Joao de Teixeira de Faria
«João
de Deus», «João Curador», «John of God», plusieurs appellations pour un
seul homme, João Teixeira de Faria, guérisseur brésilien dont la
notoriété s'étend d'Amérique latine à l'Europe en passant par les
États-Unis. Son palmarès est étonnant. On parle de quinze millions de
miraculés en quarante-sept ans d'activités. Maladies mentales,
physiques, cancer, sida, hépatites, asthme, surdité, épilepsie,
paralysie... Rien ne résisterait aux étonnants pouvoirs de «l'homme
miracles» !
Intriguée, j'ai cherché à en savoir plus sur cet étonnant personnage.
Dés l'adolescence, João Teixeira de Faria se découvre un bien étrange
pouvoir : Celui d'héberger en son corps une trentaine d'entités. Elles
s'incarnent en lui et le guident quotidiennement. Ces entités, toutes
bienveillantes, se servent de l'homme à des fins miraculeuses. Mieux
encore, elles lui ordonnent de construire la «Casa de Dom Inácio», vaste
centre hospitalier pouvant recevoir des malades du monde entier. Le
village de Abadiãnia est choisi pour accueillir ce projet car son sol,
riche en minéraux de cristal, constituerait une source d'énergie... Une
cure à la «Casa de Dom Inácio» coûte entre 1540 € la quinzaine et 1930 €
le mois, trajets non compris. Ces tarifs sont donnés à titre indicatif
et peuvent varier selon la saison.
Les curistes sont logés dans des «pousades», auberges où ils prennent
trois repas par jour. Les menus prennent en compte les éventuels régimes
alimentaires ou médicaux. Au café de l'hôtel, des postes informatiques,
reliés à Internet, sont mis à disposition des curistes. Ils peuvent
ainsi garder contact avec leurs proches et avec leur médecin. Évidement,
les lieux sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. La Casa est
ouverte tous les jours mais João Teixeira de Faria n'est présent que le
mercredi, le jeudi et le vendredi. En effet, le guérisseur officie à
titre gracieux. Issu d'un milieu modeste et ne bénéficiant d'aucune
éducation, il travaille le reste de la semaine en tant que fermier. La
boutique et le café n'ouvrent leurs portes qu'à l'occasion de ces
séances.
Pour rencontrer le médium et être mis en contact avec «l'entité», il
faut prendre un ticket à la boutique. Deux files d'attentes sont
constituées. Les premières visites d'un côté, les visites suivantes de
l'autre. La séance débute par des témoignages et des prières puis le
médium arrive et se met en transe. Chaque curiste lui est alors
présenté. Les entités établissent rapidement un diagnostic puis
désignent les personnes qui iront se recueillir dans la première salle
de guérison. João Teixeira de Faria les rejoint et médite avec elles.
Certaines sont alors invitées à passer dans la deuxième salle de
guérison.
Quelques jours plus tard, elles subiront une opération. En effet, le
médium opère régulièrement. Deux types d'interventions sont possibles.
La chirurgie invisible (ou spirituelle), qui produit parfois des
cicatrices bien que le guérisseur ne soit pas en contact physique avec
le malade. Et la chirurgie visible (ou instrumentale), plus
spectaculaire et nettement plus dangereuse, pratiquée à l'aide d'un
scalpel ou pire, d'un simple couteau de cuisine ou d'un cutter souvent
non stérilisé. Ces opérations se font sans anesthésie. Les patients sont
endormis par simple imposition des mains. L'intervention est filmée et
se déroule au milieu des curistes. Les vidéos sont ensuite vendues à la
boutique. Notons tout de même que, lors de telles opérations, le médium
serait «habité» par l'entité d'un vrai chirurgien. Les entités demandent
parfois à opérer des personnes qui ne souffrent pas, qui ne sont venues
à la Casa que pour une retraite spirituelle ou pour accompagner un
proche. Heureusement, le consentement du curiste est nécessaire.
Malgré un tel traitement, la guérison n'est pas certaine. C'est Dieu qui
décide. Néanmoins, le malade doit se plier aux règles et aux indications
du guérisseur. Vingt-quatre heures de repos sont nécessaires après
chaque intervention. Le patient doit également consommer une soupe et
des plantes médicinales, prescrites par les entités. Ces deux produits,
en vente à la boutique, sont toujours de même composition. Seule la
charge énergétique diffère en fonction de la maladie. Il est interdit de
manger du porc pendant le traitement. Sa chaire est impure et dégage des
vibrations très basses, contraire à la volonté énergétique des plantes.
Les accès à la chambre de cristaux (lieu de repos entouré de minéraux de
cristal) ainsi qu'à la salle de traitement (lieu de méditation ou
doivent se rendre tous les opérés) sont payants. Une baignade sous une
cascade à proximité du village fait parfois partie du traitement. Si ces
indications ne sont pas suivies, le rétablissement est impossible. Pire,
une personne guérie et qui arrête le traitement avant terme peut être à
nouveau malade. Les entités sont sensibles. Elle apprécient d'être
remerciées par des prières ou même des messages de gratification déposés
à l'intérieur d'un triangle.
Certes, des livres,
des articles, des vidéos et des DVD ont contribué à la popularité de
João Teixeira de Faria, mais ce n'est pas tout. L'essentiel de sa
publicité est assurée par ses adeptes. Ils organisent des conférences
dans le monde entier afin de vanter les prouesses du médium et de
raconter leur propre guérison. Curieuse, je me suis rendue à une de ces
réunions.
19h30 le 29 mai 2006 à Saint-Priest en banlieue lyonnaise. Dans la salle
municipale, nous sommes entre soixante-cinq et soixante-quinze
personnes, essentiellement des femmes. Aucun enfant n'est présent. La
séance est animée par une femme d'une trentaine d'années, guide
accompagnateur à la Casa. Cette conférence dure environ deux heures
trente. Elle n'a pas pour but de convaincre mais simplement d'informer.
Elle débute par la projection d'un film de trente-huit minutes. Ce
court-métrage raconte l'enfance hors normes de João Teixeira de Faria. À
cinq ans, il a ses premières visions, à neuf ans il réalise des
prédictions et à quinze ans il se découvre capable d'accueillir en son
corps les esprits d'anciens grands scientifiques brésiliens. Sous le
contrôle de ces entités, il soigne ou opère les malades. Chassé des
villages, battu, arrêté et poursuivi en justice, João Teixeira de Faria
n'a jamais renoncé à sa vocation. Grâce à sa ténacité, la «Casa de Dom
Inácio» accueille aujourd'hui entre sept cent et mille personnes par
jour. Des médecins et chirurgiens confirmés entourent le médium mais,
malgré leur présence, les opérations visibles restent choquantes. S'en
suit toute une série de témoignages, qui vont d'une simple épaule remise
en passant par une opération de la vue et même une guérison du cancer.
Après la projection, l'animatrice nous raconte sa propre expérience.
Atteinte d'une maladie incurable depuis 1996, sa santé décline
brutalement en 2001. À la même époque, une amie lui montre une vidéo
provenant de la Casa de Dom Inácio. Elle n'a jamais entendu parler de
João Teixeira de Faria mais tente tout de même le voyage jusqu'au
Brésil. Son état est inquiétant. Elle est placée en restriction totale
et ne voit quasiment personne durant toute sa cure. Elle prétend avoir
perçu la présence des entités autour d'elle et avoir subi une vingtaine
d'opérations, invisibles mais douloureuses, durant son séjour. Difficile
à croire bien que des radiographies postérieures aient détecté des
cicatrices sur certains organes. Vient le moment du retour. Elle n'est
pas guérie. Au contraire, sa santé a profondément décliné. Qu'importe,
les responsables de la Casa la laissent partir. Le voyage de retour
relève de enfer. Les avions ne sont pas équipés pour transporter des
personnes en fin de vie. Elle manque d'oxygène et le personnel de bord
ne sait comment l'aider. Victime d'un grave malaise, elle est
hospitalisée en urgence lors d'une escale aux États-Unis. De retour chez
elle, sa santé s'améliore graduellement. Bien que condamnée par la
science, elle ne renonce pas à un traitement médical traditionnel et se
rend régulièrement à l'hôpital. Un second coup du sort la guette. Le
licenciement de son époux ruine le couple. Ayant tout perdu, elle
entreprend un second voyage au Brésil où elle devient bénévole à la
Casa. La maladie l'a rendu plus compatissante et réceptive à la
souffrance des autres. Le 15 août 2004, jour de l'ascension de la
Vierge, elle donne naissance à un enfant, mais ce n'est qu'en septembre
dernier que João Teixeira de Faria l'a déclare officiellement guérie.
Depuis lors, elle vit de son métier de guide accompagnateur à la Casa.
Son dossier médical circule dans la salle. Sa maladie tout comme sa
souffrance passées semblent bien réelles.
Pour clore cette conférence, quelques anciens «curistes», présents dans
la salle, racontent brièvement leurs guérisons. Leurs déclarations sont
de même teneur que celles du téléfilm. João Teixeira de Faria se déplace
rarement. Il n'est jamais venu en France.
João Teixeira de Faria est-il un imposteur ? Un génie ? Un saint ?
Chacun son opinion. Lui, se revendique simplement médium, c'est-à-dire
intermédiaire entre le monde des vivants et celui des morts. Lorsqu'il
prête son corps à certaines entités, ses yeux, habituellement bleus,
deviennent noirs. Est-ce un signe ? Impossible de dire si les guérisons
constatées à la «Casa de Dom Inácio» relèvent du miracle, d'un transfert
d'énergie ou d'une singulière succession de hasards. Placer de grands
espoirs de rémission entre les mains d'un seul homme est illusoire.
Reste la possibilité de se rendre au Brésil afin d'effectuer une
retraite. La rencontre avec João Teixeira de Faria est un moment fort.
Guéris ou pas, les curistes gardent de leur voyage le souvenir d'une
expérience spirituelle intense, qui permet de réfléchir sur soi, de se
débarrasser de ses blocages et même, de développer ses qualités.
Un article de Mme Sylviane Putinier, correspondante du
CERPI que nous remercions vivement.
L' AVIS DU CERPI :
Que dire de plus ? Comme notre correspondante l'a si bien
dit, il est difficile de trouver un qualificatif qui convienne pleinement pour
ce Monsieur Teixeira. Certaines personnes ont des talents aussi spectaculaires
qu'incompréhensibles dont on peut mettre l'efficacité sur le dos de la
psychologie (le don et la force de persuasion), la faculté de créer une ambiance
propice, des capacités spirites réelles qui peuvent influencer le monde vivant,
etc. Mais nous savons aussi qu'il existe de très nombreux imposteurs, des
fumistes qui prétendent réaliser des "miracles" et ne font que berner les naïfs
qui, de surcroît, leur font une publicité dangereuse.
Il nous est impossible de nous prononcer quant à ce M. Teixeira, faute d'avoir
pu le rencontrer, le tester, bref : l'éprouver. Mais nous ne pourrons nous
empêcher de vous recommander la plus grande prudence face à ce genre d'individus
qui, après tout, ne l'oublions pas, agissent directement sur la santé des
personnes et même sur leur organisme et, nous l'avons vu, avec des procédés que
n'importe qui de sensé jugera "inqualifiables". Nous avons très fortement
tendance à dire que tout ceci "pue l'arnaque, bassement commerciale de surcroît,
la manipulation et... le danger". Nous ne pouvons toutefois que laisser un
prudent bénéfice du doute, "parce que s'il n'existait pas effectivement des
choses incroyables, notre groupement n'aurait pas de raison d'être".
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