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CREDO le dernier secret (+ débat)
Ainsi par exemple, nous ne savons que peu de
choses de ce qui émane vraiment, au point de vue scientifique et de ses
applications, quant à l'accélérateur de particules du CERN. L'une des dernières
interventions en date aurait dû émousser les réactions par le caractère
gigantesque de ce qui en était sorti et, bizarrement, cela a pourtant été un
flop : il ne s'agissait pourtant ni plus ni moins que du dépassement de la
vitesse de la lumière par les neutrinos" ! Excusez du peu, comme le dirait
Christophe Giltay ! C'est en effet ce qui arrive lorsque
l'appareil arrive à son maximum de puissance, que l'on touche au but et que,
sous nos yeux ébahis, se manifeste l'inconcevable : une intervention de Dieu !
Ok. Ok. Minute papillon : ce qui se présente comme étant Dieu ou ce à quoi nous
l'assimilons dans notre conception générale, faute d'en connaître les tenants et
aboutissants réels, sauf de manière biblique, initiatique, etc. Ce n'est pas
forcément la même chose. Une sorte de discussion va s'engager entre les
scientifiques et leur dirigeant surdoué et cette entité et le texte de cette
conversation qui touche au sublime (et en même temps à un certain charabia, il
faut bien le dire) apparaît d'ailleurs en appendice du livre. Nul doute qu'il a
été étudié, et plutôt bien. Il subjugue, c'est évident. Car il est très
difficile, sinon impossible de le prendre en défaut. A cela, il faut ajouter des
points plus concrets qui font office de "miracles" ou à tout le moins de
"transmission de pensée" : l'entité parvient à deviner les pensées les plus
intimes des scientifiques. Il le fait une première fois avec l'Oméga de Chaitin.
Bingo : il fallait le trouver ! Ce n'est pas n'importe qui qui y aurait pensé et
encore moins qui l'aurait deviné. C'est "fort de café" ! Rebelote lorsque
l'entité parvient à deviner le prénom de l'enfant qui était à naître du couple
du directeur de projet et de son épouse, si cette dernière avait survécu, aussi
bien s'il s'était agit d'un garçon que d'une fille ! Anéantissement complet de
l'individu qui ne s'en remet pas et tombe en syncope car ceci n'était connu de
strictement personne ! Comment cette entité avait-elle
malgré tout pu le savoir s'il ne s'agissait pas de Dieu ? C'était
rigoureusement impossible et, dans le cas présent, nous sommes bien loin
des artifices connus, tels que le cold reading. Il y a franchement un
hic ! D'autant plus que l'entité ne se manifeste que lorsque l'engin,
ultra perfectionné donc, assisté en cela par tout un groupe
d'ordinateurs surpuissants utilisé par des gens de génie atteint son
apogée, un point ou - précisément - on touche à la singularité par
excellence ! Après une vaillante résistance de la part des scientifiques
qui, on s'en doute, ne peuvent pas encaisser si facilement cette
nouvelle hypothèse, celle de l'existence de Dieu, qui - de plus - leur
"parlerait" (par le biais de l'ordinateur - mais même indépendamment de
ce dernier !) d'une nouvelle religion qu'ils auraient à prôner, et qui
porterait le nom de "Science", chaque individu finit par céder et
accepter l'inacceptable : ils sont "convertis" ! Les voici investis
d'une mission que les invitera à préparer le monde à une évolution
progressive, tout à fait en dehors des chemins battus (et en même temps
dans une sorte de cheminement déjà tout tracé) vers une forme de
spiritualité intellectuelle qui les fera évoluer au travers de plusieurs
stades de progression et de rapprochements intergalactiques pour les
amener à une autre forme de réalisation sublime et singulière méconnue
de Dieu lui-même. Car si ce dernier la connaissait, tout le reste
n'aurait plus aucun sens ! Là, il est vrai, on s'y perd un peu. Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Est-ce
que tout cela est seulement un tout petit peu plausible ? S'il s'agit d'une
mystification, comme le suggère l'ancien de la CIA devenu détective privé qui,
lui, n'est pas tombé dans le panneau (à moins qu'il soit le seul dans l'erreur),
comment peut-on expliquer les prodiges dûment constatés et rigoureusement
incompréhensibles ? Et puis, comment pourrait-on envisager une happy end face à
une telle menace ? Car en effet, le danger est réel et redoutable : la machine
s'affole, devient incontrôlable, ce qui - à ce niveau - peut être redoutable.
Tout peut exploser et cela ne serait en rien comparable avec un feu d'artifice
de fête locale : ce serait plutôt apocalyptique et menacerait l'existence même
de toute la planète ! Excusez du peu ! (Oui, je sais, je l'ai déjà dit...) Il ne
reste plus qu'à trouver la solution. Une mission tout à fait digne du CERPI. Ou,
si vous voulez : Yaka ! Bien sûr, le CERPI va réussir à résoudre
l'énigme avant l'heure et le lecteur aurait pu en faire tout autant, à condition
de se donner la peine de chercher, de réfléchir, de disposer déjà de certaines
connaissances, d'un certain esprit de déduction, etc. Soit. Mais quelles sont
donc les explications ?
Attention ! Ce qui suit va achever de spoiler la
totalité du roman, vous voilà prévenus ! D'abord, on se rend compte de ce qu'il y a un
hic plus que sérieux dans le développement du télévangéliste : lui et son prêtre
déraillent complètement au nom de leur foi et du sacro-saint pouvoir de
l'argent. La gématrie va venir à notre secours en nous permettant de voir que la
transcription du nombre de la Bête : 666, est erronée. Elle a été falsifiée à
dessein pour amener la réaction populaire voulue. Seulement voilà, au moment où
l'on arrive à ces conclusions, il est déjà trop tard : le processus est lancé et
il est désormais inexorable. Même les forces des USA, déployées sur place,
seront inopérantes. Il va donc falloir trouver autre chose.
En plusieurs endroits, on voit que "l'homme
le plus intelligent du monde", nommé Hazélius dans le roman, perd les pédales et
commande, contre toute attente, de poursuivre l'augmentation de puissance de
l'accélérateur alors qu'il sait fort bien que le risque est énorme ! Le risque
est physiquement énorme car tout risque de sauter dans une explosion titanesque,
mais il est aussi financièrement énorme : plus de quarante milliards de dollars
! Cela fait beaucoup ! Isabella, tel est le nom du projet et de l'accélérateur
par la même occasion, c'est un peu "son bébé" l'œuvre ultime de sa vie, sa
consécration et, en principe, il ne pourrait pas, il ne devrait pas, prendre des
risques aussi inconsidérés surtout en étant assisté de personnes aussi
compétentes. Il le fait néanmoins car il semble marcher dans la combine de ce
"Dieu" auquel il croit bizarrement, mais aussi parce que ce dernier lui a donné
des preuves particulièrement concrètes, des "miracles". Et donc, si Hazélius
était lui-même l'instigateur de la mystification ? Il n'y a en fait aucun miracle. Hazélius a
menti au sujet de son épouse. Dieu aurait pu répondre n'importe quel prénom et
il serait tombé juste, car Hazélius aurait prétendu que c'était vrai. Il lui
suffisait de jouer la comédie. Plus subtile est la réponse du programme
d'intelligence artificielle mise en œuvre dans le système par Hazélius pour
répondre à la question de Kate, l'une des scientifiques. Mais Hazélius la
connaissait parfaitement bien, jusque dans ses raisonnements logiques au niveau
scientifique et donc l'Oméga de Chaitin était lui aussi prévisible. Il fallait
seulement un tantinet de chance mais le contexte jouait en sa faveur. En effet,
à ce moment on croyait à l'intervention d'une sorte de virus lancé dans le
système informatique. Il fallait donc tomber sur une référence à Turing, le
fameux décrypteur d'Enigma. Kate y aurait sûrement pensé en espérant prendre
"Dieu" en défaut. C'est raté. Et l'effet est immense ! En fait, c'est presque du
mentalisme. Il y avait tout de même un sacré risque quand
on considère l'explosion d'Isabella. Mais comme dans tout bon roman, il existe
une porte de sortie. Certes, elle n'est pas facile, elle est même semée
d'embûches, mais elle existe. C'est le dédale de souterrains qui permet de
s'enfuir en cas de vilain. Du vilain, c'est sûr, il va y en avoir et Hazélius y
laissera d'ailleurs sa peau, dans d'atroces souffrances, mais c'est le passage
obligé pour devenir un saint martyr ! On ne se faisait pas vraiment trop de
soucis pour Kate, dont on savait depuis le début que Ford (le détective) allait
re-tomber amoureux. En tous cas, on pouvait facilement pressentir une histoire
d'amour dans tout ce bazar. Il y aurait donc au moins une prêtresse ! Car bien
sûr Ford n'allait pas la laisser mourir : Zorro arrive toujours à temps ! Pour
d'autres, cela allait être plus problématique, mais on ne fait pas d'omelette
sans casser d'œufs - et puis ça fait moins mal quand ce sont les autres qui
meurent ! On leur demande juste de ne pas tous mourir ! Il faut qu'il en reste
pour propager l'histoire, c'est évident. Et, le mieux, c'est que ça va marcher !
A la fin de l'histoire, les survivants, toujours convaincus d'avoir dialogué
avec Dieu, lancent la nouvelle religion qu'ils appelleront "la Quète". Bon. Pourquoi pas ? Mais tout cela est-il
plausible ? Hélas oui ! Les scientifiques sont - en principe - bien armés contre
ce genre de dérive. Mais qui dit scientifique ne signifie pas ipso facto athée
ou agnostique et lorsqu'une prétendue entité leur parle de "science" et que les
réponses à leurs questions les interpellent comme pourrait le faire un programme
d'intelligence artificielle, il y a fort à parier qu'ils redeviennent
vulnérables. Un ou deux "miracle(s)", à la sauce scientifique pour faire plus
vrai, les secoue méchamment. Ajoutez à cela qu'ils ont judicieusement été
choisis par Hazélius précisément parce que les traumatismes récents qu'ils
avaient subis les rendaient plus perméables et plus malléables. L'induction
devenait facile, surtout si, en plus, Hazélius jouait bien le jeu devant leurs
yeux, en les mystifiant comme personne n'aurait jamais cru qu'il puisse le faire
! En finalité, rien de tel que des scientifiques pour parler de science ! Quant
au reste, il n'est hélas que trop plausible. On connaît bien la puissance des
médias et les possibilités d'Internet avec ses sites, ses forums, ses blogs, ses
réseaux sociaux, la bêtise humaine, son potentiel rassembleur. Et ses
conséquences. Finalement, si des extraterrestres devaient se manifester et
revendiquer d'avoir été nos pères réels dans une lointaine antiquité, de nous
avoir bernés à l'aide de quelques "mirages" qui leur étaient très accessibles et
qui auraient automatiquement été très convaincants, on aboutirait forcément à
l'effondrement des religions avec des conséquences apocalyptiques. Cela ne se
manifesterait pas qu'à propos de la religion et l'existence humaine toute
entière serait très gravement menacée car le système tout entier autour duquel
nous vivons serait entièrement bouleversé. Du jour au lendemain, tout changerait
du tout au tout. Il vaudrait beaucoup mieux que cela se passe en douceur ! Il
est vrai que nous sommes encore bien trop primitifs... Inversement, tout est
également très plausible, ou en tous cas possible : si une (et a fortiori
plusieurs) entités extraterrestres (ou disons "exogènes") nous avaient rendu
visite dans un très lointain passé, il aurait été très facile que ces entités se
fassent passer pour des dieux. Cela aurait même été presque automatique, les
gens de l'époque n'ayant nul besoin d'extraterrestres très sophistiqués pour
diviniser ce qu'ils ne comprenaient pas et dépassait leur entendement, voire
même tout simplement leur faisait peur dans une manifestation de puissance
incontrôlable. Dès lors, un minimum d'anthropologie suffit, surtout pour une
civilisation très avancée, pour induire une religion qui sert de levier de
contrôle. A partir de celle-ci, l'homme devient très assujetti, très docile et
rend d'inestimables services. On dirige la fourmilière sans aucun mal et, à en
juger par l'expérience : c'est prévu pour durer longtemps, des siècles, même des
millénaires ! Il va falloir très longtemps pour qu'après les toutes premières
découvertes fondamentales telles que le feu, l'Homme en vienne à commencer à
philosopher et à jeter les prémisses de la science qui, elle-même, ne fera
encore que balbutier pendant de longues décennies. Mais entre temps, les
religions (car plusieurs versions ont vu le jour et là aussi c'est très
prévisible, surtout si l'on envisage plusieurs entités exogènes quelque peu
différentes - et peut-être rivales - c'est la politique consistant à diviser
pour régner. Cette conception elle-même peut s'intégrer à la religion dans le
principe du Mal, dans lequel "Le Diable" est considéré avant tout comme le grand
diviseur !) sont devenues des institutions : l'Homme les a structurées et
hiérarchisées, autrement dit le processus fonctionne de manière autonome. En
effet, dans certains cas, et ceux-ci ont tendance à persister - la religion
constitue un frein à l'essor de la science ! Si la religion ne s'était pas
opposée à l'idée de l'héliocentrisme au profit du géocentrisme, on aurait gagné
pas mal de temps et certains ne seraient pas morts prématurément. Mais, bien
sûr, il ne s'agit pas ici d'attaquer le christianisme ni d'ailleurs l'une
quelconque des religions. Nous évoquons simplement la possibilité de leur effet
négatif (et il n'y a pas que ce dernier, c'est entendu) dans un contexte
convenu. Au cours des siècles, la religion semble régresser lentement, et céder
la place à la science. Ce qui était surnaturel hier devient scientifiquement
explicable. Il faut faire des concessions et revoir les jugements. A quoi cela
aboutira-t-il ? A notre sens à l'essor de la seule science, laquelle deviendra
par la force des choses une forme de nouvelle religion. Mais celle-ci
fonctionnera sur d'autres principes et le risque c'est qu'elle aboutisse
également à une autre forme d'asservissement. Ce qui semble clair c'est que, si
extraterrestres il y a, il vaudrait mieux pour nous qu'ils évitent de se
manifester trop étroitement tant que l'Homme reste si attaché à ses dogmes
théologiques.
Il faut noter à ce propos l'évolution actuelle des choses par le biais de
personnages tels que Mauro Biglino un ex-traducteur du Vatican qui dévoile
aujourd'hui ce qui était encore inconcevable hier (sauf si l'on prend en
considération les précédents écrits concernant la théorie des anciens
astronautes, ceux de Von Däniken par exemple, trop auréolés d'invraisemblances
et manquant encore de documentation réellement impactante). Mais ne mélangeons
pas les sujets. Pour en revenir à nos considérations, disons
que le présent ouvrage de Douglas Preston présente cet avantage pour nos
enquêteurs en herbe de permettre de constater à quel point il est facile
d'influencer son entourage par d'habiles procédés et moins facile de démonter
l'imposture. D'autant plus que dans les enquêtes sur le terrain on est exposé à
du concret. On n'est plus ni dans le roman ni dans la science fiction, mais
parfois la vérité peut ne pas être vraisemblable. Toutefois, il convient de se
méfier des apparences. Il convient parfois d'aller chercher loin les éléments de
preuves ou seulement de pistes. En dévoilant le nom de Joe Blitz, Douglas
Preston risquait peu de livrer trop tôt le pot aux roses. Pourquoi ? Parce que,
généralement, le lecteur est emporté par sa lecture. Il est confortablement
installé, occupé de s'adonner (pour une fois !) à un petit passe-temps agréable
loin des tourments quotidiens. Dès lors, pourquoi devrait-il faire un effort
pour vérifier, pour chercher, alors que de toute façon la vérité éclatera au
terme de sa lecture ? Ce n'est évidemment pas le cas dans les enquêtes de
terrain : là, ce sont les enquêteurs qui doivent impérativement faire l'effort
et il est rare que quelqu'un leur mâche la besogne ! En face, on fera
probablement tout pour les fourvoyer. Encore même aurait-on trouvé Ron Hubbard
et la scientologie qu'il aurait encore fallu trouver le rapport de cause à effet
et surtout la finalité recherchée, laquelle n'était pas du tout évidente. Il ne
viendrait pas à l'idée de grand monde de se sacrifier comme l'a fait Hazélius
dans le roman, dans un but incertain et relativement flou quant à ses
implications car, en fait, tout repose sur de longues spéculations futuristes,
envisageables mais loin d'être démontrées. Le risque de l'Oméga de Chaitin était
sans doute calculé mais cela restait un risque. Quelle solution alternative
Hazélius aurait-il pu envisager en cas d'échec ? Finalement, au terme de la
lecture du roman, on demeure dans une certaine expectative : il subsiste un
doute auquel même Ford pourrait céder. On ne le saura pas, à moins que cela
apparaisse dans une suite. Mais c'est possible car cela lui permettrait de renouer avec
Kate. Évidemment, il y a les arguments du détective qui - en principe - ne
souffrent aucune discussion. Mais, justement, c'est "en principe", a priori. Or
l'auteur s'emploie à entretenir le doute : le programme d'intelligence
artificielle, auquel moi-même je ne comprends pas toujours tout (dixit Hazélius)
a fonctionné bien au-delà de mes espérances, il a "trop bien fonctionné". Et si
quelqu'un lui avait donné un coup de pouce, tout simplement parce que l'humain
serait arrivé à un stade de son avancement qui lui permettrait d'accéder à une
étape suivante ? Après tout, tout en s'en tenant à l'écart "en principe", on
resterait dans le thème du processus. C'est un peu le "aide-toi et le ciel
t'aidera". Et si le ciel n'était pas composé comme on le pense ? |