Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

La pyrokinésie


L’être humain entretient depuis la nuit des temps un flirt des plus ambigus avec le feu. Prométhée a volé l'étincelle divine pour nous extirper des ténèbres, et depuis, nous n’avons de cesse de vouloir tout cramer, de préférence par la seule force de notre pensée. C’est ici qu’entre en scène la pyrokinésie, ce concept fascinant qui désigne la capacité hypothétique d’allumer, de contrôler ou d’éteindre des incendies par la simple concentration mentale. Popularisé par le maître du frisson Stephen King dans son roman Charlie (Firestarter), le terme combine le grec "pûr" (le feu) et "kinêsis" (le mouvement). Sur le papier des romanciers, c'est un don d'une élégance absolue : un froncement de sourcils, un regard noir, et pouf, la belle-mère s'enflamme spontanément (j'ai essayé, ça ne marche pas...) ou le barbecue dominical s'allume sans frotter d'allumettes récalcitrantes. Dans la réalité froide et implacable des laboratoires de physique, l'affaire s'avère hélas beaucoup moins flamboyante et nettement plus coriace à justifier.

Si l’on chausse les lunettes austères de la thermodynamique, la pyrokinésie se heurte à un mur de lois inviolables, à commencer par le principe de conservation de l'énergie. Pour qu'un feu prenne, il faut réunir les trois sommets du fameux triangle du feu : un combustible, un comburant (généralement l'oxygène de l'air) et une énergie d'activation, c'est-à-dire de la chaleur. Le cerveau humain, malgré toute sa superbe et ses crises existentielles, est une machine bioélectrique assez tiède qui consomme environ vingt watts, soit à peine de quoi alimenter une malheureuse ampoule de réfrigérateur. Imaginer que nos neurones puissent focaliser une telle puissance au point d'agiter les molécules d'air ambiant à distance, d'augmenter leur énergie cinétique jusqu'à atteindre le point d'auto-inflammation d'un rideau ou d'un papier, relève de la pure acrobatie fantastique. Il faudrait pour cela que l'esprit humain agisse comme un laser thermique biologique capable de violer joyeusement la deuxième loi de la thermodynamique, qui stipule que la chaleur se propage spontanément des corps chauds vers les corps froids, et non l'inverse. À moins de postuler l'existence d'une particule psychique encore inconnue du modèle standard — appelons-la pompeusement le « psychoton » —, la physique moderne hausse poliment les sourcils devant les exploits de Charlie McGee. C'est peut-être aussi qu'elle n'a pas pensé à un effet ou procédé catalytique.

La parapsychologie a pourtant tenté, au cours du XXe siècle, de donner une patine de respectabilité à ces phénomènes à travers l'étude de la psychokinésie globale. Les chercheurs en blouse blanche ont traqué le moindre sursaut d'allumette ou la moindre combustion spontanée, souvent pour s'apercevoir que les sujets dits "doués" cachaient surtout des morceaux de phosphore blanc sous leurs ongles ou maniaient l'art de la prestidigitation avec une agilité diabolique. L'esprit humain possède certes une plasticité phénoménale, mais sa capacité à exciter les liaisons moléculaires à distance reste obstinément bloquée au stade du fantasme littéraire. Les récits de combustion humaine spontanée, souvent convoqués pour valider la pyrokinésie involontaire, trouvent d'ailleurs des explications bien plus prosaïques et tragiques dans "l'effet mèche", où les graisses corporelles de la victime, imbibées dans ses vêtements après un malaise près d'une bougie ou d'une cigarette, brûlent lentement comme la cire d'une chandelle. On est alors bien loin du super-pouvoir hollywoodien et beaucoup plus proche du fait divers macabre lié à l'isolement social.  C'est le moment de parler de la combustion spontanée.

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