très utopique, tout en bout de course c'est-à-dire à partir du moment où l'entropie devient tellement généralisée qu'elle finit par engendrer une forme de néguentropie relative. Un tel postulat "à l'infini" est extrêmement peu vraisemblable. Mais le questionnement permet néanmoins de s'intéresser aux motivations de l'agent focal et donc peut-être de rejoindre la problématique des supercheries. Et avant d'aller plus loin, s'agit-il de motivations conscientes ou inconscientes et donc volontaires ou involontaires ?

Il nous a semblé particulièrement intéressant de remarquer que le physicien et psychologue Walter Von Lucadou, qui a présenté son modèle de l'information pragmatique dans un cadre parapsychologique plus général mais s'appliquant aux cas de poltergeist et donc, pour utiliser un autre vocable, au cas de psychokinèse récurrente spontanée, avait étudié - pour en arriver à ses conclusions ô combien pertinentes - l'incidence sur la théorie des systèmes.
Ce qu'il présente consiste d'ailleurs bien en un système complexe de systèmes intriqués dont il qualifie d'ailleurs une partie de "système gigogne", que l'on pourrait sans doute comparer à une réaction en chaîne.
Walter Von Lucadou envisage très bien l'individu confronté à une problématique X, une situation qui lui échappe complètement (à laquelle il n'entrevoit aucune solution) et qui réclame de l'aide. Cette aide ne lui parvient pas et elle n'a théoriquement aucune chance de se produire sans une intervention Y, laquelle n'a théoriquement aucune chance de se produire non plus puisqu'il n'y a pas de perception de la problématique par un élément quelconque susceptible d'intervenir.

C'est donc incontestablement au niveau de l'information que se situe le noeud. On est dans un cercle vicieux inextricable. Le problème trouve une échappatoire momentanée dans la survenue des manifestations. En fait, le système jette un pont, de manière très désordonnée car ne pouvant répondre à aucune stratégie définie, afin de provoquer l'observation de l'entourage. Cela ne pourra être efficace que si cette réponse est inhabituelle, qu'elle sorte de l'ordinaire par sa singularité, sans quoi elle ne retiendrait aucune attention. Voilà en tous cas ce que l'on serait en droit de supposer de la part d'un système en principe incapable d'organiser en fonction d'un schéma déterminé que son propriétaire est lui-même incapable de résoudre.

Pourtant - mais nous n'allions ne nous en rendre compte que plus tard - le système utilise bien une stratégie plus ou moins définissable même si cette dernière est assez rudimentaire. En effet, on voit que les manifestations (ou un bon nombre de celles-ci) touchent certains objets plutôt que d'autres. Ainsi, c'est une statuette de saint qui se trouve décapitée, ce sont des bibelots à vocation religieuse qui sont projetés, c'est un crucifix qui se trouve malmené. Le domaine de la religion est concerné. Malheureusement, il va aussi prêter à confusion dans le système vital construit par les intéressés (ce dernier se montre en quelque sorte "absorbant", c'est-à-dire que même dans sa résolution il porte la trace de ses origines en ayant tendance à reformer le cercle vicieux (cette nouvelle problématique se voit très bien dans la sphère de l'exorcisme). Le pont ainsi créé porte sa "marque de fabrique" mais aussi ses cibles dans une expression au moins symbolique (le pot à lait car le lait est symbole maternel, le lit car le lit est symbole de couple ; on a ici introduit une polarité supplémentaire qui ne fait que compliquer apparemment la situation - d'autant qu'un élément extérieur tenterait généralement d'établir les liens de cause à effet communs à tous les phénomènes sans s'apercevoir que plusieurs catégories sont concernées).

En fait, d'après WVL, dans un premier temps le système a seulement besoin de communiquer son information laquelle consiste somme toute à inciter le système extérieur à recueillir de l'information sur ce système ! Pour l'individu, cela se traduit comme un appel au secours lequel peut avoir le même aspect contradictoire que celui de l'individu qui avertit son entourage qu'il va se suicider non pas parce qu'il a l'intention de passer à l'acte mais bien parce qu'il a besoin que l'on s'intéresse à lui et à son appel au secours. Sa requête est un appel au secours et non une vraie menace. Dans un premier temps, cette manœuvre n'est pas couronnée de succès. En effet, personne ne comprend ce qui se passe ni ne tire de conclusion valable dans l'intérêt de l'agent focal. C'est parfaitement logique puisque tout le monde est alors confronté à une situation de nouveauté et d'étrangeté qui désarçonne car les manifestations ne répondent à aucune règle connue. Si l'on persiste à vouloir conférer une intention stratégique au procédé il faudrait alors admettre que ce dernier ne fait reposer l'efficacité de son système que sur la perturbation occasionnée, laquelle devra être répétée jusqu'à obtention d'un résultat. C'est-à-dire : peu importe la perturbation pourvu qu'il y ait perturbation. Pourquoi ? Parce que la perturbation est supposée générer un intérêt de la part de l'extérieur, lequel apportera une solution au problème initial. Ce serait cependant totalement vrai s'il n'y avait ce recours à la symbolique et à condition que ce dernier soit établi dans la situation de terrain.

Dans l'étape suivante, les observations perdent de leur nouveauté mais pas de leur étrangeté. Les phénomènes se poursuivant font office de stabilisateur, c'est-à-dire que le système paraît fiable puisqu'il y a reproduction même si l'ensemble est toujours aussi désordonné et insensé (dans le sens de "dépourvu de sens"). Le système mérite donc, aux yeux des observateurs, d'y apporter une réponse. Quelle que soit la réponse en question, même si elle témoigne de scepticisme, elle constitue bien une réponse ce qui se traduit comme un début d'aide conféré à l'individu en situation conflictuelle. Le système perd alors de sa vigueur au fur et à mesure que l'information sur ce dernier augmente. Les phénomènes perdent donc de leur intensité et de leur côté spectaculaire. Cette situation peut à son tour être très mal vécue par l'agent focal d'autant que ce dernier n'a que très vaguement conscience d'en être l'auteur (ou n'en a pas conscience du tout). En effet, alors que son entourage commence à s'intéresser à lui par les phénomènes qu'il provoque, ceux-ci connaissent des ratés ou carrément une non-exécution. C'est alors un peu comme ce petit enfant dont le nouveau jouet est cassé : sa baguette magique ne fonctionne plus. Il est frustré et trouve un palliatif dans la supercherie. C'est-à-dire qu'il tente de reconstruire les phénomènes tels qu'il les a vécus mais de manière artificielle. Comme le système veillait à attirer l'attention sur lui, les supercheries en question sont d'autant plus facilement découvertes. Pourtant, dans le système en question, elles constituent une forme de preuve de ce que les phénomènes ont bien eu lieu et non la négation de ceux-ci. Mais l'effet obtenu est évidemment diamétralement opposé, on s'en serait douté ! C'est que les observateurs ignorent tout du système qui est à l'œuvre, des systèmes dont il dépend, et ils dépendent eux-mêmes d'un autre système extérieur qui ne répond en rien au premier. Tout ceci est évidemment riche en enseignement et cela s'appliquait tout particulièrement bien dans le contexte d'Arc-Wattripont à la condition toutefois d'en avoir pu faire une analyse psycho-sociologique approfondie faisant intervenir toutes les sphères de l'individu ainsi que ses rapports avec son entourage pour en comprendre la totalité.

Le problème essentiel est resté, hélas et si j'ose dire, très pragmatique et terre à terre car il s'est focalisé autour de l'exorcisme, lequel impliquait une soi-disant possession démoniaque chez l'intéressé. Mais là aussi on était enfermé dans une systémique redondante. L'individu ne pouvait trouver aucune explication rationnelle aux éléments dont il était l'objet. Son esprit peu cultivé mais également son imprégnation culturelle lui ont donc fait entrevoir la possibilité de la possession à laquelle l'évêque lui a permis de souscrire pleinement. L'évêque, trop heureux de pouvoir exercer un rituel de première importance dans un cadre qui serait médiatisé (peu importe qui est l'instigateur de cette médiatisation pourvu qu'elle ait lieu, ceci en gardant un regard sur les possibilités de promotion d'une Église dissidente) s'empresse de passer à l'acte en se basant presque exclusivement sur la narration des officiels qui lui paraît amplement suffisante. Ce faisant, une enquête externe, propre à l'Église, telle que celle que l'on aurait pu attendre de l'Église traditionnelle, n'a pas lieu et contribue à la confusion générale. Bref : avec les meilleures intentions du monde (dans le cas où tout le monde il est beau tout le monde il est gentil...), tout le monde trompe tout le monde. Les conséquences ne se font pas attendre et les gendarmes se retirent de l'affaire car le surnaturel n'est pas de leur ressort. C'est une première conséquence dommageable pour les parapsychologues car dès lors on supprime à l'affaire des témoins de première importance. La deuxième conséquence, c'est que l'affaire végète dans un contexte surnaturel déplacé, auquel ne croient que les protagonistes religieux et le principal intéressé. Le caractère exagérément spectaculaire de l'exorcisme et l'aura de surnaturel ont pour effet de décrédibiliser l'affaire, de provoquer le désintérêt des scientifiques (qui, de toute façon, ne peuvent guère approcher), de susciter le scepticisme et de reléguer le cas au rang des supercheries. C'est ce qui fera dire à un François Descy : " l'affaire d'Arc-Wattripont, l'affaire du siècle ou le cirque du siècle ?". Vu sous cet angle, le bonhomme n'a pas tort. Mais il est loin de tout savoir, tout comme Monsieur Tout-le-monde, voyant l'affaire de l'extérieur, ne peut que se faire une piètre opinion on se basant sur son bon sens et son libre arbitre. C'est perdre de vue que ce libre arbitre a, dès le départ, été court-circuité : personne ne pourra voir ce qui était enregistré sur la cassette vidéo prise par les gendarmes et il faudra un CERPI des grands jours pour y voir clair. La télévision aura très bien balayé les dernières velléités de résurrection de l'affaire (en fait, les avant-dernières puisque c'est bien le CERPI qui a eu le dernier mot !) Soit, n'en disons pas plus afin de ne pas déflorer le livre "L'affaire d'Arc-Wattripont, vérité, scandale et désinformation" et parce que notre sujet ne traite pas exclusivement de ce cas mais de celui plus général du poltergeist.

Or donc, on l'a vu, la problématique s'articule bel et bien autour d'une systémique compliquée mais l'apport de WVL, s'il permet de comprendre comment les choses se déroulent, ne permet pas en revanche d'en saisir les mécanismes qui régissent les phénomènes. On a beau dire qu'il s'agirait de l'influence de l'esprit sur la matière, ce qui serait déjà éminemment plus pertinent que l'intervention d'un esprit au sens spirite, on ne voit pas comment on pourrait mettre les choses "en musique" sur le plan scientifique. Tant à Rosenheim qu'à Arc-Wattripont, la composante sentimentale et la sphère sexuelle (au moins par extension) est respectée. Ceci engage des instincts particulièrement puissants, mais ces derniers - fussent-ils encore catalysés entre eux avec d'autres composantes - à condition de pouvoir les établir - ne peuvent que jouer le rôle de motivateurs psychologiques et non pas celui d'activateurs d'une action mécanique traditionnelle, avec l'application d'une force (Quelle force ? De quelle puissance ? De quelle origine ?) sur un point X (variable de surcroît et sans but défini apparent). WVL a beau aussi envisager des corrélations non locales dans un processus psychosomatique externe, tout ceci met en branle une belle terminologie qui ne fait que déplacer le problème sans le résoudre.

Nos scientifiques ont calculé ce qui constituait un formidable potentiel énergétique, ou disons un potentiel énergétique suffisant en fonction des phénomènes constatés, dans le contexte déterminé. Fort bien. Mais cela n'explique toujours pas comment se déroulerait le déclenchement des opérations car si le problème de l'accumulation de l'énergie a remarquablement été contourné, on ne sait toujours pas comment on y aurait recours, comment celle-ci serait transformée pour pouvoir être utilisée et comment elle serait appliquée. C'est donc probablement qu'il nous manque un système intriqué au moins, à moins qu'un autre système extérieur puisse être mis en corrélation avec l'ensemble de systèmes de départ. Mais comment résoudre ce tour de force ? Tel est bien le problème qui se pose actuellement à notre étude et telle est aussi la raison de notre intérêt pour la théorie des systèmes, la théorie du chaos et la théorie de l'information. Nous y ajouterons la notion de signal et celle de bruit dans l'optique de la transmission de l'information au sein de la théorie de la communication, en y incluant le réceptacle d'une conscience universelle selon Jung, laquelle interviendrait en synergie (effet catalytique éventuel) ou en interférence, avec les éléments perturbateurs faussement organisationnels ou les éléments organisateurs faussement perturbants, dans le cadre d'une restabilisation systémique elle-même perturbée. Nous y reviendrons, après vous avoir donné quelques fondements préliminaires.
Théorie des systèmes et systémique (professeur Turchany)
Théorie du signal (Christian Jutten)
Thèse sur l'horloge interne - "Théorie des systèmes dynamiques et analyse du comportement : vers la fin de l'horloge interne ?"(Céline Clément)
Théorie de l'information + chaos (compilation) (disponible au CERPI seulement en raison des copyrights).

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