Avant de se lancer dans une savante enquête de Sherlock Holmes et de crier au loup, il convient de ne pas mettre la
charrette avant les bœufs et de se poser la question : les faits sont-ils avérés ? Autrement dit : est-on sûr que les phénomènes ont bien eu lieu ? LE CERPI n'a pu assister
à aucun phénomène, s'agissant d'un cold case survenu en 1993, une époque où ses activités étaient limitées à leur plus simple expression. De nombreuses personnes se sont
toutefois prononcées quant à l'authenticité des faits :
Monsieur Jean-Marie Tesmoingt : enquêteur des premiers instants
sur place, n'a assisté à aucun phénomène "en direct". Il a toutefois pu, probablement mieux que quiconque, juger - pour les avoir interrogés au bon moment - du degré de
sincérité et d'émotion, difficiles à travestir, des gendarmes et policiers concernés, de la concordance de leurs témoignages et des effets causés par les événements relatés
(nous avons fait la même constatation).
Rappelons qu'il s'est rendu à l'hôpital où était soigné l'un des gendarmes blessés dans l'opération, ce qui suppose naturellement des événements "lourds". En outre, il
est l'un des seuls à avoir pu voir le contenu de la cassette vidéo prise par les gendarmes et à pouvoir, de ce fait, attester que des phénomènes étranges y étaient bel et
bien visibles. Jacques Theodor (la deuxième et dernière exception au black-out de la cassette vidéo, mis à part les
officiels directement concernés et le Parquet du Procureur du Roi) ne contredit pas cette version et cela se remarque dans le reportage télévisé.
Pour couronner le tout, Monsieur Tesmoingt a assisté à une entrevue dans laquelle un gradé s'adressait à son commandant de compagnie et confirmait totalement, en présence
de Jacques Theodor, la nature des phénomènes, jusque-là inexpliqués.
Le professeur émérite de psychiatrie Jean Dierkens : n'a assisté à aucun phénomène en direct mais, comme il le stipule dans l'émission
Controverses, que l'on peut suivre dans ce dossier, les témoignages concordent parfaitement à ce qu'il est de coutume de constater en pareille situation. Il a en outre
pu voir les conséquences des faits et conçoit difficilement que des personnes saccageraient de telle manière leurs propres biens. Pour lui, le cas est caractéristique
d'une psychokinèse récurrente spontanée et donc bien de faits que l'on peut classer parmi les faits étranges et non encore clairement expliqués.
Vladimir Verovacki : ne conteste en rien la réalité des phénomènes qu'il attribue à un cas classique de "poltergeist", encore faut-il
s'entendre sur la signification de cette terminologie et ne pas y voir, ipso facto, une intervention de l'au-delà. Toutefois, il n'a assisté à aucun phénomène "en direct".
Rappelons aussi l'une de ses tirades dans l'émission Controverse, où il disait qu'il ne concevait pas qu'un prestidigitateur, fusse-t-il au somment de son art, puisse
provoquer des phénomènes tels que ceux rencontrés à Arc-Wattripont.
Les propriétaires de la maison : déjà au moment des faits, n'étaient plus tout jeunes et avaient tendance à attribuer un peu vite une
origine surnaturelle aux événements. Il est difficile d'obtenir d'eux un témoignage cohérent tant ils ont été désemparés par cette affaire et incapables de leur trouver
une explication satisfaisante. Cependant, si en leur qualité de requérants (aux yeux du CERPI) ils figurent parmi les principaux concernés, c'est aussi eux dont la parole
est immédiatement mise sous caution, au même titre que pour tout autre phénomène. Le doute est toujours permis. Toutefois, même si leurs propos sont parfois décousus et
leurs expressions très personnelles, rien ne permet de les traiter de menteurs.
Gendarmes, policiers et autres témoins noteront - sous leur
responsabilité - une certaine propension à exagérer les faits. Le fiancé et fils adoptif de la maison : est évidemment très
controversé en sa qualité de prétendu épicentre des phénomènes. Néanmoins, cette qualité peut très bien, comme nous l'avons vu précédemment, être revue. Ses propos sont
bien souvent indéfendables d'un point de vue sceptique et rationaliste, sa version des faits est assez délirante et on a du mal à le suivre sur ce terrain. Pourtant, ses
perceptions méritent d'être étudiées sous une autre lumière et, en tous cas, nombre de points semblent corroborés par les officiels qui ont été témoins des faits.
Des supercheries de sa part ont été relevées, mais elles n'impliquent en aucune façon la réalité du reste, même si cela jette une certaine dose de discrédit sur l'affaire
(comme le disait Jean-Marie Tesmoing : "il ne faut pas jeter l'enfant en même temps que l'eau du bain".
L'évêque gallican : ne se contente pas de signaler des faits réellement étranges dans son rapport et de relever les propos des officiels
qui plaident son cas dans son optique, il nous a aussi clairement décrit des événements surprenants auxquels il aurait lui-même assisté sur place, en direct.
Incontestablement, il a au moins été témoin du comportement d’Éric lors des exorcismes. Malheureusement, sa position forcément favorable au surnaturel, les critiques que
nous avons formulées à propos des exorcismes et le fait que certains éléments aient été formellement démentis par le professeur Dierkens, rendent son témoignage peu
fiable. Le père Samuel : doit être complètement exclu des témoins d'un quelconque fait avéré. C'est un journal qui l'a dépêché sur
les lieux après coup, il n'a exercé son exorcisme qu'à l'extérieur de la maison puisqu'on ne lui a pas ouvert la porte et qu'il n'a pas été requis par l'un quelconque des
habitants. NOUVEAUTÉ
Le doyen de la paroisse : s'est montré étrangement très sceptique vis-à-vis des faits. "Étrangement" parce que plusieurs officiels
nous avaient aiguillés vers lui pour confirmation alors qu'il n'a pas du tout adopté le type de témoignage attendu par les gendarmes ou les policiers. Nous avons
cependant tout lieu de croire que le témoignage de ce doyen soit à prendre avec des pincettes, voire à comprendre à rebours. En effet, il semble clair que l'Église qu'il
défend (l'Église traditionnelle catholique) n'entend pas si facilement créditer des histoires de possessions démoniaques, lesquelles risqueraient elles-mêmes de la
discréditer s'il s'avérait que lesdites possessions n'étaient pas fondées. Or, c'est bien le cas. Le doyen avait donc raison d'adopter ce comportement, dans son
optique. Par contre, plusieurs éléments nous font tiquer : d'abord, après l'affaire d'Arc-Wattripont, il est lui-même devenu exorciste - ce qui d'ailleurs étonne
lorsque l'on sait qu'il s'est disputé avec la propriétaire qui lui reprochait de ne pas croire au diable ! Mais soit ! Certains exorcistes sont dits
"psychologisants" et ce n'est donc pas incompatible avec une certaine politique vaticane. Mais il y a autre chose. Dans son témoignage, au cours duquel nous remarquons
son prévisible et sceptique zèle à décrier le travail policier, il confirme malgré tout que les gendarmes étaient tous casqués pour se protéger des objets qui se
transformaient en projectiles ! Il expose avec fermeté sa position en signalant avoir frappé la table du poing face à Éric en lui disant "Maintenant ça suffit !"
(Qu'est-ce qui suffit, s'il ne se passait pas de phénomènes en sa présence ?) et d'avoir suggéré que l'on déshabille Éric afin de vérifier s'il portait bien, comme il
l'imaginait, une tenue spéciale de prestidigitateur qui aurait, par exemple, dissimulé fils invisibles ou télécommandes*, etc. Ceci suggère clairement que des événements
avaient lieu, et même en sa présence, contrairement à ce qu'il laisse entendre ! Un point achève de contredire ce scepticisme : le doyen nous a avoué avoir lui-même
assisté à l'épisode du téléphone baladeur et "suicidaire". Volte-face inattendue et remarquable qui induit une nouvelle remarque : en consultant la chronologie des
faits, on ne peut que conclure que le téléphone a adopté un comportement pour le moins étrange à plusieurs reprises et non pas une seule fois. C'est donc au moins de
trois fois dont il s'agit : deux au moins en présence d'un policier et une au moins en la présence du doyen !
On pouvait difficilement espérer meilleur témoignage de l'authenticité et de l'étrangeté des faits de la part d'un sceptique !
* Les policiers/gendarmes ont refusé la proposition du doyen par rapport à Éric, craignant d'outrepasser leurs droits. Nous avons vérifié cette information (aussi).
Ici, deux points sont à signaler :
1) Si le doyen supposait qu’Éric devait tricher par rapport aux phénomènes observés, à l'aide d'une tenue spéciale de prestidigitateur, nous l'avons dit : cela authentifie
bien que des faits étranges se produisaient (en l'occurrence, il s'agirait alors d'une supercherie) mais cela n'authentifie pas pour autant les phénomènes eux-mêmes.
Il faut bien comprendre la nuance : des choses très bizarres se déroulaient bien, peut-être étaient-ils falsifiés, mais il y avait bien des bizarreries qui étaient
observées. Somme toute, c'est "retour à la case départ": les faits sont avérés, on cherche toujours les explications.
2) Nous avons posé la question à nos prestidigitateurs chevronnés, afin de savoir si une telle tenue existait bien (voir : "l'œuvre d'un prestidigitateur chevronné").
Et bien sûr, cela existe. Selon le doyen, on pouvait s'en procurer "pour pas grand-chose" à Bruxelles (par exemple) dans une boutique spécialisée. Ces tenues sont
cependant généralement réservées aux professionnels du spectacle de magie, les trucs sont jalousement gardés et il faudrait montrer patte blanche. Supposons cependant
qu’Éric ait réussi à s'en procurer une malgré tout (le belge est fraudeur de nature, paraît-il !) à quoi cela l'aurait-il avancé ? Une tenue de cette nature est surtout
utile pour les yeux des spectateurs et l'apparence du magicien (petites étoiles sur la draperie, etc.), elle permet l'utilisation de poches dérobées et l'utilisation
camouflée de divers stratagèmes. Cependant, cela ne change rien à la question puisque gendarmes et policiers ont consciencieusement et méticuleusement fouillé toute la
maison de fonds en combles et n'ont jamais rien trouvé en matière de trucages (fils invisibles, aimants, dispositifs divers, etc.) On se doute d'ailleurs, au sujet des
fils invisibles que, malgré leur invisibilité relative, vu la quantité de personnes qui se trouvaient là, l'un d'eux aurait fatalement dû se prendre dans l'un de ces fils
et un seul aurait suffi à démasquer la supercherie. Malgré tout, pour aller jusqu'au fond des choses, nous n'avons pas écarté cette éventualité et nous l'évoquerons dans
notre hypothèse hyper-sceptique.
Les gendarmes :
- Un gendarme s'est déclaré trop marqué par les faits pour encore revenir sur ce sujet. Remarque : il n'évoque pas le secret professionnel ni qu'il répondrait à des
ordres précis de sa hiérarchie, mais bien qu'il a été trop marqué par les faits. C'est assez éloquent lorsque l'on lit entre les lignes.
- Un gendarme s'est déclaré lui aussi très marqué par les faits, cependant ça ne l'a pas empêché d'en parler et il nous a clairement dit qu'en toute sincérité ce qui se
passait-là était réellement incroyable, à un point tel qu'à certains moments, il a l'impression d'avoir rêvé tout cela, tellement c'était invraisemblable et inadmissible
pour un esprit cartésien.
Un gendarme, confirmant pleinement les faits, nous a avoué avoir joué les fanfarons et avoir d'abord considéré cette affaire un peu par-dessus la jambe, en plaisantant à ce
sujet. Il a également avoué que par la suite il avait dû revoir son jugement et qu'il n'en menait plus large face aux faits. D'après son témoignage, il avait été sur le
point de désobéir aux ordres, lorsque son commandant lui a demandé d'aller voir du côté de la source qui, d'après le radiesthésiste, était supposée être à l'origine des
phénomènes. Il nous a rappelé les faits auxquels il a personnellement assisté et qui ont justifié son émoi. Avec son humour caractéristique, il nous a dit qu'il ne voulait
pas être changé en grenouille !
- Nous reviendrons ultérieurement sur le témoignage du gendarme qui a filmé les phénomènes étranges sur une cassette vidéo. Il est facile de comprendre ici que lorsque
l'on filme, on est supposé avoir à filmer. Par ailleurs, nos sources journalistiques confirment en certains endroits qu'il a été dit à un certain moment que des
phénomènes étaient bien visibles sur cette cassette mais qu'ils devaient pouvoir être expliqués (dixit le Parquet du Procureur du Roi). Ce témoignage est
particulièrement important et entre dans le cadre d'un autre volet de l'affaire qui ne doit pas être abordé ici.
- Un gendarme, gradé (sous-officier), nous a raconté par le menu la première intervention réalisée sur place et toute l'étrangeté des faits auxquels il a assisté, à de
nombreuses reprises, sans qu'il n'ait jamais eu la possibilité de leur trouver une explication. Son accent de sincérité est très difficile à mettre en doute.
- Un lieutenant de gendarmerie nous a également confirmé les faits auxquels il a pu assister et auxquels ses hommes ont assisté. Ce dernier reste cependant
particulièrement prudent dans son témoignage et corrige parfois certains éléments en les minimisant, notamment ceux relatifs à ses propres déclarations. Il sera possible
ultérieurement de revenir sur ces nuances qui changent peu de choses aux faits.
- Un gendarme n'a pas répondu à nos sollicitations (téléphone privé, ne répond pas à notre courrier).
Rappelons aussi que dans un communiqué radiophonique, Monsieur Guy Poncelet, alors Procureur du Roi de Tournai, reprenait le terme de "paranormal" en parlant des faits
, reconnaissant qu'il y avait là quelques bizarreries. Ce passage nous paraît pour le moins révélateur mais semble avoir complètement échappé à notre journaliste
sceptique ! Les policiers :
- On le sait, un garde champêtre s'est montré pour le moins sceptique face à cette affaire. Il prêche pour la naïveté de ses collègues et le caractère parfaitement
explicable des faits.
Le problème pour lui, c'est qu'il n'était manifestement pas présent sur les lieux au moment des pics d'intensité des phénomènes, absence notée
tant par les gendarmes que par ses propres collègues, rendant son témoignage sceptique complètement caduque et loin d'être définitif, comme pensait pouvoir l'avancer le
journaliste.
- Trois policiers, interviewés par Monsieur Giovanni Cosentino, confirment pleinement l'étrangeté des faits et leur authenticité inexpliquée. Le physicien en a fait un
rapport. L'un de ces policiers est à présent décédé.
- Un autre policier confirme lui aussi toute l'étrangeté des faits auxquels il a lui-même assisté en direct. Point n'est besoin de poursuivre sur ce point. Il est clair
que les faits ont été avérés presque exclusivement par les intervenants officiels, lesquels ne sont pas réputés pour affabuler, qu'ils soient de simples agents ou gardes
champêtres, commissaires, inspecteurs ou gradés. La balle est donc également clairement dans leur camp mais il ne faut pas oublier le témoignage du doyen de la paroisse,
la révélation involontaire de Jacques Theodor, le témoignage de Monsieur Simoulin (journaliste free-lance) qui a lui aussi assisté en direct à des faits hautement étranges
qu'il décrit parfaitement (et qui correspondent avec le témoignage des gendarmes).
Dans les conditions présentes, il est particulièrement difficile de soutenir qu'il ne se soit
rien passé d'extraordinaire à Arc-Wattripont et que les faits ne seraient pas avérés.
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