Black-out - all clear
Une
fois n'est pas coutume, la bibliothèque du CERPI s'est enrichie d'un roman - ou
plutôt d'un diptyque. Nous plaidons coupables mais évoquons en circonstances
atténuantes la réputation de l'auteur : Connie Willis, lauréate de plusieurs
prix (Hugo, Nebula, Locus) et son champ d'action : les voyages temporels ! (Ce
n'est pas le seul, mais celui qui a suscité notre intérêt).
Black-out, c'est déjà un nom qui nous parle - les connaisseurs savent pourquoi -
All clear lui fait suite. Willis est un nom qui est probablement de
circonstance, au moins phonétiquement, puisque l'action se déroule durant la
seconde guerre mondiale. Là encore, les connaisseurs et amateurs de WW2 pourront
suivre. Mais les choses sont un peu plus compliquées que ça. Car, en fait, nous
ne sommes pas en 39-45 mais bien vers les années 2060, à une époque où les
historiens en herbe sont chargés d'étudier leur matière sur le terrain, nantis
cette fois de la possibilité de remonter le temps. Le groupe qui nous
intéresse ici se retrouve donc en plein blitz londonien, sous des bombes bien
réelles qui mettent leurs vies en péril. Leur tâche est encore compliquée par un
impératif évident : ne changer en aucune manière le cours de l'histoire, car les
conséquences pourraient être épouvantables ! Un autre problème se présente :
pouvoir regagner son époque... Un ouvrage très bien documenté, dans la lignée
de 1963 de Stephen King. Une critique (Babelio) :
Après un roman remarquable consacré aux voyages temporels et mettant en scène
une jeune historienne transportée par erreur à l'époque de la peste noire au
XIVe siècle, Connie Willis remet le couvert en optant cette fois pour une
période différente. Et encore une fois, le résultat est passionnant. Avec «
Black out », premier tome d'un diptyque, l'auteur nous plonge au cœur de l'un
des moments les plus difficiles qu'ait jamais eu à vivre l'Angleterre au cours
de son histoire : le Blitz, soit la campagne de bombardements stratégiques menée
par l'aviation allemande contre le Royaume-Uni au début de la Seconde Guerre
mondiale (de septembre 1940 à mai 1941). Une opération meurtrière qui toucha
essentiellement la ville de Londres d'où furent évacués plus de trois millions
de personnes et qui aura fait près de 15 000 victimes parmi les civils. Malgré
le changement de période étudiée, le roman s'inscrit bel et bien dans la
continuité du « Grand livre », aussi est-il préférable, pour bien saisir les
nombreuses références, d'avoir au préalable lu l'ouvrage précité. On retrouve en
effet au début de ce premier tome certains des protagonistes du précédent roman
de l'auteur (bien qu'ils ne jouent pour le moment qu'un rôle très secondaire) et
on relève beaucoup d'allusions aux événements qui s'y sont déroulés.
Contrairement au « Grand livre » toutefois, nous ne suivons plus seulement les
aventures d'un seul historien mais de trois. La première, Polly, est envoyée en
plein cœur de Londres au tout début de Blitz afin d'étudier le comportement de
la population face aux raids aériens, et notamment des vendeuses des Grands
Magasins, particulièrement touchés par les bombardements. Michael est pour sa
part chargé d'observer les actes d'héroïsme au moment de la fameuse évacuation
de Dunkerque lors de laquelle tous les navires aptes à naviguer, marine
marchande aussi bien que bateaux de pêche ou de plaisance, se sont portés au
secours des soldats alliés pris au piège à Dunkerque.
La troisième, Mérope, est quant à elle censé rapporter des informations
concernant le sort des enfants londoniens évacués de la capitale au début du
Blitz. Trois points de vue qui nous font découvrir les années 1940-41 sous des
angles très différents et qui permettent à l'auteur de proposer une vision la
plus complète et précise possible du Blitz. C'était déjà le cas dans «Le Grand
livre », mais encore une fois on ne peut s'empêcher d'être à la fois bluffés à
et admiratifs face à la masse colossale d'informations recueillis par Connie
Willis sur l'époque en question.
Le lecteur passionné d'histoire ne devrait une fois encore pas manqué de se
plonger avec avidité dans ce récit qui nous retrace presque jour pour jour la
vie des Anglais à l'époque du Blitz. Quotidien des petits londoniens envoyés par
leurs parents à la campagne pour leur sécurité ; organisation mise en place dans
les refuges au moment des bombardements ; opérations menées par les pompiers
afin de rechercher des survivants ; travail effectué par les personnels
hospitaliers..., autant de points que l'auteur aborde avec un luxe de détail, à
tel point que l'on s'y croirait. Tout au long de ces quelques sept cent pages,
le lecteur se trouve ainsi transporté au cœur de cette sombre période dont il
vit chaque épreuve, chaque drame comme s'il se trouvait lui-même au côté des
civils. Une immersion totale qu'il est rare de rencontrer et qui doit non
seulement à la qualité des recherches effectuées par l'auteur mais aussi au soin
apporté à la psychologie des personnages, qu'ils soient essentiels pour
l'intrigue ou uniquement des rôles secondaires. Connie Willis parvient ainsi à
brosser un portrait très réaliste de l'état d'esprit des civils de l'époque, à
la fois terrorisés et épuisés par toutes ces nuits de bombardements, mais aussi
déterminés à ne pas céder face aux Allemands.
Alors certes, on pourra
reprocher au roman sa longueur et surtout sa lenteur, néanmoins il s'agit en ce
qui me concerne d'un gros coup de cœur qui m'aura fait passer de belles et
passionnantes heures de lecture. C'est avec impatience que j'attends de
découvrir la suite et fin des aventures de nos trois protagonistes et d'obtenir
enfin les réponses aux nombreuses questions posées dans ce premier tome.
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