La machine Ernetti
Au
début, il ne s'agissait de rien de plus que d'un roman parmi tant d'autres qui
avait atterri dans la bibliothèque du CERPI on ne sait trop comment. Avant
même de l'avoir lu, certains en ont fait un jeu de mots basé sur le wallon
picard régional : "La machine à laver" (Eul machine à ernetti) et puis... on a
ouvert des eux comme des boules de billard !
Apparemment, il s'agissait bien d'une
histoire romancée mais basée sur des faits réels car, en parcourant le
premier volume de la trilogie, nous avions vu ce qui suit : "Aussi
incroyable que cela puisse paraître, ce roman est basé sur une histoire
vraie. Elle s'est déroulée à Rome, au Vatican. Un homme,
un prêtre, aurait construit entre 1956 et 1965, en pleine guerre froide,
une machine à voir dans le temps. Il s'appelait Pellegrino
Ernetti. Avec son "chronoviseur", le père Ernetti aurait
rapporté toutes sortes d'images du passé, récent ou très lointain.
Depuis cette machine aurait été démontée sur ordre du pape Paul VI, puis
dissimulée dans l'obscurité discrète d'une cave du Vatican. Pour
quelle raison ? On l'ignore. A partir de là commence une
histoire livrée aux seules limites de mon imagination.
R.P."
Comme on l'imagine, cela nous pose
question, envie d'en savoir plus et de voir la
4ème de
couverture
Mars 1938. Le physicien Ettore
Majorana disparaît au large de la Sicile. Avec lui, le projet
secret sur lequel il travaillait depuis des années.
Automne 1955. On retrouve par miracle les notes du scientifique.
Elles inspirent au père Ernetti une idée folle : construire une machine
à voir dans le temps. Un "chronoviseur".
Sur ordre de Pie XII, le prêtre plonge deux mille ans en arrière.
L'objectif est simple : prouver l'existence du Christ. Commence
alors une course folle entre le Vatican, la CIA, le KGB et le Mossad.
Car ce que le prêtre Ernetti va découvrir, en pleine guerre froide,
pourrait changer l'ordre du monde.
Tout ceci basé sur une histoire vraie,
donc ? Cela méritait amplement que nous creusions le sujet ! Nous
avons, dans un premier temps, questionné l'IA à ce propos. Voici
sa réponse.
La « machine Ernetti », plus connue
sous le nom de chronoviseur (cronovisore en italien), désigne un
appareil hypothétique (NB du
CERPI : le ton est donné, dès le départ on réfute l'authenticité de
l'appareil) capable de capter les ondes du passé pour
afficher des images et des sons d'événements historiques.
Cette machine est au cœur d'une célèbre légende urbaine et
théorie du complot née dans les années 1960 et 1970. Bien
que présentée à l'origine comme une invention réelle par son créateur,
la communauté scientifique la considère aujourd'hui comme un
canular. Elle a également inspiré le thriller historique éponyme
La Machine Ernetti de l'auteur français Roland Portiche.
L'origine de l'histoire
L'existence de cette machine a été révélée par Pellegrino Ernetti
(1925–1994), un moine bénédictin italien, physicien et musicologue
réputé.
• Le principe technique : Selon Ernetti, l'énergie sonore et
visuelle émise par les êtres vivants ne disparaît pas, mais reste
suspendue dans l'atmosphère. Sa machine devait fonctionner comme une
télévision capable de capter et d'amplifier ces ondes résiduelles.
• Les collaborateurs revendiqués : Le moine a affirmé avoir
développé cet outil dans le plus grand secret au cours des années 1950,
épaulé par un groupe de douze scientifiques de renom, parmi lesquels
figuraient le physicien Enrico Fermi et l'ingénieur aérospatial Wernher
von Braun.
Les événements observés
Le père Ernetti a prétendu avoir navigué à travers l'histoire humaine et
assisté directement à plusieurs moments clés :
• Des discours de l'orateur romain Cicéron face au Sénat.
• Une représentation d'une tragédie perdue du poète antique Quintus
Ennius, intitulée Thyeste, qu'il affirmait avoir intégralement
retranscrite.
• Des scènes de la vie publique de Jésus-Christ, incluant la Cène et sa
crucifixion.
Les preuves et les incohérences (Le Canular)
En mai 1972, l'hebdomadaire italien Domenica del Corriere publie un
article sur la machine, accompagné d'une photographie du visage de Jésus
sur la croix prétendument prise via le chronoviseur.
La supercherie est rapidement démasquée par les sceptiques
:
1. La fausse image : Il est démontré que la photo de Jésus est la
réplique exacte, inversée, d'une carte postale montrant un crucifix en
bois sculpté par l'artiste Lorenzo Coullaut Valera, situé au sanctuaire
de Collevalenza en Italie.
2. Le texte antique : Des experts en littérature classique
analysent la retranscription de la pièce de Quintus Ennius et y
découvrent de nombreuses erreurs linguistiques et des mots qui
n'existaient pas à l'époque romaine, prouvant que le texte est un faux
moderne.
Le
mythe du Vatican
Pour justifier la disparition de son invention, le père Ernetti a
soutenu que le Vatican avait confisqué et démonté la machine afin
d'éviter qu'elle ne tombe entre de mauvaises mains, son pouvoir pouvant
détruire toute notion de vie privée ou modifier l'ordre mondial.
Les amateurs de théories du complot s'appuient souvent sur un décret
réel publié par le Vatican en 1988 — qui punit d'excommunication
quiconque utilise des instruments pour enregistrer ou révéler des
confessions et discussions religieuses passées ou présentes — pour
affirmer que l'Église reconnaît implicitement l'existence du
chronoviseur.
Voici les détails complets sur chacun de ces
trois aspects fascinants entourant l'affaire du chronoviseur.
1. L’intrigue du roman de Roland Portiche
La Machine Ernetti (2020) est un thriller historico-ésotérique captivant
écrit par le réalisateur de documentaires Roland Portiche. C'est le
premier volet d'une trilogie littéraire. (NB du
CERPI : les deux autres tomes sont : "L'énigme de Jérusalem" et "Le
voyage interdit".)
• Le pitch : En 1955, face à une crise de foi mondiale, le pape
Pie XII confie une mission ultra-secrète au père Pellegrino Ernetti,
passionné de physique quantique. À l'aide de notes mystérieusement
retrouvées, le prêtre doit construire le Chronoviseur. L'objectif
principal est de remonter deux mille ans en arrière pour capter des
images du Christ et prouver scientifiquement l'existence des Évangiles.
•
L'ambiance : Le roman prend la forme d'un thriller d'espionnage
rythmé et géopolitique. La création de cette machine — sous le nom de
code Projet Sant'Agostino — déclenche rapidement une course poursuite
internationale acharnée. Le Vatican se retrouve sous la menace des
services secrets du KGB, de la CIA et du Mossad, tous désireux de
s'emparer de cette technologie capable de bouleverser l'équilibre du
monde.
2. Le profil du physicien Ettore Majorana
Ettore Majorana (1906–1938) est un génie absolu de la physique théorique
italienne, membre du célèbre groupe des "Garçons de la via Panisperna"
dirigé par Enrico Fermi. Son lien avec le chronoviseur s'ancre dans le
mystère le plus total.
• Une disparition légendaire : En mars 1938, à l'âge de 31 ans,
Majorana embarque sur un ferry entre Palerme et Naples, et disparaît
sans laisser de trace. Suicide, fuite au Venezuela, retraite dans un
monastère ? Aucune piste n'a jamais pu être confirmée.
• Le lien avec la machine : Dans la légende urbaine (et dans le
roman de Portiche), il est murmuré que Majorana n'a pas disparu par
hasard. Il aurait découvert des principes mathématiques révolutionnaires
permettant de lier l'espace, le temps et la lumière. Prévoyant la portée
destructrice ou manipulatrice de ses travaux (ainsi que l'avènement de
la bombe atomique), il aurait fui, laissant des notes secrètes qui
auraient plus tard servi de base théorique au père Ernetti pour
concevoir son appareil.
3. Les bases scientifiques réelles (et leurs
limites)
Le principe avancé par le père Ernetti repose sur une interprétation
très libre — et scientifiquement erronée — de la conservation de
l'énergie.
• La théorie d'Ernetti : Il affirmait que la lumière et les ondes
sonores émises lors d'un événement se dispersent dans l'atmosphère mais
ne s'annihilent jamais totalement. Selon lui, ces "traces"
électromagnétiques résiduelles restent imprimées dans notre
environnement.
• La réalité scientifique : En physique classique et quantique,
ce postulat se heurte au concept d'entropie et de décohérence.
Lorsqu'une onde sonore ou lumineuse est émise, elle interagit
immédiatement avec l'air, la matière et d'autres ondes. L'information
originale se dissipe et se transforme en chaleur (agitation thermique
désordonnée)
• Pourquoi est-ce impossible ? Essayer de reconstituer le visage
de Jésus ou un discours de Cicéron à partir de la chaleur résiduelle de
l'atmosphère équivaut à essayer de reconstituer un livre brûlé
uniquement en analysant la fumée et les cendres qui se sont propagées
dans le ciel. L'information est définitivement fragmentée et perdue,
rendant la captation technique du passé impossible avec notre physique
actuelle.
• La disparition d'Ettore Majorana, survenue le 26 mars 1938 à
l'âge de 31 ans, reste l'une des énigmes les plus fascinantes de
l'histoire de la science moderne. Ce physicien théoricien fulgurant,
qualifié de génie absolu par Enrico Fermi, a planifié minutieusement son
effacement en vidant son compte en banque et en emportant son passeport.
L'enquête a été officiellement close en 2015 par la justice italienne,
mais les théories historiques et les pistes alternatives continuent
d'alimenter le mythe.
1. La piste officielle : L'exil secret au
Venezuela
En février 2015, le bureau du procureur de Rome a publié ses conclusions
après la réouverture de l'enquête. Les autorités ont déterminé que
Majorana était en vie et résidait de plein gré au Venezuela entre 1955
et 1959.
• La preuve clé : Une photographie prise au Venezuela en 1955
montrait un homme d'une ressemblance parfaite avec le physicien.
L'analyse anthropométrique a confirmé l'identité de Majorana.
• La nouvelle vie : Il y vivait sous l'identité d'un certain Mr.
Bini, un homme secret, discret et refusant de laisser des traces écrites
de ses travaux scientifiques.
2. L'hypothèse mystique : Le refuge
monastique
Défendue par le célèbre écrivain sicilien Leonardo Sciascia dans son
livre La Disparition de Majorana (1975), cette thèse affirme que le
savant a cherché à fuir le monde.
• Le motif éthique : Majorana, par ses calculs visionnaires,
aurait anticipé avant tout le monde la fission nucléaire et la création
future de la bombe atomique. Épouvanté par le pouvoir destructeur de ses
découvertes, il aurait choisi de se retirer totalement de la société.
• Le lieu : Il se serait caché dans un monastère de l'ordre des
Chartreux ou chez les Bénédictins en Italie, un ordre religieux
précisément lié à Pellegrino Ernetti.
3. La thèse du suicide
C'était l'hypothèse privilégiée par ses collègues de l'époque, notamment
Edoardo Amaldi et Emilio Segrè.
• Les indices : Avant d'embarquer sur le ferry reliant Palerme à
Naples, Majorana avait envoyé deux lettres désespérées à sa famille et à
son supérieur, Antonio Carelli, évoquant un choix inévitable et
s'excusant de sa disparition.
• Les contre-arguments : Un télégramme envoyé quelques heures
plus tard annulait ses adieux. De plus, le fait qu'il ait retiré tout
son argent juste avant d'embarquer affaiblit grandement la thèse d'un
geste suicidaire impulsif.
4. La piste argentine et le vagabondage
D'autres chercheurs ont pisté Majorana en Amérique du Sud bien avant
l'enquête du Venezuela, trouvant des traces de son passage présumé en
Argentine dans les années 1940. À l'inverse, une rumeur persistante en
Sicile affirmait qu'il était resté en Italie, vivant volontairement
comme un mendiant anonyme dans les rues de Naples afin de couper
définitivement les ponts avec son passé et sa condition de génie.
Les travaux scientifiques d'Ettore Majorana, pourtant rédigés dans les
années 1930, se révèlent d'une modernité absolue. Ses équations
visionnaires se trouvent aujourd'hui au carrefour de la cosmologie, de
la physique de l'infiniment petit et des technologies du futur.
L'héritage mathématique de Majorana s'articule autour de trois axes
scientifiques majeurs.
1. Les fermions de Majorana : être sa propre
antimatière
En 1937, dans son dernier article publié avant sa disparition, Majorana
modifie l'équation du physicien Paul Dirac. Il démontre mathématiquement
qu'une particule élémentaire dépourvue de charge électrique peut être sa
propre antiparticule.
• La règle habituelle : Pour chaque particule de matière, il
existe une antiparticule de charge opposée (l'électron négatif a pour
jumeau le positron positif). Si elles se touchent, elles s'annihilent.
• L'exception de Majorana : Deux particules de Majorana ne
forment qu'une seule et même entité neutre. Si deux "particules de
Majorana" se rencontraient, elles s'auto-détruiraient.
2. Le mystère des neutrinos et de la matière
noire
Les physiciens du monde entier mènent des expériences complexes pour
vérifier si les neutrinos sont des particules de Majorana.
• L'énigme de la masse : Les neutrinos sont des particules
fantômes qui traversent la matière sans laisser de trace. Si les calculs
de Majorana s'appliquent à eux, cela expliquerait pourquoi leur masse
est si incroyablement faible.
• La Matière Noire : Les équations de Majorana décrivent aussi de
potentielles particules supersymétriques massives encore inconnues. Ces
particules hypothétiques constituent l'une des pistes les plus sérieuses
pour expliquer la matière noire, cette composante invisible qui compose
la majeure partie de l'Univers.
3. La révolution des ordinateurs quantiques
C'est le domaine où l'héritage de Majorana provoque une véritable course
technologique. Si aucune particule élémentaire de Majorana n'a encore
été isolée à l'état libre, les physiciens réussissent à créer des
"quasi-particules" de Majorana en laboratoire. Elles naissent d'un
comportement collectif d'électrons à l'interface entre des
nanostructures et des supraconducteurs.
Ces quasi-particules sont exploitées pour fabriquer des qubits
topologiques :
• Une stabilité absolue : Dans un ordinateur quantique classique,
les informations subissent des erreurs au moindre bruit ou changement de
température (phénomène de décohérence).
• La protection de Majorana : En utilisant des quasi-particules
de Majorana, l'information n'est pas stockée à un endroit précis, mais
divisée et cachée dans la structure géométrique globale du système. Pour
effacer l'information, il faudrait perturber tout le système en même
temps.
Des géants de la technologie développent des processeurs quantiques
basés sur cette théorie, à l'image du processeur expérimental Majorana 1
de Microsoft. L'objectif affiché est d'intégrer des millions de qubits
sur une puce unique et stable pour résoudre des calculs hors de portée
des supercalculateurs traditionnels.
Bien. Sauf que, pour nous, au
CERPI, les choses ne sont pas aussi "simples" (façon de parler !) et
nous ne pouvions pas en rester là. D'autant que nous avons aussi
nos petites objections. D'ici peu,
vous trouverez ici la suite de
notre enquête...
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