Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

L'incident du vol 1628


Le 17 novembre 1986, le ciel de l'Alaska était glacial, tranquille et, comme souvent à 10 000 mètres d'altitude, désespérément vide. C’est en tout cas ce que pensait l’équipage du vol cargo JAL 1628, un Boeing 747 reliant Reykjavik à Anchorage. À son bord, le commandant Kenju Terauchi, pilote chevronné que l’on imagine mal sujet aux hallucinations poétiques, mène la danse.
Pourtant, à 17 h 11, la routine aéronautique vole en éclats.
À tribord, deux formes rectangulaires et lumineuses décident de s’inviter au voyage. Loin de respecter les distances de sécurité de la courtoisie aérienne, ces mystérieux visiteurs enchaînent les manœuvres brusques et se rapprochent si près de l’appareil qu’une vague d’intense chaleur envahit le cockpit. Si l'ambiance est déjà surchauffée, le clou du spectacle reste à venir : le commandant Terauchi aperçoit un troisième visiteur. Un "vaisseau mère" titanesque, mesurant tranquillement le double de la taille d'un porte-avions. L'escorte extraterrestre va ainsi durer 50 minutes. Une éternité quand on n'a pas prévu de café pour autant d'invités.

 

Si l'histoire s’était arrêtée là, on aurait pu conseiller au commandant de changer de marque de café. Manque de chance pour les sceptiques, l'incident n'a pas seulement marqué les esprits, il a aussi affolé les aiguilles :
• À bord du Boeing : Le radar météo de l'avion détecte une masse solide à environ 14 kilomètres.
• Au sol : Les radars civils de la FAA d'Anchorage et les radars militaires de l'US Air Force captent, eux aussi, des échos intermittents qui confirment qu'un intrus joue à saute-mouton avec le gros porteur.

C'est ici que l'histoire quitte le ciel pour entrer dans les couloirs feutrés de la bureaucratie et du secret d'État. Face à de telles preuves, la Federal Aviation Administration (FAA) lance une enquête officielle. C’est le moment choisi par la CIA et l'armée pour débarquer en mode "Men in Black" : saisie des données originales et ordre absolu de garder le silence.
Heureusement, John Callahan, alors chef de la division des enquêtes sur les accidents à la FAA, a le réflexe de faire des copies numériques et des enregistrements audio avant que les originaux ne s'évaporent dans les tiroirs secrets de Washington. Il faudra attendre 2001 pour qu'il déballe tout publiquement.
Le commandant Terauchi, lui, paiera son honnêteté au prix fort. Pour avoir partagé ses souvenirs avec les médias, la Japan Airlines décide de le clouer au sol en le réaffectant à un travail de bureau. Une punition très administrative : vous avez vu des extraterrestres ? Vous allez adorer trier des dossiers. Il ne sera autorisé à revoler que quelques années plus tard.

Pour classer l'affaire, la FAA et les scientifiques sceptiques ont rivalisé d'imagination. Mais face aux archives sauvées par Callahan, leurs explications de bureau ont l'aile un peu lourde.

• La version officielle : La FAA invoque un "split return", un simple bug informatique où le signal du transpondeur de l'avion s'est bêtement dupliqué sur les écrans des contrôleurs.
• Le hic : Les graphiques de Callahan montrent que l'écho se déplaçait de manière totalement indépendante, s'approchant et contournant l'avion. De plus, le radar météo du cockpit, qui utilise une technologie totalement différente, a vu la même chose au même moment. À moins d'une mutinerie informatique généralisée, l'objet était bien là.

• La version officielle : Les échos militaires étaient du "clutter", des signaux parasites provoqués par la réflexion des ondes sur les montagnes de l'Alaska ou sur des nuages chargés de glace.
• Le hic : Le Boeing volait à 10 600 mètres d'altitude. Sauf tectonique des plaques instantanée, les montagnes n'atteignent pas cette hauteur. Mieux encore : le radar militaire (primaire) a détecté une masse métallique solide, ce qui exclut d'office le gentil nuage de neige.

• La version officielle : Le célèbre sceptique Philip J. Klass affirme que l'équipage a simplement confondu les planètes Mars et Jupiter — particulièrement brillantes ce soir-là — sublimées par un effet d'optique dû à des cristaux de glace.
• Le hic : Durant l'incident, la tour de contrôle a demandé au pilote d'effectuer un virage complet à 360 degrés pour tenter de semer l'intrus. L'équipage a vu l'objet entamer le même virage pour rester exactement à la même distance relative. Or, à moins que Mars et Jupiter n'aient décidé de prendre un virage serré en synchronisation parfaite avec un Boeing en Alaska, l'hypothèse astronomique s'effondre.
En fin de compte, la plus grande prouesse de cette affaire reste celle des autorités, qui ont tenté de traiter les visions de l'équipage d'un côté, et les détections radars de l'autre, comme deux coïncidences distinctes. Pourtant, les archives sont têtues : l'objet était visible à l'œil nu exactement là où les machines le dessinaient.

Voir aussi :"mont Denali"

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