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Dans mon premier livre, "Les Phénomènes Inexpliqués en Belgique", malgré ma pudeur j’évoquais la pulsion qui m’avait entraîné dans une redoutable prophétie – apparemment complètement absurde – celle consistant à prédire le sexe et surtout la date exacte de l’enfant que nous aurions. Ce serait un garçon et il viendrait au monde le jour de la fête nationale du pays (le 21 juillet en Belgique.) Pour ce qui est du sexe de l'enfant, le risque n'était pas élevé : il n'y a qu'une chance sur deux de se tromper. Pour ce qui est de la date, les choses deviennent nettement plus compliquées. Il est probable que peu de médiums se risqueraient à une telle précision ! Mais il était nettement plus osé encore de ma part de me risquer à pareille prédiction alors que les médecins reconnaissaient l’impossibilité de la procréation !
Le lecteur verra que, en fait, les circonstances ont voulu que ma prophétie soit prise en défaut, à deux jours près, en raison de dispositions prises entre mon épouse et son gynécologue suite au congé que ce dernier allait prendre à la date dite. Il fut décidé d'induire l'accouchement. Toutefois, échographies, examens médicaux et conclusion du spécialiste à l’appui : la naissance était effectivement bien prévue pour la date que j’avais annoncée. Il n’y a aucun doute là-dessus et les mauvaises langues qui, à l’époque, s’étaient gentiment amusées à nous piquer, mon épouse et moi, n’avaient plus qu’à se taire.
Remarquez que je n’en tire aucune vanité. Il s’agit d’un fait remarquable, probablement une coïncidence, un hasard vraiment très particulier, ou peut-être une expérience médiumnique assez spéciale, mais cela ne fait pas de moi un phénomène de foire. J’ai été le premier étonné de ma «performance», en matière de prévisions s’entend.
Malgré tout, ce genre de choses fait réfléchir. Il y avait d’un côté un verdict médical sans appel, provenant d’examens scientifiques en principe irréfutables, de l’autre tout ce que l’on veut comme preuves concrètes, également de source avisée et fiable. Entre les deux, il n’y avait qu’une impulsion humaine, sans aucun fondement, à la limite de l’absurdité la plus délirante et le culot d’une date de référence. Finalement, c’est la solution la plus invraisemblable qui s’est révélée la bonne : la mienne. De quoi rendre fou le rasoir d'Ockham !
Quand mon livre est sorti, un journaliste a eu le cran d’ironiser sur le chapitre que je viens de décrire, heureusement dans un simple email personnel. Ce genre d'ironie est évidemment complètement déplacée et témoigne d'une prédisposition à la mauvaise foi tout en se montrant révélatrice quant à ses qualités humaines. Il s’était déjà copieusement moqué de moi lors d’une émission télévisée de sinistre mémoire.
Je vais lui donner une autre raison de rire un bon coup en enfonçant le clou car il se fait que nous n’avons pas seulement un garçon, prénommé Jonathan (ce qui signifie en hébreu : «Dieu donne» ou «Dieu a donné», mais je cite cette particularité à simple titre informatif et ne veux faire ici aucune connotation religieuse), nous avons aussi une fille, née deux ans plus tard, prénommée Maylis.
Pour les humoristes cela signifie que j’avais trouvé "le mode d’emploi", pour les moins rationalistes cela met en évidence que la science se trompe parfois et qu’il arrive que des choses vraiment extraordinaires, au moins étrangement semblables au paranormal, se produisent. Mais en l’occurrence, dans le cas de notre fille, je n’avais rien prédit du tout.
Pour être tout à fait exact, je m’étais contenté de formuler le souhait qu’il s’agisse d’une fille, blonde aux yeux bleus et, Dieu merci ! C’est bien ce qui s’est produit. Par contre, il n’y avait là rien de mystérieux. A moins bien sûr que je sois abonné à un système de coïncidences qui me soit particulièrement favorable, lequel ne serait opérationnel qu'en ce qui concerne la progéniture. Mais combien de parents ne seraient que trop heureux de pouvoir disposer d'un tel "pouvoir" ! Qu'ils se consolent : cela ne me donne jamais les chiffres de l'euro million, cela ne m'octroie aucun avantage réel, je n'en tire pas un centime. Bref, cela n'a pas bouleversé nos existences, ce n'est pas ce qui changera le monde et ça n'empêchera personne de dormir.
La suite de l’histoire ne sera pas réellement «mystérieuse», elle sera seulement un peu étrange. Mais au moins ne pourra-t-on pas me taxer de sensationnalisme, bassement intéressé de surcroît. Mais l’intérêt de la chose réside dans le fait que celui-ci soit démontré scientifiquement.
De quoi s’agit-il ? Au départ, rien que de très banal.
Ma fille est occupée de s’adonner à ses passe-temps favoris, à savoir le dessin, la peinture, parfois un peu d’écriture et assez bien d’humour (une marque de fabrique!) lorsqu’elle m’appelle pour me signaler une bizarrerie :
« Tu sais, papa, quand je vois le chiffre cinq, il m’apparaît en bleu !»
Et voilà le genre d’information que je néglige complètement parce que, justement, comme ma fille est occupée à ses petits travaux artistiques, je comprends instantanément qu’il s’agit d’une petite fantaisie de circonstance, sans plus. Grosse erreur de ma part que je ne vais apprendre que des mois plus tard, en prenant connaissance de la vidéo à propos des douleurs fantômes et d’autres phénomènes de neurosciences. Car, en fait, il s’agit de synesthésie, un phénomène reconnu et démontré. De quoi s’agit-il ? Voici la définition que l’on trouve dans Wikipédia :
La synesthésie (du grec syn, union, et aesthesis, sensation) est un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Par exemple, dans un type de synesthésie connu sous le nom de synesthésie « graphèmes-couleurs » (qui représenterait 64,9 % des synesthésies), les lettres de l'alphabet ou nombres peuvent être perçus colorés. Dans un autre type de synesthésie, appelée « synesthésie numérique », les nombres sont automatiquement et systématiquement associés avec des positions dans l'espace. Dans un autre type de synesthésie, appelé « synesthésie de personnification ordinale/linguistique », les nombres, jours de la semaine, mois de l'année évoquent des personnalités. Dans d'autres types de synesthésie, la musique et d'autres sons peuvent être perçus colorés, ou ayant une forme particulière. La synesthésie impliquant des formes et couleurs est plutôt répandue, alors que la synesthésie impliquant des goûts et odeurs est plutôt rare. En 2004, l'Association américaine de synesthésie dénombrait 152 formes de synesthésies différentes.
Alors que des métaphores exprimant un croisement de sens sont parfois qualifiées de « synesthétiques », une vraie synesthésie d'origine neurologique est involontaire et concernerait une personne sur 23, soit environ 4 % de la population. Il est toutefois difficile de quantifier précisément le nombre de personnes véritablement synesthètes dans une population donnée, cette notion étant subjective car basée sur la perception personnelle. Si certaines personnes peuvent ignorer leur synesthésie (car vivant avec depuis toujours sans le savoir), d'autres peuvent se déclarer synesthètes sans l'être véritablement, ou à des degrés considérablement plus faibles que d'autres personnes, s'approchant d'une perception « normale ». Ainsi, il a pu être avancé que la synesthésie ne concernait qu'une personne sur 2 000, bien que cette statistique semble désormais erronée. Concernant l'origine de la synesthésie, il y a un facteur génétique probable, la synesthésie semble se transmettre par hérédité via le chromosome X. La synesthésie peut être acquise dès la naissance (la personne est alors appelée synesthète) ou bien (pour le cas des hallucinations synesthétiques) résulter de la prise de drogues hallucinogènes. Nous allons voir tout cela à la suite de la vidéo ci-dessous :
Le neurologue Richard Cytowic identifie les critères suivants afin de diagnostiquer la synesthésie :
la synesthésie est involontaire et automatique ;
les images synesthétiques apparaissent spatialement, ce qui signifie qu'elles ont souvent une position définie dans l'espace ;
les perceptions synesthétiques sont consistantes et génériques ;
la synesthésie est mémorable ;
les perceptions synesthétiques ont une charge émotionnelle.
Kevin Dann ajoute deux autres critères :
la synesthésie n'est pas linguistique, et en quelque sorte ineffable ;
la synesthésie concerne des personnes ayant un cerveau ne présentant aucun signe de maladie.
La synesthésie désigne aussi un procédé poétique ou artistique qui permet de mettre en relief une image en faisant appel à d'autres modalités sensorielles. On cite souvent comme exemple ce passage bien connu du poème Correspondances de Charles Baudelaire :
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, Doux comme des hautbois, verts comme des prairies, - Et d'autres corrompus, riches et triomphants, [...]La première description scientifique aurait été faite par un certain Georg Sachs, médecin bavarois, en 1812. Elle devint très à la mode dans le mouvement romantique fin XIXe début XXe, puis fut discréditée et tomba un peu dans l’oubli. C'est Binet en procédant à des études de temps de réaction dans le cadre du Laboratoire de Psychologie expérimentale qui montrera que les associations synesthésiques avaient les mêmes temps de latence que les autres associations imaginaires.
Elle fut "redécouverte" dans les années 1980, et popularisée par les tendances "New Age" anti-rationalistes avant de redevenir un objet scientifique "sérieux" depuis quelques années.
La synesthésie peut se présenter sous différents types : synesthésie bimodale, multimodale (selon que le croisement des perceptions concernent deux ou plusieurs modes sensoriels), la synesthésie cognitive (association d’un mode sensoriel à une représentation mentale comme couleur -> lettre.Dans la pratique, on peut considérer comme très répandu le phénomène consistant à associer lettres et couleurs ou chiffres et couleurs. Nous sommes donc là dans les graphèmes et les synesthètes peuvent apercevoir, face à une succession de lettres, une sorte d’arc-en-ciel, idem pour les chiffres. On comprend désormais pourquoi les élèves, lors des cours de maths ou de langues, se plaignent (ou apprécient) d’en voir de toutes les couleurs.
En dehors de la synesthésie graphèmes -> couleurs existe aussi la synesthésie musique -> couleurs, laquelle s’avère constante mais une distinction doit ici être faite : deux synesthètes peuvent attribuer des couleurs (ou teintes) différentes à des mêmes sons mais ces caractéristiques personnelles persisteront dans le temps. Point curieux dans ce phénomène : dans certains cas les couleurs se déplacent dans leur champ de vision ou se modifient.
Le cas de la synesthésie numérique mérite d’être développé : La "synesthésie numérique" est une carte mentale des nombres, qui apparaît automatiquement et involontairement lorsque le synesthète en question pense à des nombres ou des unités temporelles. Ainsi, les nombres peuvent être alignés selon un axe montant, et les mois de l'année peuvent former un demi-cercle. Ceci fut documenté et nommé pour la première fois par Sir Francis Galton. Les recherches qui suivirent l'identifièrent comme un type de synesthésie. En particulier, il a été suggéré que ces "cartes numériques" sont le résultat d'une activation croisée (cross activation) entre les régions du lobe pariétal qui sont impliquées dans la cognition numérique et spatiale. En plus de leur intérêt pour la synesthésie numérique en tant que synesthésie, les chercheurs en cognition numérique ont commencé à explorer ce type de synesthésie pour les aperçus qu'il peut donner sur les mécanismes neurologiques des associations numériques/spatiales présentes inconsciemment en chacun de nous.
Ce qui est présent au fond de nous reste un domaine très étonnant dont nous avons tout à apprendre et le fait que cette présence soit souvent inconsciente est à méditer quant aux conséquences possibles des potentialités du cerveau humain.Pour poursuivre notre énumération de synesthésies, disons qu’il existe également des cas dans lesquels les synesthètes associent les graphèmes à des perceptions olfactives ou gustatives, d’autres où la personnification entre en scène (un cas documenté depuis 1890 mais qui ne trouve un intérêt des chercheurs que depuis peu, or il s’agit d’un cas qui répond aux critères synesthétiques).
Comme on n’est pas obligé de me croire sur parole et qu’il convient de se baser sur des faits, il est bon de savoir que l’histoire de la recherche sur la synesthésie s’est déroulée comme suit (extrait de la même référence encyclopédique) : Le premier cas publié dans la littérature médicale fut rapporté en 1710 par le docteur Thomas Woolhouse (1650-1734), ophtalmologiste du roi Jacques II. Il s'agissait d'un jeune homme aveugle qui percevait des couleurs induites par des sons, phénomène appelé alors synopsie et aujourd'hui chromesthésie. Le phénomène capta pour la première fois l'intérêt de la communauté scientifique dans les années 1880 grâce à Francis Galton. Suivant ces observations initiales, la recherche sur la synesthésie explosa, avec des chercheurs venant d'Angleterre, Allemagne, France et États-Unis d'Amérique, tous explorant ce phénomène. Cependant, en raison des difficultés rencontrées pour prouver et mesurer des expériences totalement internes et subjectives, ainsi que de la montée du behaviorisme en psychologie, qui bannissait toute mention d'expériences internes, l'intérêt porté à la synesthésie s'émoussa dans les années 1930.
Dans les années 1980, alors que la révolution cognitive avait commencé à rendre l'étude de la conscience respectable à nouveau, les scientifiques commencèrent à réexaminer ce phénomène fascinant. Menée aux États-Unis par Larry Marks et Richard Cytowic, et en Angleterre par Simon Baron-Cohen et Jeffrey Gray, la recherche sur la synesthésie commença à explorer la réalité, consistance et fréquence des expériences synesthétiques. À la fin des années 1990, les chercheurs s'intéressèrent à la synesthésie graphèmes → couleurs, un des types de synesthésie les plus répandus et de plus facilement étudiable. En 2006, le journal Cortex publia un numéro spécial sur la synesthésie, composé de 26 articles. La synesthésie a été l'objet de nombreux livres scientifiques, ainsi que de romans et de courts métrages relatant des personnages synesthètes.
Les estimations de prévalence varient énormément (de 1 personne sur 20 à 1 sur 20000). Cependant, ces études ont toutes souffert du fait qu'elles n'ont pris en compte que le témoignage des personnes se déclarant synesthètes. C’est-à-dire que les seules personnes incluses dans ces études étaient celles qui rapportaient leur expérience au chercheur. Simner et al. ont conduit les premières études réalisées sur un échantillon aléatoire de la population, arrivant à une prévalence de 1 personne sur 23. Les données actuelles suggèrent que les synesthésies graphème → couleur et jour de la semaine → couleur sont les plus répandues.
Presque toutes les études sur le sujet ont suggéré que la synesthésie a une origine génétique, car certaines familles recensent beaucoup plus de cas de synesthésie que d'autres. Les premières références à ce facteur datent de 1880 (Francis Galton). Depuis, d'autres études ont soutenu cette conclusion. Cependant, il est probable que certaines études, qui rapportaient un nombre plus élevé de synesthètes pour les femmes que les hommes (jusqu'à 6 femmes pour 1 homme), souffrirent du fait que les femmes ont plus tendance à se déclarer synesthètes que les hommes. Des études plus récentes, utilisant des échantillons aléatoires, trouvent un rapport de 1 pour 117.Les modèles observés d'héritage de la synesthésie ont suggéré que le mode d'hérédité est lié au chromosome X, bien que la recherche de la génétique de la synesthésie soit toujours préliminaire. Il n'y a pas d'exemples documentés de transmission de père en fils, alors que d'autres formes de transmission (père en fille, mère en fils et mère en fille) sont plutôt répandues. Il y a eu des cas de vrais jumeaux dans lesquels un seul jumeau était synesthète et il a été noté que la synesthésie peut sauter des générations dans une famille.
De plus, Simner et al. notent qu'il est commun que les synesthètes d'une même famille présentent différents types de synesthésie, ce qui suggère que le gène ou les gènes impliqués dans le développement de la synesthésie n'entraînent pas des types spécifiques de synesthésie. Au contraire, des facteurs développementaux tels que l'expression d'un gène et l'environnement doivent aussi jouer un rôle dans la détermination du type de synesthésie qu'un synesthète va développer.
DÉMONSTRATION DE L'AUTHENTICITÉ DE LA SYNESTHÉSIE
Prouver que quelqu'un est réellement synesthète est aisé. Les tests les plus simples impliquent des tests de constance sur de longues périodes. Les synesthètes obtiennent habituellement un meilleur résultat sur de tels tests que les non-synesthètes (soit avec des noms de couleurs, des gommettes colorées ou même un sélecteur de couleurs proposant 16,7 millions de choix de couleurs). Les synesthètes peuvent obtenir un taux de constance aussi élevé que 90 pour cent après une période d'un an, alors que des non synesthètes obtiendront un score de 30/40 pour cent après seulement un mois, même lorsqu'ils sont prévenus qu'ils seraient retestés (par exemple, Baron-Cohen et al. 1996).
Des tests plus spécialisés incluent des versions modifiées de l'effet Stroop. Selon le paradigme de Stroop standard, il est plus difficile de nommer la couleur d'encre du mot "rouge" lorsque celui-ci est imprimé en encre bleue que lorsqu'il est imprimé en encre rouge. De la même façon, si l'on présente à un synesthète graphèmes → couleurs le chiffre 4 imprimé en encre bleue alors que le synesthète le perçoit rouge, celui-ci sera plus lent à identifier la couleur de l'encre. Ceci n'est pas dû au fait que le synesthète ne peut pas voir l'encre bleue, mais plutôt parce que la même sorte de conflit responsable pour l'effet Stroop se produit entre la couleur de l'encre et la couleur du graphème automatiquement associée. Des variantes de l'effet Stroop peuvent être conçues ; par exemple, on demande à un synesthète musique → couleurs de nommer la couleur d'une tache rouge alors qu'il est en train d'écouter un son produisant une sensation de bleu (Ward, Tsakanikos & Bray 2006) ou lorsqu'on demande à un synesthète note de musique → goût d'identifier un goût amer alors qu'il est en train d'écouter une note provoquant un goût sucré (Beeli, Esslen & Jäncke 2005).Enfin, des études réalisées sur des synesthètes graphèmes → couleurs ont démontré que les couleurs synesthétiques peuvent améliorer des performances sur certaines tâches visuelles, ou du moins pour certains synesthètes. Inspirés par des tests sur le daltonisme, Ramachandran et Hubbard (2001) présentèrent des schémas représentant des dizaines de chiffres 5 entre lesquels sont incrustés des chiffres 2 à des synesthètes et non-synesthètes. Ces chiffres 2 peuvent former une de ces 4 formes : carré, losange, rectangle ou triangle. Les couleurs synesthétiques aident les synesthètes à trouver la "figure cachée" : pour un synesthète qui voit les 2 rouges et les 5 verts, le rouge des 2 se détachera du vert des 5. D'autres études ont exploré ces effets avec plus d'attention, et ont montré que : 1. les résultats varient entre synesthètes ["Dixon, Smilek & Merikle 2004; Hubbard et al.2005a"], 2. alors que la synesthésie est présente tôt dans le traitement perceptif, elle n'intervient pas avant l'attention (par exemple, Edquist et al. 2006; Sagiv, Heer & Robertson 2006a).
Ces études conduisent à différencier les synesthésies fortes ou vraies, des synesthésies faibles que sont les associations normales que l'on peut faire, notamment, en associant le rouge au chaud ou le bleu au froid. Des phénomènes synesthésiques peuvent également survenir lors d'état de fatigue ou de somnolence, on parle parfois de synesthésie d'endormissement. Il est probable que nombre d'entre nous ayons vécu de telles associations de sens, par exemple, une porte qui claque ou un bruit intense, et sec, peut provoquer une impression de flash lumineux si l'on se trouve en phase de sommeil léger. Les hallucinations synesthésiques perçues sous l'emprise de substances psychotropes peuvent représenter une forme moyenne de synesthésie.
Dès lors, il convient de faire une distinction entre la réalité physique, la réalité perceptive, et la simulation : les synesthètes ne simulent pas, cela est prouvé par les tests précités qu'il serait impossible de réussir aussi bien en simulant des associations de perceptions. Les caractéristiques physiques des stimuli sont indépendantes des stimulations perçues (par exemple, une lettre écrite en noir et vue en bleu n'a pas la longueur d'onde correspondant au bleu).Les théories considérant une base neurologique à la synesthésie ont pour racine l'observation que certaines régions du cerveau sont spécialisées pour certaines fonctions. Basés sur cette notion de "régions spécialisées", quelques scientifiques ont suggéré que des "connexions" entre différentes régions spécialisées dans différentes fonctions peuvent résulter en différents types de synesthésie. Par exemple, comme les régions impliquées dans l'identification des lettres et chiffres sont adjacentes à la région impliquée dans le traitement des couleurs (V4), l'expérience additionnelle de voir des couleurs en regardant des graphèmes peut être due à cette " cross activation " de V47. Cette "cross activation" peut survenir suite à un défaut dans le processus normal d'élimination des neurones.
Selon l'autre théorie, la synesthésie peut survenir suite à une réduction du niveau d'inhibition des voies d'échanges. Normalement, l'équilibre entre l'excitation et l'inhibition est maintenu. Cependant, si ces échanges ne sont pas inhibés correctement, alors les signaux venant de stages de traitement multisensoriels ultérieurs pourraient influencer des stages de traitement ultérieurs, de telles sortes que des notes de musique activeraient des aires corticales visuelles davantage chez les synesthètes musique → couleurs que chez les non synesthètes. Dans ce cas, cela pourrait expliquer pourquoi certains utilisateurs de drogues psychédéliques telles que le LSD ou la mescaline rapportent des expériences synesthétiques lorsqu'ils sont sous l'influence de la drogue.
Des études TEP ont mis au jour des différences importantes entre les cerveaux de synesthètes et de non synesthètes. Des études récentes utilisant l'IRM ont démontré que l'aire V4 est plus active chez les synesthètes mot → couleur et graphème → couleur. Cependant, ces études manquent de données pour confirmer l'une des deux théories avancées (voies d'échange déshinibées / défaut dans l'élimination des neurones.)
Environ 1% de personnes présentent une forme particulière de synesthésie, appelée « synesthésie visuo-tactile » (ou « synesthésie en miroir au toucher » ou encore « synesthésie tactile-miroir » : quand ces synesthètes voient une personne être touchée à un endroit du corps, ils éprouvent exactement la même sensation dans cet endroit du corps que lorsqu'ils sont eux-mêmes touchés. Ce type de synesthésie fait appel à des régions primitives du cerveau faisant partie de la carte somato-sensorielle.On sait très peu à propos des traits cognitifs associés à la synesthésie ni même s'il y en a. Des études ont suggéré que les synesthètes sont inhabituellement sensibles aux stimuli externes. D'autres traits cognitifs possiblement associés à la synesthésie incluent une confusion entre la droite et la gauche (NB : c’est le cas pour ma fille qui a depuis toujours éprouvé des difficultés à ce sujet), des difficultés en mathématiques(NB : ce n’est pas la branche où elle excelle), et des difficultés en rédaction(NB : là, ce n’est pas le cas). Certains synesthètes peuvent se retrouver avec des troubles moteurs, d'orientation ou du langage, ce qui aboutit à un échec scolaire voire à une reconnaissance d'invalidité avec incapacité à travailler en milieu non protégé.
Cependant, les synesthètes semblent être plus enclins à participer à des activités créatrices, et certaines études ont suggéré une corrélation entre la synesthésie et la créativité. D'autres études ont suggéré que les synesthètes ont une mémoire supérieure à la moyenne (NB : je pense que l’on peut affirmer que ce soit également le cas chez ma fille). Cependant, on ne sait pas encore si cette caractéristique est valable pour la synesthésie en général, ou si elle concerne uniquement une petite minorité de synesthètes. Ceci est le sujet principal des recherches actuelles et futures.
Dans la vidéo de Ramachandran que j’ai évoquée au début de ce chapitre, le conférencier établit un lien très clair entre synesthésie et prédisposition créatrices. Il dit textuellement que la synesthésie est caractéristique des poètes, écrivains et artistes. Mon but n’est pas conditionné ici par le désir bien connu d’un parent lambda de considérer son enfant comme surdoué (ou seulement doué) mais bien d’illustrer le sujet au moyen d’un cas concret vérifiable. Pour la petite histoire, il faut donc signaler que mon épouse et moi-même avons de longue date incité notre fille à fréquenter l’Académie de musique et/ou une école spécialisée dans le dessin, la peinture, etc. Dernièrement, j’ai entrepris pour elle la collection dessin et peinture du le Journal Le Soir, tout cela AVANT d’avoir eu connaissance de ce phénomène de synesthésie.
L'ésotérisme, l'occultisme, le symbolisme reposent en grande partie sur la doctrine des analogies et correspondances. Pour eux, les divers ensembles du monde sont analogues et leurs éléments entrent en correspondances. Ainsi, pour les Chinois traditionnalistes, auteurs du Hong fang ou du Li yun ou du Yue ling, les goûts, les organes des sens entrent en corrélations ; par exemple, les cinq saveurs (acide, amer, doux, âcre, salé) entrent en correspondance, non seulement avec d'autres sens (vert/acide/rance ; rouge/amer/brûlé...), mais encore avec d'autres domaines (les Éléments, les passions, les vertus... : vert/Bois/Est/acide/rance/blé/mouton...).
Le russe Solomon-Veniaminovitch Shereshevsky était synesthète, mais l’ignorait. En fait, il croyait que tout le monde possédait les mêmes facultés qui étaient siennes. Parmi les caractéristiques communes des synesthètes, on note aussi :
Je terminerai en signalant que la synesthésie peut présenter des avantages mais également des inconvénients. Grâce aux associations sensorielles, un individu pourra développer des facultés artistiques, voire littéraires, il pourra aussi se servir de ces associations au profit de sa mémoire (parce que la même notion peut être retrouvée au moyen de plusieurs facteurs sensoriels différents). Mais dans certains cas, les associations nuisent à l’apprentissage. Ainsi, comme je le disais précédemment, ma fille rencontre assez bien de difficultés en mathématiques. Cela devient facile à comprendre quand elle décrit le calvaire qui consiste à voir au tableau (vert), une multitude de chiffres différemment colorés qui s’alignent. C’est une véritable sarabande infernale qui perturbe, même si – esthétiquement – cela peut faire joli (alors que tout est écrit à la craie blanche, ou dans une autre couleur d’ailleurs puisque, en fait, c’est le chiffre lui-même qui induit la perception d’une couleur propre au graphème). Si l’on ajoute à cela une certaine tendance dyslexique et l’abstraction mathématique (les synesthètes trébuchent parfois sur les métaphores) sans oublier la complexité de la matière, on se doute que les choses ne soient pas simples.
D’autres enfants peuvent rencontrer de sérieuses difficultés avec les textes parce que les associations dont elles font l’objet les ramènent à d’autres textes ou d’autres types d’associations. Dans ce cas, la lecture devient effectivement très complexe, le nombre de personnages (dont la plupart sont fictifs parce qu’ils appartiennent à une autre histoire), les situations deviennent très éloignées de l’idée initiale. De plus, il leur est particulièrement difficile de synthétiser, résumer un écrit pour n’en dégager que l’essentiel.
De là à prétendre que l’apparition de fantômes dans le champ visuel d’un individu puisse provenir d’un phénomène de synesthésie, il n’y a qu’un pas (que je ne franchirai pas dans l’immédiat faute d’expérimentation appropriée à l’heure actuelle) L’individu, confronté à certains stimuli sensoriels ou visuels les traduirait – dans certains cas du moins – par des observations issues d’associations synesthésiques interprétées comme des manifestations irréelles et forcément inexplicables (dans leur entendement, puisqu’ils sont inconscients de la particularité dont ils sont nantis).
Merci à ma fille, Maylis, de m’avoir permis de découvrir cette forme de possibilité de supercherie (qui n’en serait donc pas une!) lors de certaines observations de phénomènes, lesquels peuvent donc s’expliquer de manière scientifique et rationnelle. Ce qui a toujours été mon but. Lire aussi : http://www.epistemocritique.org/spip.php?article210 Merci de bien vouloir nous signaler si une vidéo devient inaccessible, en nous envoyant un mail (rubrique contacts) et en nous signalant la page concernée par simple copier-coller de l'URL, SVP. Vous pouvez trouver l'URL dans la barre d'adresses de votre navigateur.Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 4.0. Source : Article Synesthésie de Wikipédia en français (auteurs)