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Le château de Bran
Ne nous le cachons pas, avec sa silhouette en nid d'aigle (mais on a vu pis !) qui se profile de manière particulièrement lugubre une fois la nuit tombée (surtout si on pense au vampire qu'il abrita), sillonné de chauves-souris (parfaitement inoffensives), comptant en son sein un véritable labyrinthe composé, entre autres, de couloirs étroits et de salles basses et de souterrains, mais aussi de véritables trésors historiques, le château impressionne incontestablement. Les histoires qui circulent sur son compte (et aussi sur son Comte) en ont fait un véritable piège à touristes et la chose est assez regrettable, ce qui n'enlève en rien de l'intérêt de la visite, à préférer hors saison si possible. C'est que, selon certaines sources, Dracula y aurait élu domicile "à demeure", selon d'autres il n'y aurait passé qu'une nuit, ce qui y est certain c'est qu'il y a mis les pieds ! Certains faits historiques stipulent que sa fondation repose sur l'un des "exploits" de Vlad Tepes qui aurait obligé un important groupe de prisonniers à effectuer d'abord une marche d'une centaine de kilomètres sur une route difficile avant de les contraindre à participer à la construction dudit château. Il n'est pas nécessaire, pensons-nous, d'ajouter que de nombreuses personnes moururent à la tache. Lorsque l'on connaît la réputation de Vlad Tepes, on se dit que ce n'est pas impossible. Toutefois cela ne semble pas correspondre avec d'autres dates et faits historiques et le fait relaté ici doit probablement plutôt concerner la forteresse de Poeinari, qui se dresse, elle, comme un endroit plus conforme à la tradition "vampirique". Aujourd'hui, faut-il le dire, le château de Bran a perdu beaucoup de son aura de mystère via Dracula. C'est pourtant aller un peu vite en besogne car d'autres faits, historiques et indubitables, viennent indirectement renforcer la légende. Un sujet que le CERPI se devait de mettre en évidence...
Construit en 1378 sur le sommet d'un rocher, le Château de Bran visait un but défensif et de contrôle en ce qui concerne la route commerciale qui
relie la Transylvanie à la province de Valachie. Il a aussi été point de douane, résidence royale et aujourd'hui musée d'histoire et d'art féodal. Le mur de défense est
construit en pierre de calcaire brute, mais suite aux restaurations successives, certaines parties sont désormais en briques. La véritable histoire du château ?Le premier château aurait été construit par les Chevaliers Teutoniques au début du XIIIe siècle
pour contrôler la passe Rucar-Bran, une route commerciale stratégique importante. Ce château initial était en bois et la garde permanente était constituée de
soldats locaux et de quelques chevaliers de la ville voisine de Christian, construite aussi par les Chevaliers Teutoniques. La tour de garde en bois fut assiégée
et brûla totalement en 1242 lors de l'invasion des Mongols. On est donc loin, ici de l'histoire préconisée par certains, attestant d'un travail de forçat imposé
par le "vampire". En 1927, pendant le règne de la reine Marie, on découvre le célèbre passage secret. Le passage relie deux étages du château et on suppose qu'il avait
été installé pour espionner ou pour évacuer les lieux plus
facilement. Un tunnel secret est aussi mis au jour, qui relie la fontaine du jardin intérieur à la base du château, le jour où un gamin tombe dedans
accidentellement. N'y voyons toutefois pas trop de mystère car il était fréquent, à l'époque, que l'on aménage des passages secrets dans les châteaux. Le but était
évidemment de permettre une sortie, une fuite ou évasion lors d'un siège éventuel, bref toutes sortes de trafics. Mais dans le contexte qui nous intéresse, cela ouvre
aussi la porte à toutes les spéculations... Avec ou sans Vlad Tepes, alias Dracula ?Tout d'abord, pour répondre à la question de savoir si Vlad Tepes a possédé le Château de Bran, aucun document écrit ne le mentionne formellement. Toutefois, l'histoire atteste plusieurs campagnes entreprises par Vlad Tepes pour punir les marchands saxes de Brasov qui n'obéissaient pas aux ordres du voïvode en ce qui concerne le commerce dans les marchés de Valachie. L'expédition de Vlad Tepes s'est faite par Bran, ce passage étant le plus approprié pour aller de Brasov à Targoviste, résidence du prince munténien. Mais, l'histoire la plus connue serait celle liée à la période d'emprisonnement de Vlad Tepes en 1462 quand il aurait été enfermé par le roi Matei Corvin de Hongrie. Matei Corvin a capturé le prince roumain à proximité du château du Pont de Dambovita, près de Rucar, situé à environ 25 km de Bran et a enfermé Vlad Tepes au château de Bran pour environ deux mois. Bien qu'il n'existe aucun document attestant ce fait, des historiens soutiennent cette hypothèse. Le vampirisme trouve t'il sa fin avec Bran ?On n'aura probablement jamais le mot de la fin en ce qui concerne la présence de Vlad Tepes au château de Bran. Mais, paradoxalement, tout en trouvant la mort en 1476, Dracula n'allait certainement pas tomber en même temps que le vampirisme, entendez par là les histoires de vampires ou assimilées, que du contraire ! Il allait renaître de ses cendres, sous une autre forme bien plus terrible encore, mais en version féminine sous les traits de Erzebeth Bathory, surnommée "la comtesse sanglante". Ce n'est pas tant l'endroit qui est concerné par les faits en l'occurrence, mais n'anticipons pas. Disons tout d'abord deux mots de cette fameuse et inquiétante comtesse sans en dire de trop car cela fera l'objet d'une autre rubrique. Son blason se composait de trois dents de loup, d'un croissant de lune, d'un soleil en forme d'étoiles à six pointes, le tout entouré d'un dragon se mordant la queue. Bien qu'un peu passe-partout en matière de surnaturel, on ne peut s'empêcher de voir dans ce dragon une allusion au fameux voïvode. Elle est née en 1560, soit près de cent ans après la mort de Dracula, mais elle n'a pas tardé à se constituer une réputation terrifiante. C'est que, à la longue, les habitants de la région firent un rapprochement inévitable entre le culte du saphisme de leur comtesse et la disparition de plus de six cents de leurs jeunes filles, vierges pour la plupart... Lorsque l'enquête aboutit, l'horreur était réellement au rendez-vous et n'avait pas grand chose à envier à Vlad Tepes, l'empaleur !
Mais outre ces turpitudes sanglantes et atroces à souhait, un détail nous intéresse : la comtesse sanglante était issue d'un mariage consanguin. Anna, sa mère, soeur d'Etienne Bathory, avec György Bathory son cousin, eut quatre enfants : Istvan un fou sadique, Erzébet et enfin deux filles, Sophie et Claire. Quelques uns de ses parents avaient des problèmes psychiatriques. Etienne Bathory, nommé prince de Transylvanie en 1571, mourut le 12 décembre 1586, épileptique... Istvan, illettré, menteur, faux monnayeur, finit ses jours dans le délire. Bref, la comtesse sanglante avait déjà incontestablement une lourde hérédité et il est difficile de se prononcer, si longtemps après, afin de déterminer si les violents maux de tête dont elle se plaignait et qui la plongeaient jusqu'aux convulsions à même le sol provenaient de crises d'épilepsie ou de crises d'hystérie à rapprocher d'une éventuelle possession démoniaque. A moins qu'il ne faille rappeler que Vlad Tepes aurait fait un pacte avec le diable, lui garantissant l'immortalité et la victoire contre toutes sortes de cruautés extrêmes (ce point est évoqué sérieusement dans plusieurs sources !). Il faut surtout dire, pour terminer, que Vlad Tepes et Erzébeth Bathory étaient probablement apparentés ! Souvenez-vous : Vlad Dracula a eu trois femmes reconnues, Jusztina Szilagyi mère de Mihnéa Ier, Cnaejna Bathory de Transylvanie (probablement de la famille de Erzsébet Báthory) mère de Vlad IV Tepelus et Ilona Hunyade (Nelipic) de Valachie. Décidemment, le monde est petit, même chez les vampires ! SUITE - PRÉCÉDENTE - SOMMAIRE - SOMMAIRE DU SURNATUREL - ACCUEIL - HAUT |