Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

CREDO le dernier secret (+ débat)


Un roman reste un roman : dès le départ, on sait qu'il ne s'agit que d'une histoire inventée et il ne devrait par conséquent pas être question de trop s'y attarder. Seulement voilà, on peut aussi se laisser prendre au jeu de l'écriture, du scénario et considérer l'intrigue ainsi que sa plausibilité. Ici, on navigue en plein dans la science fiction, c'est entendu. On a donc envie de dire "a fortiori", prenons garde à ne pas nous emballer ! C'est vrai. Néanmoins, l'ouvrage de Douglas Preston, "Credo - le dernier secret" - en plus de constituer un bon moment de lecture, présente, au moins de façon sous-jacente, des réalités profondes.

Ainsi par exemple, nous ne savons que peu de choses de ce qui émane vraiment, au point de vue scientifique et de ses applications, quant à l'accélérateur de particules du CERN. L'une des dernières interventions en date aurait dû émousser les réactions par le caractère gigantesque de ce qui en était sorti et, bizarrement, cela a pourtant été un flop : il ne s'agissait pourtant ni plus ni moins que du dépassement de la vitesse de la lumière par les neutrinos" ! Excusez du peu, comme le dirait Christophe Giltay !
Bon. D'accord. Cela a été démenti et corrigé par la suite : erreur de mesure ! Pourtant, cela a été le calme plat avant quelques petites velléités de théorie du complot. On ne nous dit pas que la vérité et rien que la vérité. On ne sait pas : on verra. En attendant, quand est-ce qu'on mange ?
Mais, pendant tout ce temps, l'accélérateur continue de fonctionner, de pratiquer ses expériences et, de notre côté, nous continuons de rester dans le cirage. Le roman de Douglas Preston, dont on peut conseiller d'autres ouvrages tels que Codex ou T-Rex, entre autres, met en scène un accélérateur de particules perfectionné à l'américaine, ce qui sous-entend presque automatiquement toute la démesure que l'on peut imaginer. On sait déjà que l'engin vaut la bagatelle d'une quarantaine de milliards de dollars, qu'il est dirigé par l'homme le plus intelligent du monde et qu'il est accompagné de onze scientifiques de très haut niveau. Tiens donc, onze plus un, voilà qui nous fait douze, comme les apôtres... Mais soit. On sait que l'étude porte sur le Big Bang (Cocorico : il s'agit d'une trouvaille belge, de Georges Lemaître), la naissance de l'univers et c'est vrai que de ce côté-là, on peut - encore aujourd'hui - se poser pas mal de questions dans lesquelles Dieu vient presque immanquablement mettre le bout de son nez, lequel flirte avec la constante de Planck. Les frères Bogdanov nous en ont déjà parlé, mais ce n'est pas simple d'accès et les individus sont controversés (du moins l'étaient-ils puisqu'ils sont décédés entre temps). Re-soit. Il fallait évidemment, pour les besoins du roman, que Preston complique un peu l'affaire en situant l'action en territoire Navajo, que l'on y mette un ancien du CIA, traumatisé par la perte récente de son épouse et ayant fait un séjour au monastère (Tiens...), mandaté par la maison blanche qui subodore quelque chose plus ou moins en période électorale ou préélectorale et puis, en avançant un peu dans le livre, que l'on constate que, finalement, pour des raisons diverses : c'est la totalité des éléments qui travaillent autour de l'accélérateur de particules qui a été traumatisée. Voilà donc autant d'individus potentiellement vulnérables, du moins sur le plan psychologique. Le substrat est planté et bien planté pour une contamination, laquelle ne va pas manquer.

C'est en effet ce qui arrive lorsque l'appareil arrive à son maximum de puissance, que l'on touche au but et que, sous nos yeux ébahis, se manifeste l'inconcevable : une intervention de Dieu ! Ok. Ok. Minute papillon : ce qui se présente comme étant Dieu ou ce à quoi nous l'assimilons dans notre conception générale, faute d'en connaître les tenants et aboutissants réels, sauf de manière biblique, initiatique, etc. Ce n'est pas forcément la même chose. Une sorte de discussion va s'engager entre les scientifiques et leur dirigeant surdoué et cette entité et le texte de cette conversation qui touche au sublime (et en même temps à un certain charabia, il faut bien le dire) apparaît d'ailleurs en appendice du livre. Nul doute qu'il a été étudié, et plutôt bien. Il subjugue, c'est évident. Car il est très difficile, sinon impossible de le prendre en défaut. A cela, il faut ajouter des points plus concrets qui font office de "miracles" ou à tout le moins de "transmission de pensée" : l'entité parvient à deviner les pensées les plus intimes des scientifiques. Il le fait une première fois avec l'Oméga de Chaitin. Bingo : il fallait le trouver ! Ce n'est pas n'importe qui qui y aurait pensé et encore moins qui l'aurait deviné. C'est "fort de café" ! Rebelote lorsque l'entité parvient à deviner le prénom de l'enfant qui était à naître du couple du directeur de projet et de son épouse, si cette dernière avait survécu, aussi bien s'il s'était agit d'un garçon que d'une fille ! Anéantissement complet de l'individu qui ne s'en remet pas et tombe en syncope car ceci n'était connu de strictement personne !

Comment cette entité avait-elle malgré tout pu le savoir s'il ne s'agissait pas de Dieu ? C'était rigoureusement impossible et, dans le cas présent, nous sommes bien loin des artifices connus, tels que le cold reading. Il y a franchement un hic ! D'autant plus que l'entité ne se manifeste que lorsque l'engin, ultra perfectionné donc, assisté en cela par tout un groupe d'ordinateurs surpuissants utilisé par des gens de génie atteint son apogée, un point ou - précisément - on touche à la singularité par excellence ! Après une vaillante résistance de la part des scientifiques qui, on s'en doute, ne peuvent pas encaisser si facilement cette nouvelle hypothèse, celle de l'existence de Dieu, qui - de plus - leur "parlerait" (par le biais de l'ordinateur - mais même indépendamment de ce dernier !) d'une nouvelle religion qu'ils auraient à prôner, et qui porterait le nom de "Science", chaque individu finit par céder et accepter l'inacceptable : ils sont "convertis" ! Les voici investis d'une mission que les invitera à préparer le monde à une évolution progressive, tout à fait en dehors des chemins battus (et en même temps dans une sorte de cheminement déjà tout tracé) vers une forme de spiritualité intellectuelle qui les fera évoluer au travers de plusieurs stades de progression et de rapprochements intergalactiques pour les amener à une autre forme de réalisation sublime et singulière méconnue de Dieu lui-même. Car si ce dernier la connaissait, tout le reste n'aurait plus aucun sens ! Là, il est vrai, on s'y perd un peu.
Mais finalement guère plus que lorsque l'on envisage la physique quantique, la cosmologie et la complexité de notre Univers, une complexité qui pourrait en effet n'être qu'une rémanence d'une simplicité initiale parfaite. Dans une forme évoluée, on touche là à la théorie de l'unicité, que le christianisme complique d'ailleurs avec sa trinité unitaire.
Cependant, on a, ici, touché qu'à une seule facette de la problématique. C'est tout dire. Toutefois, le reste est, si l'on peut dire, beaucoup plus terre à terre : les Navajos, dont les intérêts sont ambigus, émettent des objections quant à la présence de cet accélérateur sur leur terres, sans compensations, un scénario déjà connu et ô combien réaliste. D'un autre côté, un télévangéliste - qui recourt aux services d'un prêtre dont l'esprit va facilement se transcendenter - se voit investi d'une autre mission, à la fois prévisible et complémentaire : détruire l'engin et son leader qui ne peut être que l'Antéchrist, puisque le projet tout entier s'oppose à l'existence de Dieu. D'une certaine manière, il a un peu raison, dans son esprit du moins, même s'il a surtout tort. Le problème c'est qu'il va parvenir à rallier à sa cause destructrice une très grande quantité de personnes, lesquelles vont arriver en masse et nantis d'armes disparates, parfois dérisoires, parfois très dangereuses, grâce à la propagande médiatique et à Internet. Le processus viral, exacerbé par la foi et des propos savamment étudiés pour être suffisamment convaincants, va faire mouche et on s'en va vers la catastrophe !

Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Est-ce que tout cela est seulement un tout petit peu plausible ? S'il s'agit d'une mystification, comme le suggère l'ancien de la CIA devenu détective privé qui, lui, n'est pas tombé dans le panneau (à moins qu'il soit le seul dans l'erreur), comment peut-on expliquer les prodiges dûment constatés et rigoureusement incompréhensibles ? Et puis, comment pourrait-on envisager une happy end face à une telle menace ? Car en effet, le danger est réel et redoutable : la machine s'affole, devient incontrôlable, ce qui - à ce niveau - peut être redoutable. Tout peut exploser et cela ne serait en rien comparable avec un feu d'artifice de fête locale : ce serait plutôt apocalyptique et menacerait l'existence même de toute la planète ! Excusez du peu ! (Oui, je sais, je l'ai déjà dit...) Il ne reste plus qu'à trouver la solution. Une mission tout à fait digne du CERPI. Ou, si vous voulez : Yaka !

Bien sûr, le CERPI va réussir à résoudre l'énigme avant l'heure et le lecteur aurait pu en faire tout autant, à condition de se donner la peine de chercher, de réfléchir, de disposer déjà de certaines connaissances, d'un certain esprit de déduction, etc. Soit. Mais quelles sont donc les explications ? Attention ! Ce qui suit va achever de spoiler la totalité du roman, vous voilà prévenus !

D'abord, on se rend compte de ce qu'il y a un hic plus que sérieux dans le développement du télévangéliste : lui et son prêtre déraillent complètement au nom de leur foi et du sacro-saint pouvoir de l'argent. La gématrie va venir à notre secours en nous permettant de voir que la transcription du nombre de la Bête : 666, est erronée. Elle a été falsifiée à dessein pour amener la réaction populaire voulue. Seulement voilà, au moment où l'on arrive à ces conclusions, il est déjà trop tard : le processus est lancé et il est désormais inexorable. Même les forces des USA, déployées sur place, seront inopérantes. Il va donc falloir trouver autre chose.
Précédemment, on a vu que la disparition de Volkonski était plus que louche et peu compatible avec une intervention divine. Mais on aurait pu la mettre sur le compte du Malin, si l'on suit le raisonnement - et donc de l'Antéchrist. N'empêche, voilà un élément qui met un peu la puce à l'oreille... Volkonski, dans un message crypté (que l'on décrypte heureusement pour nous dans le livre mais qui n'en est guère plus clair pour autant) fait ressortir un nom. Celui de Joe Blitz. Ce dernier n'a rien de directement explicite. Il faut savoir qu'il s'agit d'un pseudonyme de Ron Hubbard, le "père" de la scientologie. Voilà qui, pour un détective en tous cas, fait mal aux oreilles et on ne parle désormais plus de puce à l'oreille mais bien d'une invasion de méchantes petites bébêtes ! D'autant qu'un autre protagoniste porte - quand à lui - un autre nom prédestiné, celui de Crawley ! Vous avez dit Aleister ? Bien joué ! Oui mais, cela ne nous donne pas la solution de l'énigme pour autant... D'accord, patience ! Ca vient !

En plusieurs endroits, on voit que "l'homme le plus intelligent du monde", nommé Hazélius dans le roman, perd les pédales et commande, contre toute attente, de poursuivre l'augmentation de puissance de l'accélérateur alors qu'il sait fort bien que le risque est énorme ! Le risque est physiquement énorme car tout risque de sauter dans une explosion titanesque, mais il est aussi financièrement énorme : plus de quarante milliards de dollars ! Cela fait beaucoup ! Isabella, tel est le nom du projet et de l'accélérateur par la même occasion, c'est un peu "son bébé" l'œuvre ultime de sa vie, sa consécration et, en principe, il ne pourrait pas, il ne devrait pas, prendre des risques aussi inconsidérés surtout en étant assisté de personnes aussi compétentes. Il le fait néanmoins car il semble marcher dans la combine de ce "Dieu" auquel il croit bizarrement, mais aussi parce que ce dernier lui a donné des preuves particulièrement concrètes, des "miracles". Et donc, si Hazélius était lui-même l'instigateur de la mystification ?

Il n'y a en fait aucun miracle. Hazélius a menti au sujet de son épouse. Dieu aurait pu répondre n'importe quel prénom et il serait tombé juste, car Hazélius aurait prétendu que c'était vrai. Il lui suffisait de jouer la comédie. Plus subtile est la réponse du programme d'intelligence artificielle mise en œuvre dans le système par Hazélius pour répondre à la question de Kate, l'une des scientifiques. Mais Hazélius la connaissait parfaitement bien, jusque dans ses raisonnements logiques au niveau scientifique et donc l'Oméga de Chaitin était lui aussi prévisible. Il fallait seulement un tantinet de chance mais le contexte jouait en sa faveur. En effet, à ce moment on croyait à l'intervention d'une sorte de virus lancé dans le système informatique. Il fallait donc tomber sur une référence à Turing, le fameux décrypteur d'Enigma. Kate y aurait sûrement pensé en espérant prendre "Dieu" en défaut. C'est raté. Et l'effet est immense ! En fait, c'est presque du mentalisme.
Le but d'Hazélius, lequel n'avait plus rien à perdre, était de passer à la postérité en lançant une nouvelle religion, de devenir par le fait même à la fois un héros et un prophète. Il aurait aussi été, l'espace d'un instant, l'Antéchrist aux yeux d'une multitude. Mais ses disciples, à condition qu'ils parviennent à s'échapper du traquenard d'Isabella, allaient inexorablement prêcher la nouvelle "Bonne nouvelle" et tout aurait été rétabli. Il aurait été porté sur un piédestal, à côté de Jésus, Mahomet et d'autres...

Il y avait tout de même un sacré risque quand on considère l'explosion d'Isabella. Mais comme dans tout bon roman, il existe une porte de sortie. Certes, elle n'est pas facile, elle est même semée d'embûches, mais elle existe. C'est le dédale de souterrains qui permet de s'enfuir en cas de vilain. Du vilain, c'est sûr, il va y en avoir et Hazélius y laissera d'ailleurs sa peau, dans d'atroces souffrances, mais c'est le passage obligé pour devenir un saint martyr ! On ne se faisait pas vraiment trop de soucis pour Kate, dont on savait depuis le début que Ford (le détective) allait re-tomber amoureux. En tous cas, on pouvait facilement pressentir une histoire d'amour dans tout ce bazar. Il y aurait donc au moins une prêtresse ! Car bien sûr Ford n'allait pas la laisser mourir : Zorro arrive toujours à temps ! Pour d'autres, cela allait être plus problématique, mais on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs - et puis ça fait moins mal quand ce sont les autres qui meurent ! On leur demande juste de ne pas tous mourir ! Il faut qu'il en reste pour propager l'histoire, c'est évident. Et, le mieux, c'est que ça va marcher ! A la fin de l'histoire, les survivants, toujours convaincus d'avoir dialogué avec Dieu, lancent la nouvelle religion qu'ils appelleront "la Quète".

Bon. Pourquoi pas ? Mais tout cela est-il plausible ? Hélas oui ! Les scientifiques sont - en principe - bien armés contre ce genre de dérive. Mais qui dit scientifique ne signifie pas ipso facto athée ou agnostique et lorsqu'une prétendue entité leur parle de "science" et que les réponses à leurs questions les interpellent comme pourrait le faire un programme d'intelligence artificielle, il y a fort à parier qu'ils redeviennent vulnérables. Un ou deux "miracle(s)", à la sauce scientifique pour faire plus vrai, les secoue méchamment. Ajoutez à cela qu'ils ont judicieusement été choisis par Hazélius précisément parce que les traumatismes récents qu'ils avaient subis les rendaient plus perméables et plus malléables. L'induction devenait facile, surtout si, en plus, Hazélius jouait bien le jeu devant leurs yeux, en les mystifiant comme personne n'aurait jamais cru qu'il puisse le faire ! En finalité, rien de tel que des scientifiques pour parler de science ! Quant au reste, il n'est hélas que trop plausible. On connaît bien la puissance des médias et les possibilités d'Internet avec ses sites, ses forums, ses blogs, ses réseaux sociaux, la bêtise humaine, son potentiel rassembleur. Et ses conséquences. Finalement, si des extraterrestres devaient se manifester et revendiquer d'avoir été nos pères réels dans une lointaine antiquité, de nous avoir bernés à l'aide de quelques "mirages" qui leur étaient très accessibles et qui auraient automatiquement été très convaincants, on aboutirait forcément à l'effondrement des religions avec des conséquences apocalyptiques. Cela ne se manifesterait pas qu'à propos de la religion et l'existence humaine toute entière serait très gravement menacée car le système tout entier autour duquel nous vivons serait entièrement bouleversé. Du jour au lendemain, tout changerait du tout au tout. Il vaudrait beaucoup mieux que cela se passe en douceur ! Il est vrai que nous sommes encore bien trop primitifs... Inversement, tout est également très plausible, ou en tous cas possible : si une (et a fortiori plusieurs) entités extraterrestres (ou disons "exogènes") nous avaient rendu visite dans un très lointain passé, il aurait été très facile que ces entités se fassent passer pour des dieux. Cela aurait même été presque automatique, les gens de l'époque n'ayant nul besoin d'extraterrestres très sophistiqués pour diviniser ce qu'ils ne comprenaient pas et dépassait leur entendement, voire même tout simplement leur faisait peur dans une manifestation de puissance incontrôlable. Dès lors, un minimum d'anthropologie suffit, surtout pour une civilisation très avancée, pour induire une religion qui sert de levier de contrôle. A partir de celle-ci, l'homme devient très assujetti, très docile et rend d'inestimables services. On dirige la fourmilière sans aucun mal et, à en juger par l'expérience : c'est prévu pour durer longtemps, des siècles, même des millénaires ! Il va falloir très longtemps pour qu'après les toutes premières découvertes fondamentales telles que le feu, l'Homme en vienne à commencer à philosopher et à jeter les prémisses de la science qui, elle-même, ne fera encore que balbutier pendant de longues décennies. Mais entre temps, les religions (car plusieurs versions ont vu le jour et là aussi c'est très prévisible, surtout si l'on envisage plusieurs entités exogènes quelque peu différentes - et peut-être rivales - c'est la politique consistant à diviser pour régner. Cette conception elle-même peut s'intégrer à la religion dans le principe du Mal, dans lequel "Le Diable" est considéré avant tout comme le grand diviseur !) sont devenues des institutions : l'Homme les a structurées et hiérarchisées, autrement dit le processus fonctionne de manière autonome. En effet, dans certains cas, et ceux-ci ont tendance à persister - la religion constitue un frein à l'essor de la science ! Si la religion ne s'était pas opposée à l'idée de l'héliocentrisme au profit du géocentrisme, on aurait gagné pas mal de temps et certains ne seraient pas morts prématurément. Mais, bien sûr, il ne s'agit pas ici d'attaquer le christianisme ni d'ailleurs l'une quelconque des religions. Nous évoquons simplement la possibilité de leur effet négatif (et il n'y a pas que ce dernier, c'est entendu) dans un contexte convenu. Au cours des siècles, la religion semble régresser lentement, et céder la place à la science. Ce qui était surnaturel hier devient scientifiquement explicable. Il faut faire des concessions et revoir les jugements. A quoi cela aboutira-t-il ? A notre sens à l'essor de la seule science, laquelle deviendra par la force des choses une forme de nouvelle religion. Mais celle-ci fonctionnera sur d'autres principes et le risque c'est qu'elle aboutisse également à une autre forme d'asservissement. Ce qui semble clair c'est que, si extraterrestres il y a, il vaudrait mieux pour nous qu'ils évitent de se manifester trop étroitement tant que l'Homme reste si attaché à ses dogmes théologiques. Il faut noter à ce propos l'évolution actuelle des choses par le biais de personnages tels que Mauro Biglino un ex-traducteur du Vatican qui dévoile aujourd'hui ce qui était encore inconcevable hier (sauf si l'on prend en considération les précédents écrits concernant la théorie des anciens astronautes, ceux de Von Däniken par exemple, trop auréolés d'invraisemblances et manquant encore de documentation réellement impactante). Mais ne mélangeons pas les sujets.

Pour en revenir à nos considérations, disons que le présent ouvrage de Douglas Preston présente cet avantage pour nos enquêteurs en herbe de permettre de constater à quel point il est facile d'influencer son entourage par d'habiles procédés et moins facile de démonter l'imposture. D'autant plus que dans les enquêtes sur le terrain on est exposé à du concret. On n'est plus ni dans le roman ni dans la science fiction, mais parfois la vérité peut ne pas être vraisemblable. Toutefois, il convient de se méfier des apparences. Il convient parfois d'aller chercher loin les éléments de preuves ou seulement de pistes. En dévoilant le nom de Joe Blitz, Douglas Preston risquait peu de livrer trop tôt le pot aux roses. Pourquoi ? Parce que, généralement, le lecteur est emporté par sa lecture. Il est confortablement installé, occupé de s'adonner (pour une fois !) à un petit passe-temps agréable loin des tourments quotidiens. Dès lors, pourquoi devrait-il faire un effort pour vérifier, pour chercher, alors que de toute façon la vérité éclatera au terme de sa lecture ? Ce n'est évidemment pas le cas dans les enquêtes de terrain : là, ce sont les enquêteurs qui doivent impérativement faire l'effort et il est rare que quelqu'un leur mâche la besogne ! En face, on fera probablement tout pour les fourvoyer. Encore même aurait-on trouvé Ron Hubbard et la scientologie qu'il aurait encore fallu trouver le rapport de cause à effet et surtout la finalité recherchée, laquelle n'était pas du tout évidente. Il ne viendrait pas à l'idée de grand monde de se sacrifier comme l'a fait Hazélius dans le roman, dans un but incertain et relativement flou quant à ses implications car, en fait, tout repose sur de longues spéculations futuristes, envisageables mais loin d'être démontrées. Le risque de l'Oméga de Chaitin était sans doute calculé mais cela restait un risque. Quelle solution alternative Hazélius aurait-il pu envisager en cas d'échec ? Finalement, au terme de la lecture du roman, on demeure dans une certaine expectative : il subsiste un doute auquel même Ford pourrait céder. On ne le saura pas, à moins que cela apparaisse dans une suite.

Mais c'est possible car cela lui permettrait de renouer avec Kate. Évidemment, il y a les arguments du détective qui - en principe - ne souffrent aucune discussion. Mais, justement, c'est "en principe", a priori. Or l'auteur s'emploie à entretenir le doute : le programme d'intelligence artificielle, auquel moi-même je ne comprends pas toujours tout (dixit Hazélius) a fonctionné bien au-delà de mes espérances, il a "trop bien fonctionné". Et si quelqu'un lui avait donné un coup de pouce, tout simplement parce que l'humain serait arrivé à un stade de son avancement qui lui permettrait d'accéder à une étape suivante ? Après tout, tout en s'en tenant à l'écart "en principe", on resterait dans le thème du processus. C'est un peu le "aide-toi et le ciel t'aidera". Et si le ciel n'était pas composé comme on le pense ?

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