Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

Monstre du Loch Ness ou Nessie


Il est des zones géographiques où la brume ne se contente pas de napper le paysage, elle y tisse des réputations. Logé au creux des Highlands écossais, le Loch Ness est de ces endroits où l’eau, sombre comme un thé de Ceylan trop infusé, semble jalousement garder des secrets géologiques, ou anatomiques. C’est dans ce décor à la fois grandiose et humide qu’est née l’une des plus formidables entreprises de persévérance humaine, ou d'aveuglement collectif, selon que l’on soit poète ou statisticien : la traque de Nessie.

L’affaire ne date pas d'hier, puisque dès l’an de grâce 565, le bon saint Colomban, moine irlandais de son état, aurait poliment mais fermement ordonné à une créature aquatique de cesser de dévorer les autochtones, un exorcisme qui s’avéra d'une efficacité redoutable pour les quatorze siècles suivants, période durant laquelle le monstre brilla surtout par sa discrétion.

Il fallut attendre le début des années 1930, période propice aux grands chantiers et à l’ouverture d’une route carrossable sur la rive nord, pour que la bête sorte de son sommeil médiatique. Soudain, des automobilistes virent traverser devant leurs phares des masses informes, déclenchant une véritable fièvre de l’or touristique. C’est en 1934 que le mythe trouva son icône avec la fameuse photo du chirurgien, ce cliché granuleux montrant un cou de cygne préhistorique émergeant des flots. Ce fut un coup de foudre planétaire : l’humanité venait de se trouver un plésiosaure de compagnie.

Le problème de cette belle idylle réside dans la rigidité de la méthode scientifique, qui a la fâcheuse manie de demander des preuves là où la foi se contente d'un frisson. Les biologistes, armés de calculettes et de principes de thermodynamique, ont rapidement douché les espoirs des plus romantiques en rappelant qu’un reptile géant du Jurassique aurait eu bien du mal à survivre à l’ère glaciaire qui a entièrement gelé le lac il y a quelques milliers d’années. De plus, le Loch Ness, malgré ses proportions titanesques, offre une biomasse bien trop maigre pour nourrir une population viable de grands prédateurs. Car pour qu'un monstre existe aujourd'hui, il lui faut des parents, des grands-parents et toute une joyeuse dynamique de population qui aurait inévitablement laissé des traces, ou du moins quelques squelettes sur les berges.

Qu’à cela ne tienne, la science ne s'est pas contentée de nier, elle a cherché. Des expéditions massives ont quadrillé le lac à coups de sonars, enregistrant parfois de mystérieux échos qui, après analyse, ressemblaient étrangement à des bancs de saumons ou à des courants thermiques. En 1975, le naturaliste Sir Peter Scott alla jusqu'à donner à la créature un nom scientifique très sérieux, Nessiteras rhombopteryx, fondé sur des photos sous-marines floues, sans s'apercevoir immédiatement que ce nom était l’anagramme parfaite de Monster hoax by Sir Peter S, soit « Canular du monstre par Sir Peter S » en anglais. Le couperet le plus ironique tomba dans les années 1990 lorsqu'on découvrit que la photo mythique de 1934 n'était qu'un sous-marin miniature équipé d’une tête en pâte à modeler plastique, orchestré par un chasseur vexé d'avoir été moqué par les journaux.

Pourtant, le mystère refuse de mourir, et la science continue de lui offrir de jolis lots de consolation. Récemment, des généticiens menés par le professeur Neil Gemmell ont mené une analyse rigoureuse de l’ADN environnemental du lac, passant au crible les moindres fragments cellulaires laissés par les êtres vivants dans l'eau. Les résultats ont balayé toute trace de dinosaure ou de grand reptile, mais ont révélé une quantité phénoménale d'ADN d'anguilles. L’hypothèse scientifique la plus solide à ce jour est donc celle d’anguilles européennes géantes qui, ayant trouvé dans les profondeurs du loch un garde-manger tranquille, auraient grandi bien au-delà des normes standards.

D'autres chercheurs évoquent des illusions d'optique causées par des vagues stationnaires, des troncs de pins sylvestres saturés d'eau qui remontent à la surface sous l'effet des gaz de fermentation, ou encore des éléphants de cirque itinérants qui se baignaient dans le lac dans les années 1930, ne laissant dépasser que leur trompe et leur dos. Au fond, la persistance de Nessie tient moins à la zoologie qu’à la psychologie humaine. Nous avons un besoin viscéral de croire que la Terre cache encore des recoins vierges de toute rationalité. Alors, que la créature soit un poisson disproportionné, un effet de lumière ou un excellent stratagème marketing pour vendre du whisky et des peluches vertes, elle démontre que le plus grand mystère du Loch Ness n'est pas ce qui nage dans ses eaux, mais notre capacité infinie à scruter une surface vide en espérant y voir surgir le merveilleux.

C'est vrai que l'imagination jour parfois des tours et cela me fait penser à une anecdote évidemment vécue par votre humble serviteur et parfaitement authentique.  Une nuit de 2022, dormant dans une chambre à Braine-le-Comte (chez mon fils), j'entendis le bruit d'un train qui passait non loin.  Rien d'étonnant à cela puisque le domicile en question n'était pas très éloigné de la gare  Mais quel ne fut pas mon étonnement lorsque j'entendis très distinctement le barrissement d'un éléphant !
Était-ce donc un train qui transportait nuitamment des éléphants ?  Possible mais cela me paraissait peu probable.  Alors quoi ?  Une confusion avec un bruit provenant de voisins ou plus exactement d'un film ou d'une vidéo ?  Possible aussi, mais cela me semblait provenir de plus loin, du côté du train.  Bizarre !
Un peu plus tard, je constatai que le cirque Bouglione se trouvait entre Soignies et Braine-le-Comte.  J'y suis allé afin de demander à l'un des préposés s'ils avaient des éléphants (un seul m'aurait suffi) mais il me fut répondu qu'ils n'avaient plus l'autorisation d'avoir des animaux.  Il ne me restait donc plus qu'à imaginer qu'il devait s'agir d'éléphants écossais... Mais renseignements pris, il n'y a pas d'éléphants en Écosse (sauf captifs ou sous forme de collections de pièces décoratives), par ailleurs des anguilles géantes existent bel et bien (notamment en Nouvelle-Zélande) mais leur taille ne dépasse guère les 2 mètres.  Pas de quoi confondre avec un monstre, donc...
Bref : les conclusions scientifiques sont souvent très rassurantes, car ce n'est que... gnagnagna.  Mais quand on creuse un peu...

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