Sire Cédric
Une
fois n'est pas coutume, je vous propose de découvrir un jeune auteur qui
mérite, je le pense, de voir son nom apparaître sur le site du CERPI. Il
s'agit de Sire Cédric. Univers féerique, merveilleux, poétique,
fantastique ou érotique, l'écrivain touche à tous les styles et sous
toutes les formes, du conte au roman en passant par la nouvelle.
BIOGRAPHIE :
Sire Cédric voit le jour le 24 octobre 1974 à Saint-Gaudens en
Haute-Garonne. Il passe une enfance tranquille à Saint-Geniez d'Olt
(Aveyron), entouré de son père, dentiste, de sa mère, pharmacienne, d'un
frère et d'une sœur. Il n'a qu'une dizaine d'années lorsqu'il lit «Le
Seigneur des anneaux». C'est la révélation, qui lui fait découvrir le
genre «fantasy». Une seconde, qui sera décisive pour le reste de sa vie,
vient quelques années plus tard, quand il découvre le «Livre de Sang» de
Clive Barker. Il commence à écrire des contes et remporte quelques
succès : Prix de «La Jeune Nouvelle d'Onet le Château» en 1989, prix
«Maupassant» en 1991, avec une histoire vampirique qui est publiée dans
l'anthologie «Premières Pages» (éditions Casteilla) en 1992.
Après son baccalauréat, que l'on imagine littéraire, il entreprend des
études d'anglais à la faculté de Toulouse. Rapidement lassé, il
abandonne les cours et s'envole vers les États-Unis où il vit pendant un
an. De retour en France, il s'installe à Toulouse et virevolte de petit
boulot en petit boulot. Son niveau élevé en français et en langues
étrangères lui permet de travailler dans l'édition, en tant que pigiste
et en tant que traducteur (Il a transcrit plusieurs nouvelles de Gary
Braunbeck, Tanith Lee, Neil Gaiman...). En 1995, il co-anime une
émission hebdomadaire consacrée au Métal pour une radio toulousaine. À
cette occasion, il adopte le pseudonyme de Sire C. (en référence à la
magicienne Circé). Canines aiguisées, cheveux longs et sombres, yeux
bleus maquillés de noir... C'est le début d'une belle aventure.
Rattrapé par son amour pour l'écriture, il rédige quelques textes,
sombres et, selon ses dires, romantiques. Certains paraissent dans des
fanzines tels que «Sensationnel», «Phénix» et «Morsure», les autres sont
auto-édités sous forme de plaquettes. Satisfait, Sire Cédric persévère.
Au début des années 2000, ses nouvelles commencent à être publiées dans
des revues professionnelles, comme Elegy et Khimaira. Proche du
mouvement gothique, le jeune homme écrit des textes horrifiques. Est-ce
un mauvais choix? Sire Cédric peine à sortir de l'anonymat.
En
2004, il dirige «Polar», une anthologie mêlant littérature fantastique
et policière, publiée aux éditions de «l'Oxymore». En 2005, «Déchirures»
paraît aux éditions «Nuit d'avril». Le recueil compte neuf nouvelles
sanglantes et décadentes. Les plus anciennes sont revisitées pour
l'occasion. «Déchirures» est élu coup de cœur 2006 par les bibliothèques
de Paris.
En septembre 2006, «Angemort», son premier roman, sort en librairie.
L'histoire est surréaliste et débridée. L'auteur qualifie lui-même son
œuvre de «gros délire». Le texte est gorgé d'humeur noire et
d'imperfections, ce qui ne l'empêche pas de remporter le «Prix Merlin
2007» (seul prix de fantasy francophone). «Angemort» marque un tournant
dans la vie de Sire Cédric qui peut désormais vivre de sa plume.
En 2007, «Dreamworld», son second recueil, est publié. Horreur, sang,
sexe, cauchemars et créatures maléfiques sont encore au rendez-vous. Le
style a évolué cependant. L'approche psychologique des personnages est
plus élaborée. Plusieurs textes sont entièrement rédigés en prose
poétique... Le pouvoir onirique est sublimé. La supériorité du rêve sur
la réalité ne fait aucun doute. «Dreamworld» est cité dans plusieurs
thèses universitaires, et se voit étudié dans certaines classes, au
niveau du collège comme au lycée.
En mars 2009, les éditions «Pré aux clercs» publient «L'enfant des
cimetières». Sire Cédric laisse de côté le style horrifique au profit du
thriller fantastique inspiré d'une légende urbaine. L'écrivain a mûri.
Il souhaite aborder de nouveaux thèmes et gagner en crédibilité.
Parallèlement à l'écriture, Sire Cédric s'adonne à une autre passion :
La musique. En 2004, il rejoint le groupe de black métal «Grimoria». Les
cinq membres composent un album et donnent quelques concerts avant de se
séparer en 2007.
Cette même année 2007, Storm (guitariste), Rémy (bassiste) et Sire
Cédric, tous trois ex-membres de «Grimoria», fondent le groupe de death
métal «Angelizer». Accompagnés de nouveaux musiciens (dont Boris,
ex-batteur du groupe «E Force»), ils enregistrent, en mars 2008, un CD
de quatre titres intitulé «Poison dreams». Depuis, «Angelizer» enchaîne
les concerts partout en France.
INSPIRATIONS
Souvent
qualifié d'écrivain gothique, Sire Cédric semble fasciné par l'étrange.
Au fil des pages, des thèmes récurrents, propres à une génération et à
un état d'esprit, font leur apparition :
Les victimes sont des
personnages chers à la littérature horrifique. Les manifestations
paranormales sont liées à la crainte et à la haine suscitée par la
violence. Pour survivre, la victime n'a d'autre choix que de s'endurcir.
Dans les textes de Sire Cédric, le souffre-douleur se transforme en
assassin ou décède.
Les femmes sont des victimes idéales mais attention! Sous des allures
douces et soumises, elles peuvent se révéler dangereuses. Dans «Sister»,
une jeune femme tue sa sœur jumelle. Dans «Requiem», une femme se
suicide afin de se venger outre-tombe. Dans «Stigmates» ou «Deathstars»,
les femmes sont d'authentiques démons. Faut-il en déduire que Sire
Cédric est misogyne? Loin s'en faut ! Pour créer le personnage de Jad,
présent dans de nombreuses nouvelles et héroïne de son roman, «Angemort»,
Sire Cédric s'est inspiré d'une ex petite amie. Preuve en est que
certaines femmes ont irrémédiablement marqué sa vie. Sensible à la cause
féminine, l'écrivain a ouvert une de ses nouvelles à «L», recueil dont
les bénéfices ont été reversés aux associations de lutte pour les droits
des femmes.
Autres victimes faciles, les enfants. Isolés, confrontés à un
environnement hostile, ils sont incapables de se confier aux adultes.
Dans «Cauchemars», un enfant attire les mauvais rêves. Dans
«Visionnaires», des jumeaux, sont la proie d'une mara. La détresse peut
conduire les enfants à la mort mais là encore, la prudence s'impose. Les
plus jeunes peuvent se révéler violents et lubriques, comme dans
«Chérubins», où trois gamins de onze à douze ans violent et tuent leur
institutrice. Des propos durs pour un écrivain dont les lecteurs se
composent essentiellement d'adolescents. Le changement corporel,
constitue la trame de base de nombreuses nouvelles. Dans «Hybride», un
indien se change en couguar. Le choix de l'animal n'est pas anodin. Le
félin représente la force et la souplesse. Le message est clair : En
chaque homme sommeille un être brutal et destructeur.
L'évolution
corporelle renvoie à la sexualité. Le thème est omniprésent pour
l'écrivain. Déballage de fantasmes et de violence. Héros androgynes.
Érotisme féroce. Sire Cédric, qui déclare détester la vulgarité, s'en
approche parfois dangereusement.
Le sang, symbolise autant la vie que la mort. Les textes sont
volontairement trash. Dans «Muse», un écrivain et sa maîtresse mélangent
leur sang dans une relation inspiratrice. Dans «Blood-Road», des
vampires modernes attaquent les auto-stoppeurs.
L'œuvre de Sire Cédric, bien que constituée essentiellement de textes
courts, n'est pas décousue pour autant. Les personnages se retrouvent
d'une nouvelle à l'autre.
Dans «Hybride», nous découvrons Ilona, jeune métisse malheureuse qui
possède la faculté de se changer en animal. Dans «Carnage», la même Lona
fait montre de son pouvoir au cours d'une agression. Elle rencontre
Tristan, alors âgé de treize ans, et le prend sous son aile. Dans «Blood-Road»,
Tristan est adulte. Il est devenu un monstre. Lona et lui ont rejoint
deux autres créatures, Jad et Loup. Ensemble, ils écument les aires
autoroutes à la recherche de proies. Dans «Stigmates», Nathan
rencontre Mania, un démon. Sous le charme, il se livre à elle. Dans «Deathstars»
Mania est membre d'un groupe de hard-métal diabolique.
Dans «Nocturne», Liz s'éprend du mystérieux Asiel un démon en quête de
descendance. Dans «Chérubins», les enfants aperçoivent un homme qui
pourrait être Asiel alors qu'ils s'apprêtent à commettre un crime. Dans
«Deathstars», Asiel est leader du groupe de black métal dans lequel
évolue Mania. Quelques personnages s'imposent dans l'univers de Sire
Cédric. Mis bout à bout, les textes forment une série. La volonté de
s'orienter plus sérieusement vers le roman est évidente. Les amateurs
de sensations fortes ne sont pas dupes. Les thèmes développés par Sire
Cédric sont communs à de nombreux auteurs fantastiques. Sexe, mort et
métamorphose sont chers à Clive Barker. L'encombrante duplicité évoquée
dans «Sister» fut brillamment dépeinte par Edgar Allan Poe dans «William
Wilson» et par Stephen King dans «La part des ténèbres». Un lieu
magique, capable de ressusciter les morts, fut suggéré par King dans «Simetierre»
longtemps avant l'écriture de «Cross-Road». Qu'importe, il est normal
pour un écrivain d'aimer la littérature. Les romans ne sont pas la seule
source d'inspiration de Sire Cédric. Le cinéma, les réalisations de
David Lynchou de Tarantino, ont marqué le jeune homme au point
d'influencer sa manière d'écrire. Ses textes sont visuels, proches du
court métrage. Sire Cédric aurait pu co-écrire «Les contes de la
crypte». Il n'en est rien. À seulement trente-cinq, une belle carrière
s'offre à lui. Souhaitons-lui bonne chance pour la suite de son
parcours.
Nous devons le présent article à Mme Sylviane Putinier, correspondante
du CERPI en France, laquelle a également obtenu de Sire Cédric
l'autorisation de publication des images. Nous remercions vivement l'une
et l'autre.
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