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Bruce Lee a énormément fait parler de lui, mais était-il le maître que l'on a dit ?
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Bruce Lee est une personne très controversée et d'ailleurs controversable. Certains l'adulent comme un dieu, d'autres le détestent, mais en général sa cote de popularité est excellente. Cela provient sans doute du fait que, contrairement à beaucoup de professeurs d'arts martiaux, il n'a pas toujours fait dans le philosophique. Il était bagarreur, aimait la "castagne" et a fait partie de petits gangs. Par son caractère ou son comportement, il ne s'est pas fait que des amis et il avait effectivement maille à partie avec la mafia. D'autre part, il lui arrivait de se permettre des écarts un peu douteux (alcool, drogue et... filles). Mais là encore il faut distinguer les choses. On ne peut pas comparer ce qu'il était dans l'adolescence et en tenant compte de certains facteurs défavorables et ce qu'il est devenu par son travail acharné, ses capacités physiques, son sens quasiment inné de l'action dans le style et la fondation du Jeet kune do. Quoi que l'on puisse dire de lui, il faut reconnaître que cela a été un grand monsieur, un être d'exception et un pratiquant redoutable. |
Il est incontestable qu'il ait été le plus grand acteur de films d'arts martiaux du XXème siècle. Il a influencé beaucoup de monde et même d'écoles. Pour tout vous dire, il fut une époque de mon enfance, ou plus exactement de mon adolescence où je l'admirais et le prenais comme modèle. Mais en cela, je crois avoir seulement copié des milliers d'autres "gamins" de mon âge. C'était l'époque où l'on mimait le grand Bruce en poussant le même genre de cris suraigus.
Le premier film que j'ai vu de lui a été Big Boss. Je n'ai pas pu le
voir lors de sa première sortie car je n'avais pas encore l'âge, mais je
me suis rattrapé après ! Ce n'est que bien des années plus tard que je
me suis aperçu que certaines scènes de combat avaient été "au moins un
peu" arrangées, accélérées. Là aussi, il faut faire la part des choses :
Bruce Lee était un pratiquant extrêmement rapide (et puissant malgré sa
petite taille), mais on a un peu poussé le bouchon pour les besoins de
ses films. Il n'empêche que ses mouvements étaient incroyablement
rapides, même les coups de pied et il parvenait à donner la bagatelle de
huit coups à la seconde ! Je me souviens qu'à l'époque où je le copiais
et qui a généré chez moi une véritable obsession pour arriver sinon à le
battre du moins à l'égaler, je me suis entraîné comme un dingue et suis
arrivé à six coups à la seconde (euh... je parle de karaté, bien sûr !)
Il s'agit là de l'un de mes records personnels et ce n'est certes pas
mal. Néanmoins, je me suis aperçu récemment que j'avais été battu par un
inconnu (et certainement encore bien d'autres de par le monde). Ce
dernier arrive aussi aux six coups mais parfois aux sept. Ah ben zut
alors ! J'aimais beaucoup les films de Bruce Lee et il faut
dire que tout en respectant la trame habituelle du genre, il a su
révolutionner le style et il a été le premier à faire réaliser un
tournage en Europe, en Italie notamment. Il se permettait aussi d'y
inclure l'humour ce qui n'est pas plus mal. Son combat avec Chuck
Norris, sept fois champion du monde de karaté, fondateur de sa propre
école également, dans les ruines du Colisée est un grand moment de
cinéma. Pour la petite histoire, il paraîtrait que les deux hommes se
sont aussi affrontés en dehors des plateaux, afin de savoir qui était
vraiment le meilleur car, pour les besoins du film "La fureur du
dragon", Chuck Norris avait accepté de se laisser battre. On raconte que
Bruce Lee a gagné aussi ce second combat mais, jusqu'ici, je n'ai trouvé
aucune confirmation émanant de source officielle. "Opération dragon" est
également un excellent film du genre. Bruce Lee n'en a fait que cinq
mais ils lui ont assuré un succès sans précédent.
On pourrait citer de nombreuses anecdotes à propos du
petit dragon. J'en retiendrai une : alors qu'il assistait à une émission
regroupant des grands maîtres de différentes écoles qui vantaient chacun
la supériorité des unes sur les autres, arriva un hurluberlu qui défia
tout le monde de le faire tomber en le poussant. Chacun des maîtres
essaya à son tour et, à leur grande humiliation, n'y parvinrent pas !
Bruce Lee était le dernier, il se leva et assomma le plaisantin aussi
sec. Plus intéressant dans l'optique du CERPI, il subsiste
un mystère sur les causes de sa mort. La vérité sur celle-ci ne semble
pas avoir encore été mise à jour. La thèse officielle est celle d'une
allergie à l'aspirine, une hypersensibilité à l'un des composants du
médicament qu'il avait pris un peu avant de mourir. Je me pose des
questions quant à savoir si ce genre de choses peut vraiment provoquer
un gonflement spectaculaire du cerveau ! En tous cas l'autopsie n'a pas
relevé de traces relatives à un empoisonnement, mais cela reste possible
car à en juger par les documents qui m'ont été fournis, celle-ci a été
incomplète. Par contre, c'est Linda, son épouse, qui a annoncé qu'il
arrivait à Bruce de fumer de la marijuana... Seulement voilà, les choses
ne sont pas encore aussi simples : Bruce Lee n'était pas chez lui
lorsque c'est arrivé, contrairement à ce qui avait été annoncé de source
officielle. On peut se demander aussi pourquoi, vu l'état d'urgence, il
a été transféré dans un hôpital lointain alors qu'il en existait un
autre bien plus proche. D'autre part, peu avant sa mort, le grand maître
était très nerveux, se sentait et se disait menacé. Il a d'ailleurs fait
l'objet de plusieurs attaques et était désormais armé d'un revolver ! Un
jour, lors d'une conférence, la porte claqua et il se jeta aussitôt au
sol... Tout cela est assez bizarre et suspect, surtout quant on connaît
ses relations avec la mafia (réelles ou supposées, "actuelles" ou
passées ?) Bien sûr, on a aussi introduit la composante occulte dans les
circonstances de sa mort. Lors d'un tournage précédent, ou lors d'un
entraînement quelconque, il aurait reçu un coup de la
"main empoisonnée", un vieux sage lui aurait lancé un défi
duquel il ne pouvait s'en sortir, il aurait fait l'objet d'un sort, une
malédiction. Ce qui est sûr, c'est que son décès survint lors du film
"Le jeu de la mort", une coïncidence ?
En ce qui me concerne, c'est un coup de chapeau que
je lui réserve, tant pour sa vie intense et bien remplie que pour sa
réussite et son parcours. Je lui rends hommage, il le mérite.
Je n'ai jamais entendu parler de quelqu'un qui aurait dépassé les
huit... Je n'ai donc jamais battu Bruce Lee.
Après coup (c'est le cas de le dire !) on lui demanda pourquoi il avait
fait ça puisque les choses n'étaient pas prévues ainsi et il répondit :
"Moi, je ne pousse pas. Je frappe !"
Si
Bruce Lee était si exceptionnel et si la plupart des grands maîtres sont
asiatiques, ne peut-on pas se poser des
questions sur les maîtres
européens ?
Ce qui était vrai il y
a quelques décennies a bien changé ! Jadis, il était indispensable de
s'être rendu au Japon pour réellement évoluer dans les arts martiaux et
cela représentait un problème. Aujourd'hui, bien que cela ne soit pas
donné à tout le monde, les kilomètres semblent s'être estompés, toutes
les destinations du monde semblent être devenues plus proches. Cela ne
veut pas dire pour autant qu'elles soient plus démocratiques... Les
asiatiques sont bien sûr toujours redoutables, ce sont leurs techniques,
c'est leur terrain, leur philosophie. Un peu comme le football et
l'Angleterre ! Mais par la force des choses et aussi à force de temps,
les européens ont bien rattrapé leur retard. Il devient fréquent que des
asiatiques, des Japonais, se fassent battre par des européens. Voilà
pour ce qui est de la compétition du moins. Dans une autre optique, je
pense qu'un maître européen aura beaucoup de mal à valoir son équivalent
asiatique sur le plan philosophique car là je crois que c'est inscrit
dans les gènes. Depuis qu'ils sont au monde, ils vivent d'une manière
très différente avec des conceptions, une culture, des habitudes qui
s'écartent de beaucoup des nôtres. Néanmoins, même dans ce domaine nos
progrès sont incontestables et je peux vous garantir qu'il existe chez
nous de grands maîtres dont la valeur intrinsèque et celle de leur
enseignement est tout à fait remarquable.
A mes débuts en karaté, j'ai assisté à une
démonstration d'un cinquième dan dont j'ai oublié le nom (j'espère qu'il
m'excusera !) Il m'avait pris pour partenaire afin de montrer un coup
que j'étais sensé bloquer. Cependant, étant débutant à cette époque, je
m'attendais au contraire à ce qu'il stoppe son coup avant l'impact. Je
lui ai donc servi de punching-ball ! Ah ! Je peux vous assurer que ça
déménage ! Il n'y a eu qu'un seul coup et je n'étais pas du style
gringalet, mais c'est un peu comme si j'avais été transpercé par un
marteau piqueur ou que j'avais refusé la priorité à un poids lourd.
Par la suite, j'ai forcément été en contact avec d'autres sommités
belges et non belges mais européennes et, franchement, je trouve que la
mentalité est excellente et que nos bases sont plus que rassurantes.
Vous même, comment vous situez-vous par rapport aux autres grands maîtres ?
Holà ! Ici, il convient d'évoluer avec plus de modestie ! Tout d'abord je ne me considère pas comme un grand maître en arts martiaux, pas même un "maître" et je n'ai d'ailleurs pas ce titre non plus ! Il faut savoir que l'on peut dire "maître" à un professeur si celui-ci a atteint au moins le cinquième dan, ce qui n'est pas mon cas. Ensuite...
Oui mais, vous êtes tout de même quatrième dan de karaté, non ?
D'accord, mais d'une
part je ne pratique plus depuis plusieurs années, notamment faute de
temps et à cause de ma sphère professionnelle. Je n'ai donc de toute
façon plus le niveau ni la condition physique, loin s'en faut. D'autre
part, on ne passe pas au dan supérieur comme on accède à une couleur de
ceinture supérieure, de l'orange à la verte par exemple. Plus on évolue,
plus cela devient long et difficile et, encore une fois, le principal
adversaire, c'est soi-même.
Donc, s'il vous plaît, soyons réalistes. Disons qu'il fut un temps où
j'étais plutôt bon. J'ai eu l'occasion de faire mes preuves et
largement. J'ai vécu une belle expérience mais à présent il faut laisser
la place aux jeunes. Vous savez, je crois que je n'accepterais même plus
une occupation de portier ou de sorteur si on me la proposait (et en
admettant que j'aurais du temps à y consacrer). D'ici peu, je serai
septantenaire et je commence à avoir des bobos un peu partout. Mon
accident de 1985 ne m'a pas aidé non plus. Bref : s'il devait arriver un
jour de me faire agresser, il y en a qui risquent d'avoir une drôle de
surprise. Cela dit, il n'est plus question pour moi de remonter sur les
tatamis. Par contre, il m'arrive de répéter des katas dans mon jardin.
C'est bon pour le mental.
Vous avez très peu parlé de la boxe. Pas du tout même... Pourtant, là aussi vous vous êtes distingué.
Oui, mais je n'aime pas beaucoup parler de cette période de mon existence.
C'est donc surtout la philosophie des arts martiaux qui vous attire ?
Pas seulement celle des arts martiaux et d'ailleurs cela fait partie d'un tout. De tout temps j'ai été fasciné par l'Orient, les art martiaux bien sûr, mais aussi le zen, le yin et le yang, la culture, la mentalité. Vous pouvez m'inviter tous les jours au resto chinois (et, mieux encore : le resto japonais !) vous serez fatigué avant moi (et je mange avec des baguettes s'il vous plaît !) Si cela ne dépendait que de moi, l'intérieur de ma maison serait décoré en style chinois ou japonais, je trouve cela très joli. C'est aussi l'austérité et l'ascèse que j'apprécie. Vous savez, je pense sincèrement que nous avons encore beaucoup de choses à apprendre des peuples asiatiques, que ce soit en général ou dans l'optique du CERPI et ce n'est pas pour rien que j'ai décidé d'ouvrir la présente rubrique.