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Bon ! Chacun le connaît comme il a pu le voir à
l'écran, par exemple sous les traits de Peter Ustinov, en petit bonhomme
plutôt bedonnant mais à la redoutable intelligence, capable de démêler
les situations les plus étriquées, les énigmes les plus difficiles.
Mais qui donc et pourquoi lui aurait-on attribué Ellezelles comme
localité de naissance ? Serait-ce encore là l'une des idées de
Jacques Vandewattyne, par hasard?
Bien évidemment, il s'agit d'un canular ! Nous n'allons pas tarder à nous en rendre compte, le démontrer et à en dénouer les rouages grâce à nos "petites cellules grises " (à défaut peut-être de moustaches cirées !)
Au café Charlot à Ellezelles, on trouve scotché au zinc, un prospectus verdâtre qui signale, à la manière d'une plaque commémorative, que cette commune a le privilège de compter parmi ses ancêtres l'un des héros de roman noir les plus connus au monde.
On lit bien : "Hercule Poirot, né le 1er avril 1850, à Ellezelles." D'ailleurs, sur les murs de l'Hôtel de ville ainsi que sur le parcours des sentiers de l'étrange, on trouve des céramiques à l'effigie du personnage rondouillard, des oeuvres de "Watkyne" alias JV (mais non, voyons ! Pas Jules Verne ! Jacques Vandewattyne pardi, combien de fois faudra t-il vous le dire ?) et de Christian Pieman.
C'est l'une des raisons pour lesquelles nous vous
invitions (page précédente - en principe, car tout dépend de
l'itinéraire que vous aurez choisi pour arriver jusqu'ici dans cet
imposant dossier !) à réaliser votre propre mini enquête sur la
question en vous rendant sur place. Avec un peu de chance, vous
assisterez à une série de petits gags, volontaires ou non, qui
entretiennent la confusion, ménagent une certaine incertitude au
travers de jeux de mots, de possibilités de quiproquos, tout cela
provenant de l'esprit quasi inné de répartie des ellezellois.
"C'est pour Hercule Poirot ? Vous tombez mal, c'est mon
beau-père, mais il vient de partir en vacances au Kenya", répond
le tenancier de la buvette du club de foot d'Ellezelles. (Ce
même club de foot que le diable vient de critiquer lors du
dernier sabbat pour ses piètres résultats d'ailleurs)
C'est vrai que Ellezelles pourrait servir de
décor aux crimes provinciaux. A 3 heures du matin, le scénario
de Meurtre au champagne serait assez crédible dans les
résidences de campagne environnantes ou à l'hôtel très 19è
siècle dit "le château du milord". En 1951, les Presses de la
Cité publiaient un roman de l'Anglais Peter Cheyney: La Dame en
noir. Surnommé "le Belge libre" un certain Ernest Guelvada "né
dans une boulangerie d'Ellezelles" traverse le livre le couteau
à la main toujours prêt à trancher les gorges ennemies.
Qu'est-ce qui a bien pu pousser Ellezelles à s'octroyer le titre
de village natal d'Hercule Poirot ? à faire déplacer ici le
journal "Le Soir", la télévision nationale et la radio ?
Mais bon
Dieu, mais c'est bien sûr : Ellezelles a piqué Poirot parce que
Agatha Christie l'avait fait belge et parce que Ellezelles est
éminemment belge. Comprenez ni complètement wallon bien que
francophone, ni franchement flamand bien que la frontière
linguistique passe à moins de 5 kilomètres.
La belgitude est
bien dans cet entre-deux : ici et là, forte mais un peu nulle
part. Entre les lignes...
En Belgique, lorsque l'on connaît les
frictions communautaires et linguistiques, cela revêt une très
grande importance.
Bien sûr, pour qui
ignore que les habitants du coin sont à la fois un peu naïfs (dans
le sens de "qui acceptent facilement la plaisanterie") et à la fois
très astucieux, pour qui ne fait pas le rapprochement entre la date
fatidique du 1er avril et les fameux poissons, il y a de quoi se
poser des questions. Les autres auront déjà flairé la farce. Mais ce
qui est intéressant, c'est que les habitants jouent le jeu !
Bien sûr, tout est possible et vous pourriez
aussi tomber sur quelqu'un qui vous dévoile immédiatement le pot aux
roses (mais quel poteau rose ?). Qu'importe finalement puisque tout
repose sur de l'anecdotique...
Explication : le beau-père, par ailleurs facteur, tient dans
toutes les manifestions festives du bourg et de ses hameaux le
rôle d'Hercule, en costume trois-pièces, un bégonia à la
boutonnière, un déguisement pour pantomime dont le gaillard est
un spécialiste. Du coup, on croit voir Poirot à tout bout de
champ, dans un coin du bar Charlot par exemple, où l'individu
qui termine sa bière porte des moustaches ostensiblement années
20 : lisses, pommadées, recroquevillées sur le nez. Questionné
sur une éventuelle filiation avec le détective, il ne se démonte
pas : "Euh, non, je n'ai personnellement pas de lien de parenté
avec l'illustre Hercule." En somme, en cherchant bien, on
finirait pas trouver un arrière-petit-fils déclaré tant les Ellezellois semblent s'être peu à peu imprégnés de l'univers
d'Un mort dans les nuages.
Le sens de la mise en scène (?) et l'esprit de quiproquo sauvent
donc provisoirement la situation. Mais poursuivons plutôt notre
petite enquête, rien que pour l'amusement.
Cependant, le document attestant de la
naissance d'Hercule Poirot à Ellezelles ne résistera pas
longtemps à l'autopsie car on sait qu'il vit le jour, sous la
plume d'Agatha Christie en 1920 (il aurait donc déjà eu 70 ans à
l'époque, pas mal !) et qu'il finit sa carrière littéraire
cinquante-cinq ans plus tard dans Poirot quitte la scène. Soit à
l'âge de 125 ans. Mais bien sûr, tant qu'à raconter des
blagues, autant y aller à fond ! Cependant, rien n'empêchait non plus la
romancière d'évoquer des faits antérieurs en utilisant le nom de
ce personnage qui aurait pu lui raconter ses mémoires.
La réalité est toute autre et bien belge !

A Ellezelles, entre Flandre et Wallonie, les gens ont eu raison
de se rendre complices de la petite imposture. De statufier ce
héros de papier. De lui donner des racines. De donner un village
natal, un père et une mère, bref un berceau, à une légende qui
rassemble.
Mais encore fallait-il le savoir !
![]() Vue partielle du parc du château de Milord, à Ellezelles. |
Nous ne serions pas complets si nous n'évoquions pas le parallélisme relatif existant entre Hercule Poirot et l'autre célèbre détective Sherlock Holmes. Tous deux ont en effet une certaine attirance pour les choses du surnaturel. Conan Doyle lui-même aussi d'ailleurs.
Citons un roman qui mérite tout à fait de figurer ici :
La Fête du potiron (Halloween
Party dans les éditions originales
anglophones) est un roman policier écrit par
Agatha Christie, publié en 1969, mettant en
scène le détective belge Hercule Poirot et
l'auteur de romans policiers Ariadne Oliver,
auto-caricature d'Agatha Christie.
Ce roman a reçu un nouveau
titre français, le Crime d'Halloween,
lors de sa réédition dans la collection
"les
Intégrales" en 1999.
Résumé :
Mrs Drake a organisé chez elle une soirée
Halloween. Les enfants participent aux
préparatifs, avec l'aide d'Ariadne Oliver. Une
fillette à la langue bien pendue, Joyce, se
vante devant Mrs Oliver d'avoir assisté à un
vrai meurtre. Tout le monde lui rit au nez :
Joyce ne sait plus quoi inventer pour se rendre
intéressante. La fête est un vrai succès mais,
après le départ des invités, on découvre le
cadavre de Joyce dans la bibliothèque. Mrs
Oliver fait alors appel aux services d'Hercule Poirot...
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