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Le chien du Saint-BernardTout le monde connaît le « Saint-Bernard », énorme chien de montagne au prestigieux passé de sauveteur. Plus qu’une race canine, ce chien est une légende. Un animal mythique ! Donc étrange ? Donc digne du CERPI. LES ORIGINES :
Difficile d’établir la genèse du Saint-Bernard. Les hypothèses sont nombreuses. Descend-il du « boro
L’HEURE DE GLOIRELa présence des moines dans les Alpes est très ancienne. Un monastère existait déjà au IXe siècle, à Bourg-Saint-Pierre. Au Xe siècle, le
bâtiment fut détruit par les Sarrasins. Au siècle suivant, le moine augustin Bernard de Menthon fit reconstruire un hospice et un monastère au sommet du col (du
Grand-Saint-Bernard), à 2469 mètres d’altitude.
Vers 1660-1670, des familles vaudoises et valaisannes offrirent des chiens de montagne aux moines afin d’assurer leur sécurité. C’est à cette époque qu’ils furent
immortalisés dans un tableau attribué au peintre italien
BARRY L’EXCEPTIONNEL !
ÉVOLUTION DE LA RACEConscients des dangers d’une consanguinité excessive, les chanoines entreprirent de croiser leurs chiens avec une autre race de molosse : Le Terre-neuve. Une nouvelle espèce, plus robuste, plus massive et aux poils plus longs, vit alors le jour. Mais cette modification génétique ne fut pas sans conséquence. Le long pelage retenait l’eau ! Alourdi, l’animal devenait inapte au sauvetage. Dans un premier temps, les moines n’attelèrent les chiens à poils longs qu’aux corvées. Puis ils se résolurent à céder une partie de leurs chiens à des éleveurs locaux. Parmi ces éleveurs se trouvait le suisse Heinrich Schumacher (1831 / 1903). En fin connaisseur, Schumacher sélectionna des spécimens et tenta de récréer la race originelle, jusqu’alors propriété de l’hospice. Fière du résultat, Schumacher nomma son chien « Saint-Bernard », en référence à son lieu de provenance. Les chiens des moines étaient déjà connus sous ce nom avant Schumacher, mais ce n’était qu’un sobriquet parmi d’autres (Mastiffs alpins, chiens alpins, chiens du couvent, chiens de l’hospice, chiens Barry…). C’est en 1823 que le nom de Saint-Bernard fut mentionné pour la première fois par écrit. Mais ce n’est qu’à l’exposition de Birmingham, en 1862, qu’il fut adopté par le public. La race fut reconnue d’origine suisse et son standard adopté lors d’un congrès européen cynologique, en juin 1887, à Zurich. Heinrich Schumacher établit des documents généalogiques pour ces chiens à partir de 1867. Le livre des origines suisse fut ouvert en février 1884 et le premier chien inscrit fut un Saint-Bernard nommé Léon. Le club Suisse du Saint-Bernard fut fondé à Bâle le 15 mars 1884. Le Saint-Bernard est suisse et pourtant, ce furent les Anglais qui fondèrent le premier club pour la protection de la race, en 1882. Les anglais s’opposèrent, dès 1887, à la signature du standard international au congrès de Zurich. Afin d’accroître la taille des chiens, ils entreprirent des croisements avec une vieille race anglaise, le Mastiff. Résultat : Un chien plus lourd et plus lent, morphologiquement différent de son cousin suisse. « Lord Bute », que l’on vit pour la première fois à l’exposition canine de Sheffield en 1887 était, selon les chroniqueurs de l’époque, le plus grand chien de l’histoire ! Il mesurait 109 centimètres au garrot, 120 centimètres de périmètre thoracique et pesait 112 kilos. En Angleterre, seule la lignée « Bowden » est restée fidèle au Saint-Bernard d’origine. Dans les années 1940, l’éleveur italien Antonio Morsiani créa l’élevage du Secours. Cet élevage produisit plus de quatre cents champions ! Parallèlement, Morsiani mesura des centaines de Saint-Bernard et réalisa des dessins explicatifs du standard. Les notes et les dessins du maître sont conservés dans la « fondation Antonio-Morsiani », installée dans la villa Morsiani à Bagnara di Romagna. Après la guerre, en Allemagne et en Suisse, la race du Saint-Bernard avait pratiquement disparu. Les grands chiens étaient devenus trop coûteux… Mais grâce à l’Italie, qui maintenait la race, l’élevage put reprendre dans ces deux pays. La Suisse s’orienta vers des chiens à l’ossature plus légère alors que l’Allemagne privilégia les chiens beaucoup plus lourds. Seule l’Italie perpétua le standard d’origine, appelé depuis « le type italien ». En 1967, création du WUSB et en 1998 du forum international du Saint-Bernard. La Suisse, l’Allemagne, l’Italie et le Danemark se mirent d’accord sur les canons communs de la race et collaborèrent pour obtenir un type de chien idéal, à la fois fonctionnel et « embelli ». Ainsi, - La taille d’un mâle doit être comprise entre 70 et 90 centimètres. Son poids entre 55 et 80 kilos. La taille d’une femelle doit être comprise entre 62 et 82 centimètres. Son poids entre 51 et 72 kilos. - L’animal est fortement charpenté et musclé. Le dos est large et droit, la poitrine profonde. Les côtes sont bombées. Le cou est fort, légèrement arqué. Les pieds sont larges. - Si le poil est court, il doit être dense, brillant et dur. S’il est long, il doit être légèrement ondulé. La fourrure est plus abondante autour du cou et au niveau des pattes postérieures. Le fond de la robe est blanc avec des taches rouille-brun qui doivent former un manteau continu sur le dos et les flancs. La poitrine, le cou, les piedset le bout de la queue sont blancs. Le masque et les oreilles sont brun foncé. - Le crâne est large, la tête est imposante, carrée, le museau court. Les oreilles sont de tailles moyennes ou grandes, triangulaires, larges, attachées haut et pendantes. Les yeux sont sombres ou noisette, en forme de losange. La paupière inférieure est tombante. - La queue est longue, lourde et attachée haut. Elle est très empanachée chez les sujets à poils longs. Comme toutes les races, le Saint-Bernard présente des faiblesses : - Sa croissance et sa prise de poids sont rapides, ce qui peut fragiliser son squelette. Il faut éviter de lui faire faire de l’exercice lorsqu’il est petit car cela peut entraîner des problèmes articulaires. Il est génétiquement touché par la dysplasie de la hanche et/ou par la dysplasie du coude. Il a été démontré que l'ostéosarcome (cancer des os) est héréditaire chez cette race. - Il est sujet aux torsions d’estomac, affection très grave qui peut entraîner la mort. Les tentatives de vomissement, les ballonnements et l’agitation sont les signes avant-coureurs du problème. - Il est sujet aux troubles de la vue tels que l'entropion et/ou l'ectropion (la paupière se retourne en avant ou en arrière). Le standard de la race indique qu'il s'agit d'un défaut majeur. Les yeux coulent et doivent être nettoyés régulièrement. - Il souffre parfois de « dysthymie », une période agressive de quelques jours. Il s’agit de troubles fréquents chez les molossoïdes. Heureusement, l’agressivité sévère est rare. Peu de risques de voir son Saint-Bernard se transformer en « Cujo ». Dans le roman de Stephen King, le chien était atteint de la rage et non de troubles du comportement. - Il est sensible aux crises d'épilepsie, à une maladie cardiaque (la cardiomyopathie dilatée) ainsi qu’à l'eczéma. En raison de ses probables problèmes de santé, l’espérance de vie pour un Saint-Bernard n’est que d’environ huit ans. Les sujets qui vivent plus de dix ans sont rares. Les problèmes de santé ne sont pas les seules contraintes liées à la race : - Comme tous les grands chiens, il tient beaucoup de place. Sa taille, son poids, sa masse musculaire le rendent souvent gauche et brusque, plus proche de « Beethoven » que de « Barry ». Un véhicule spacieux est nécessaire pour le transporter. - Adulte, il a besoin de grands espaces, d’un terrain naturel avec des zones d’ombre afin qu’il puisse se protéger du soleil (le ciment et les dalles retiennent la chaleur). Ce n’est pas un chien citadin. Il est musclé et apprécie l’activité physique et les longues balades. Même s’il bénéficie d’une grande surface, les promenades restent nécessaires afin de maintenir des liens sociaux. Le Saint-Bernard n’est pas un solitaire. Il aime aussi passer du temps dans la maison, en compagnie de son maître. - Il atteint sa taille définitive à environ trois ans. Arrivé à l’âge adulte, le chien consomme environ un kilo de nourriture par jour, ce qui représente un budget non négligeable. Pas de friandises, de sucreries ou de restes de repas. Sa ration doit être distribuée en plusieurs fois et ses aliments facilement digérables afin de limiter les problèmes gastriques. - Ses bajoues tombantes le font baver sans cesse. - Son pelage, fourni, nécessite un brossage hebdomadaire. Pour les chiens à poils longs, il est nécessaire de démêler les parties situées derrière les oreilles et la culotte. Si le chien vit à l’extérieur, des parasites peuvent se nicher dans ses poils et ses oreilles et entraîner des maladies graves. Il faut contrôler les yeux et les oreilles quasiment tous les jours et laver le chien régulièrement. - Le Saint-Bernard a un caractère doux mais c’est aussi un animal têtu, voir cabochard. Ce n’est pas parce qu’il a longtemps été chien de sauvetage qu’il est attentif et obéissant. Afin d’éviter qu’il entre en conflit avec son maître, il est nécessaire de lui imposer une éducation stricte. N’oublions pas que sa première fonction à l’hospice était de monter la garde ! LA CHUTE :Le Saint-Bernard d’aujourd’hui est bien différent de son cousin élevé naguère par les moines. Il est plus petit et plus massif. Autrefois le plus réputé des chiens de sauvetage en montagne, le Saint-Bernard n’est plus utilisé pour le secours. Ses capacités de recherche et d’excavation ne sont pas remises en cause. Mais il est coûteux à entretenir et long à instruire. Sa taille et son poids le rendent difficilement transportable en hélicoptère. Il est trop lourd pour intervenir en cas d’avalanche. Il a été remplacé dans ses missions par des chiens plus légers et plus réceptifs, tels que le Berger Allemand, le Labrador ou le Golden-Retriever. Des éleveurs peu scrupuleux ont dégradé la race. Le commerce parallèle des pays de l’Est a accentué le phénomène. Sur le marché canin, on trouve des Saint-Bernard d’exception, mais aussi des chiens de second groupe… Voir de bas niveau. Le grand chien au flair incomparable, calme, gentil avec les enfants, n’est pas garantie 100%. La prudence est de mise dans le choix de son compagnon. Mais c’est en Asie que le sort du Saint-Bernard est le plus déplorable. Sa croissance rapide, ses portées de dix à douze chiots, font de lui un animal de consommation. Il est prêt pour le marché alimentaire en seulement trois à quatre mois. Là-bas, manger du Saint-Bernard ne pose pas de problème de conscience. Loin de le considérer comme un héros, les chinois le surnomment « le grand chien stupide ». PRÉSERVER LA MÉMOIRE :
Un article de Sylviane P. correspondante du CERPI que nous remercions vivement et qui est également douée pour le dessin ! |