Extrait (important) du livre : "Le
poltergeist d'Arc-Wattripont, vérité, scandale et désinformation" (Éditions Le
Temps Présent - collection fonction psi).
L'hypothèse,
car il ne pourrait s'agir d'une certitude formelle, que nous allons
proposer en guise de solution à l'énigme passe par une analyse complexe
qu'il convient donc de lire attentivement.
Nous avons tenté ici de nous faire aussi clairs que possible. Toutefois,
en référence à la psychologie, la psychanalyse, la physiologie, la
physique, la neurologie et d'autres disciplines encore, le recours aux
termes scientifiques - et donc parfois hermétiques - était inévitable.
Autant que faire se pouvait, nous avons donc illustré nos propos au
moyen de situations imagées qui n'ont pas la prétention de correspondre
à la réalité vécue mais seulement de montrer leur possible concordance
avec notre hypothèse. Le lecteur aura le loisir de juger par lui-même de
la plausibilité de ce que nous avançons quant au substrat de base que
nous lui soumettons.
En avançant dans notre développement, nous avons aussi tenté de mettre
notre postulat durement à l'épreuve afin de vérifier s'il pouvait entrer
en adéquation avec les autres théories fondamentales ou s'il existait au
contraire des objections majeures.
Pour des raisons évidentes, les
phénomènes n'étant pas reproductibles en laboratoire, il n'est pas
possible de respecter cet impératif de Karl Popper. C'est la
raison pour laquelle nous faisons référence à d'autres situations très
similaires, sans compter que de très nombreux cas sont passés sous
silence, conférant ainsi au phénomène une rareté exagérée. En outre,
afin que l'on ne nous accuse pas de sortir un lapin de notre chapeau,
nous avons pris le soin de vérifier si une ou des causes typiquement
scientifiques et mesurables pouvaient intervenir en notre faveur.
Une bonne enquête, outre ses articulations
classiques, passe aussi par son côté humain. Il faut se mettre à la place de
l'intéressé, penser comme lui, se placer dans son contexte, assimiler ses
impératifs, ses relations, bref : toute sa sphère de vie et voir les choses dans
leur globalité. Il faut aussi se replacer dans son époque. C'est ce que nous
avons fait dans "genèse d'une hantise", qui s'articule en deux parties
entrecoupées d'explications.
Notre premier postulat se présente sous la forme d'une nuance capitale :
Éric n'était pas possédé, il s'en était persuadé.
C'est Pierre Guelff, journaliste et écrivain, qui nous a suggéré cette idée dans
son livre : "Curieuse histoire d'une stigmatisée" (Ets Jourdan - p. 183).
Elle s'est parfaitement vérifiée dans notre étude sur les exorcismes
(Arc-Wattripont - Religioso i resoluto) où l'on voyait non seulement que le
surnaturel n'était pas impliqué mais aussi que le contexte général contribuait
largement à induire cette conviction, fallacieuse mais tenace, de la possession
"diabolique".
En second lieu, il faut éviter la confusion qui naît de la
traduction du terme allemand "poltergeist" qui signifie à peu près : "esprit
frappeur" et rejeter l'apparente synonymie entre "esprit" et "fantôme", au
profit du seul Esprit Humain, généralisé dans un cerveau encore très mal connu.
Celui-ci peut agir sur le soma (le corps). la psychosomatique, autrement dit
l'influence de l'esprit sur le corps n'est pas une ineptie, mais une réalité
médicale.
Toutefois,
reconnaissons-le, de la psychosomatique à l'action à distance, extérieure, il y
a un pas qu'il faut se garder de franchir trop hardiment.
Pour aboutir à la solution, outre les considérations qui précèdent (ici et dans
les pages précédentes de ce site, NDLR), il fallait selon nous disposer d'une
excellente analyse de l'environnement du sujet, de sa sphère familiale et
relationnelle. il nous fallait surtout résoudre le problème de l'identification
des conflits et établir leur parallélisme avec les implications intriquées du
contexte religieux. Ce point constituait un obstacle majeur car il était source
de confusion (connotations surnaturelles des exorcismes et interprétation des
phénomènes) et en même temps l'un des moteurs, sinon le moteur principal
des phénomènes. En effet, la seule notion de situation conflictuelle revêtait
une importance capitale mais restait impropre à saisir la dynamique du processus
si l'on ne tenait pas compte des autres facteurs. Le sexe jouait son rôle comme
l'aurait remarqué tout psychanalyste freudien. La présence d'un conflit ne lui
aurait pas échappé. Mais il n'est pas certain qu'il aurait saisi la corrélation
avec la sphère religieuse et qu'il aurait pu combiner les trois polarités; En
abordant le domaine des croyances, la part du surnaturel avait trop tendance à
revenir au galop et risquait de fourvoyer les enquêteurs en les entraînant vers
une référence circulaire scientifiquement indéfendable. L'astuce consistait
plutôt à appréhender la synergie tripartite qui était à l'oeuvre et ensuite à
envisager la corrélation psychosomatique externe qui aurait pu naître de cette
symbiose et générer un principe régissant le fonctionnement des phénomènes. De
manière imagée, cela pouvait se résumer comme le travail d'un chef d'orchestre
qui aurait rassemblé les bons instruments afin de les faire jouer en parfaite
harmonie, sauf qu'il aurait également dû trouver la bonne mélodie et le bon
tempo afin de décider l'assemblée à danser. Dans ce travail, les remarques du
professeur émérite de psychiatrie Jean Dierkens nous ont largement inspirés,
l'une d'elles s'est d'ailleurs présentée comme l'un des chaînons manquants.
Genèse d'une hantise
Nous
ne faisons que supposer ce qui suit, mais sur base de très nombreux éléments
factuels, vérifiés.
D'après l'émission "Controverse", Éric B., un jeune homme nerveux et stressé,
débarque chez les D. le 13 décembre.
C'est un dimanche, Jour du Seigneur !
Mais le 13 est aussi réputé maléfique.
Étrange date pour faire son entrée dans la région des collines où sévissaient
tant de sorcières au temps de l'Inquisition, sous le règne d'Albert et
d'Isabelle. Ellezelles, une localité toute proche, est désormais curiosité du
pays depuis les oeuvres de l'artiste polyvalent
Jacques Vandewattyne et son fameux grand Sabbat annuel. Les rues en sont
parsemées de représentations faisant allusion au surnaturel ou à l'au-delà. Le
paysage s'y prête bien d'ailleurs.
La maison est richement décorée de bondieuseries. Les habitants sont très pieux,
pratiquants et bombardent immédiatement le jeune homme de leurs convictions
religieuses. Éric a beau être croyant, il n'est guère habitué à ce régime dans
lequel il apprend à aller à la messe et finit par croire à toutes ces
choses. C'est-à-dire que sa personnalité influençable succombe à l'habitude de
sa famille adoptive d'attribuer très facilement au surnaturel les choses les
plus anodines. Comme elle, il devient superstitieux.
Mais ce n'est pas ça qui le calme et ses soucis ne manquent pas. il en a déjà
bien assez ! Outre le stress d'un changement de domicile, il fait face au
chômage et les soins médicaux qu'il subit régulièrement ne lui facilitent pas la
vie. Ni les fins de mois.
Tous ces déplacements entre le domicile et l'hôpital l'agacent et le fatiguent,
l'éloignement de sa fiancée, rendent la situation avec "la famille d'accueil"
rapidement épineuse car, pour ne rien arranger, il semblerait que Nathalie ait
d'autres prétendants, dont un certain Yves, cité dans l'enregistrement du
dernier exorcisme. Doute et suspicion le rongent, comme on peut le comprendre.
Mais il ne lui suffit pas de connaître des problèmes avec ses parents légitimes,
des discussions avec sa compagne, il faut aussi - comme souvent - que des
tensions surgissent avec ses (futurs) beaux-parents !
Les fêtes de fin d'année sont aussi souvent une période perturbée. Tout cela
fait beaucoup de choses qui ne feront que s'accumuler. précisément, puisqu'il va
bientôt être question de "mettre le petit Jésus dans la crèche", le patriarche
se met en devoir de signaler aux amoureux que sa pudibonderie religieuse ne
tolère pas les relations sexuelles hors mariage.
Bon sang ! Nous sommes pourtant en 1993 et plus aux siècles passés ! Mais le
maître de maison ne veut rien entendre : ce serait un péché ! Malgré ces propos
qu'il juge rétrogrades, Éric ne peut qu'accepter cette disposition car il sait
que toute transgression serait sanctionnée d'une expulsion immédiate. Ce serait
la rupture avec Nathalie. La catastrophe à tous les étages car il ne peut
envisager de réintégrer le domicile de sa mère, à Braine-le-Comte. Il ne connaît
pas son vrai père et le compagnon de sa mère ne le tolère pas. Sa présence en
ces lieux est d'ailleurs révélatrice; il est à la fois gendre et fils adoptif.
Il est considéré comme chez lui mais pas réellement chez lui.
Éric broie du noir, il est sur le point d'exploser mais ne peut rien.
Un
meuble craque.
Ce
n'est que le travail du bois, mais les habitants y voient une entité maléfique
prête à venir les tourmenter. Éric a déjà entendu ça chez lui aussi, il sait que
c'est banal mais l'ambiance de la maison l'intrigue, l'obsède, l'envoûte. Après
tout, et si ses hôtes avaient raison ? On raconte tant de choses... Une partie
au moins pourrait être vraie. Comment être sûr que ces bruits se distinguent de
ceux qu'il entendait lors des séances de spiritisme auxquelles il participait
naguère ?
Une petite statuette de saint se brise, une assiette en étain se déplace
légèrement et finit par tomber au sol. Ce n'est pas normal !
Il se sent un peu comme dans le film "L'Exorciste" qui l'a méchamment
secoué. Est-ce bien un hasard si "L'Empire des Lumières" de René Magritte a
inspiré William Friedkin ? Cela fait tout de même pas mal de coïncidences. C'est
troublant.
Éric en a assez de cette atmosphère de fous et voudrait hurler. Il ne le peut
pas : cela ne se fait pas !
Ah, si seulement il pouvait... Mais parlons d'autre chose.
Le lendemain, d'autres faits bizarres se produisent. Rien de très grave, mais le
malaise s'installe et cohabite avec son mal-être et ses interrogations. Et si,
comme on lui a souvent dit, les communications avec les esprits pouvaient
parfois mal se terminer ? Ne lui a-t-on pas raconté mille histoires où des
pratiquants imprudents ou inexpérimentés se trouvaient poursuivis par des âmes
en peine, pas toujours recommandables, parfois même des démons ? Dans le
contexte présent, cette perspective semble bien concrète. Non. Non ! Ce n'est
pas possible !
Mon Dieu-Sainte-Marie-Joseph, aidez-moi !
Les jours se suivent et se ressemblent et les phénomènes vont crescendo, tout en
restant supportables, mais inquiétants. Mais jamais il ne supportera cette vie
monacale ! Que faire ?
Chaque jour qui passe le voit plus tendu, au propre comme au figuré. il faut
qu'il chasse ses pulsions, pourtant naturelles, mais envahissantes et
lancinantes. Ce sont de mauvaises pensées qui ne peuvent qu'exciter les esprits.
Et voilà encore qu'un objet se brise... Éric culpabilise : c'est certainement
lui qui attire ces âmes impures ! Le jeune homme ne se rend pas compte de ce qui
se passe; Il ne fait pas le lien de cause à effet, ne voit pas qu'il entre dans
une spirale infernale, qu'il entame un principe de boule de neige.
C'est beau la neige.
Peut-être aurons-nous un Noël blanc.
Le blanc d'une pureté virginale...
Fin de la première partie
Jusqu'ici, nous avons vu à quel point le contexte s'avérait
conflictuel et pouvait encombrer l'esprit d'Éric. La religion n'y joue qu'un
rôle secondaire, en arrière-plan, l'influence est indirecte mais non
négligeable. Elle est non seulement envahissante mais aussi prétexte à de fortes
frustrations.
Que l'esprit puisse produire des effets sur la matière n'est
encore ici que suggéré mais l'idée est conforme à ce qu'avancent beaucoup de
chercheurs célèbres qui ont enquêté sur des cas semblables, tels qu'Hans Bender,
Ernest Bozzano, Émile Tizané, Scott Rogo, William Edward Cox et Alan Robert
George Owen (1801-1875), Hereward Carrington et bien d'autres. Il faut être très
mal documenté et bien peu informé pour ironiser quant à ce phénomène, d'ailleurs
cité comme parapsychologique et donc étudiable scientifiquement, (parfois)
reproductible en laboratoire et sans connotation religieuse (cf. cas de Philipp
et Axel notamment).
Mais en laboratoire il serait mal aisé de reproduire un tel contexte à volonté.
On a donc plutôt recours à des médiums qui, sauf exceptions, ne peuvent dans le
meilleur des cas, qu'obtenir des résultats micropsychokinétiques alors que les
manifestations relèvent ici plutôt du domaine macropsychokinétique. Outre le cas
célère de Rosenheim, qui n'a pu s'expliquer autrement que par la psychokinésie,
il existe une foultitude de cas répertoriés, même depuis Suétone (1er et IIè
siècles après J-C). Il est très regrettable que certains cas tels que celui de
Enfield et l'étude méritoire et sincère qu'en a fait Playfair aient parfois été
traités avec malveillance conduisant, comme souvent avec les esprits qui se
crient forts, à conclusions hâtives. Nous l'avons démontré dans ce livre.
Force est de constater, toutefois, que ces manifestations sont souvent entachées
de supercheries (12% des cas selon Alan Gauld, 26% pour Hans Bender). Mais
chiffres et conclusions sont souvent faussés. Cela provient entre autres de ce
que certains se croient autorisés à rejeter la totalité d'une affaire parce
qu'ils la jugent frauduleuse sous prétexte que l'une ou l'autre supercherie y
aurait été décelée. C'est le commandant de gendarmerie Émile Tizané qui, bien
placé pour parler du sujet, fait remarquer que des cas de supercheries ont été
remarqués alors que survenaient bel et bien aussi, en parallèle, des phénomènes
totalement inexpliqués, lesquels ont d'ailleurs souvent fait l'objet de très
officiels constats de la part des représentants de l'ordre. C'est aussi notre
avis : s'il existe de jeunes gens qui simulent des faits extraordinaires pour
s'amuser de l'effet produit sur les témoins, il y en a aussi qui tentent de les
reproduire après leur disparition parce que cette expérience les a amusés. Le
docteur Joseph Maxwell (1858-1938), Procureur général à la Cour d'appel de
Bordeaux, avait repris une idée semblable :
"Nous ne savons pas quelles
sont les causes qui peuvent amener certains sujets à frauder : dans la majeure
partie des cas, on ne trouve aucun intérêt qui puisse les guider : on ne
s'explique pas l'origine des manifestations; on ne comprend pas comment des
petites filles de dix ou douze ans aient eu l'idée de lancer des pierres, de
casser des vitres ou de faire danser des fauteuils et voltiger des assiettes.
L'explication de leur conduite devient au contraire facile, si nous supposons
que des phénomènes vrais ont précédé l'imitation qu'en fait le jeune sujet et
lui en ont suggéré l'idée; Nous serions en présence de ces cas de fraude mixte,
ou quelques vérités se mêlent aux mensonges, cas fréquemment observables chez
les sujets professionnels du somnambulisme ou du spiritisme."
Si les cas de Vailhauquès, Nantes ou Montpellier ont trouvé des explications
rationnelles, ceux de Rosenheim, Arcachon et même Enfield restent totalement
inexpliqués, ou peuvent au contraire être interprétés selon notre approche.
Plusieurs types d'explications ont été formulés et celle qui fait autorité reste
celle du scepticisme des rationalistes et zététiciens. Cette dernière, résumée
dans les écrits du prix Nobel Georges Charpak de ceux d'Henri Broch, n'évoque
que supercheries, causes naturelles, fantasmes et autres défaillances du
témoignage humain. Des explications rationnelles devraient tôt ou tard être
détectées et la science ne serait donc pas défiée. Ce qui rend le débat souvent
houleux réside dans l'appréciation de ce "tôt ou tard" en relation avec une
future reconnaissance des neurosciences au sein des sciences pures et dures, ce
qui ne semble pas devoir se produire de si tôt. La compréhension de la relation
existant entre le cerveau et l'esprit relève aussi bien de la science que de la
philosophie, deux disciplines autrefois étroitement liées et aujourd'hui
dissociées, bien que l'évolution de la science tende par moments à un retour aux
sources. revenons-y, justement :
Genèse d'une hantise (suite)
Noël est passé; bien triste réveillon que celui où Éric a
connu une crise au cours de laquelle il évoquait son propre décès, peut-être des
oeuvres d'une entité malfaisante : "...il a dit que Nathalie serait veuve..."
Étranges propos que ceux-là, qu'un psy au courant de la situation et de la
religiosité ambiante traduirait comme une négation de leur progéniture :
Nathalie est un prénom qui évoque la natalité ou la nativité. La Noël en est la
fête par excellence ! La mère virginale de l'enfant Jésus constitue un paradoxe
qui entre en phase avec les préoccupations d'Éric. Dans ce contexte, les
décorations de circonstance et plus précisément celles de la Vierge lui
apparaissent à la fois comme une provocation et un réconfort, sinon un modèle.
Le conflit est né dans l'esprit d'Éric. Il a pris corps. il est désormais comme
personnifié; Le fait qu'Éric ait vu la vierge, ou plus vraisemblablement qu'il
ait cru la voir, le conforte dans son embrouillamini. Cette confusion, cette
antithèse, cette dualité obsédante le hante. Mais il n'exprime rien et continue
de refouler sa colère contenue dans le tréfonds de son esprit. C'est à la fois
vice et vertu. Spirituellement, psychologiquement, Éric se trouve un peu dans la
peau d'une casserole à pression sur le point d'exploser. Inconsciemment, une
soupape lui permet de se libérer. une statuette de la Vierge se fracasse, les
habitants y sont presque habitués...
Le jour de l'an ne présente guère de connotations religieuses et il est fêté
comme il se doit, mais avec force de voeux et de bonnes résolutions comme le
veulent la tradition. Ne viendra-t-on pas souhaiter au jeune couple un heureux
mariage et un enfant dans l'année ? Pour Éric, ces souhaits sont plus que de
mauvaises blagues, ce sont de véritables coups de poignard. Un enfant ? Tu
parles ! Par l'opération du Saint-Esprit ? Je serais une sorte de Saint-Joseph,
le patron des cocus.
Le 3 janvier, c'est une forme de rebelote qui a lieu au cours de la messe
dominicale. Éric n'en peut plus. Bien qu'il adhère au bien-fondé de toute cette
religiosité, elle lui fait vivre un enfer. Il est à son point de rupture et le
fait qu'il partage le lit de Nathalie, avec l'assentiment parental, est un
supplice de Tantale et une épée de Damoclès !
Le 5 janvier, on ne le sait que trop bien désormais, la goutte fait déborder le
vase. C'est la veille de l'Épiphanie ou théophanie, une fête qui célèbre
l'arrivée des Rois Mages venus apporter l'or, la myrrhe et l'encens à l'enfant
Jésus. Mais c'est aussi une fête dont l'étymologie grecque se traduit par
"manifestation" ou "apparition". C'est aussi la fin d'un cycle et le début d'un
autre, au cours duquel les jours commencent à s'allonger sensiblement. C'est
donc également, par extension, la fête de la lumière que les chrétiens
assimilent au Christ qui l'apporte. Pourtant, une autre racine, latine celle-là,
fait de Lucifer ce "porteur de lumière" (De lux=lumière et ferre=porter). Dans
cette acceptation, et bien que la plupart des gens le considèrent comme tel,
Lucifer n'est nullement un démon. Ces détails, Éric les ignorait peut-être mais
peu importe car la coïncidence demeure, remarquable : c'est bien dans la soirée
de cette journée que les événements se déclenchent, implacables, puissants,
terribles. C'est le grand chambardement. Devant le déchaînement des hostilités,
les propriétaires, n'y tenant plus, n'ont d'autre recours que d'appeler la
police. On connaît la suite...
Éric est-il donc "fou" ? Certainement pas ! il est perturbé,
frustré, tourmenté, stressé à l'extrême, envahi de tracas divers, agité,
confronté à des tensions intrinsèques et extrinsèques; En cela, il répond à
l'explication de Frank Podmore de la Society for Psychical Research, communément
appelée "de la vilaine petite fille", ou naughty little girl, qui met en scène
un adolescent perturbé, plutôt une fille qu'un garçon, aux alentours de l'âge de
la puberté, qui provoquerait directement les phénomènes, les simulerait ou
communiquerait ses terreurs ou hallucinations à son entourage; dans le cas
présent, la situation conflictuelle est évidente, elle est présente à tous les
niveaux. Éric n'a aucune conscience d'être l'auteur indirect des phénomènes, par
psychokinèse.
Ce n'est pas toujours une fille qui joue le rôle principal mais cette dernière
se devine facilement en arrière-plan, comme moteur auxiliaire. Nathalie ne
participe en rien à tout cela. Elle est seulement le graal tant convoité, le
trésor symbole-cible inaccessible qui torture le preux chevalier.
Du côté des psychanalystes on prétend que les phénomènes de poltergeist seraient
d'origine hallucinatoire. Il s'agirait d'une projection extérieure d'un conflit
psychologique intérieur. Pour Freud, il s'agirait d'un combat entre un
refoulement et une tentative de guérison qui chercherait à ramener la libido
vers ses objets. Une tentative de guérison ? Nous avons déjà parlé du
renseignement reçu du professeur Dierkens concernant les sensations perçues par
Jean-Pierre Girard lorsqu'il réussissait son phénomène. Les choses sont donc
limpides jusque là ! Nous avons vu ce qui découla du désaccord entre Jung et
Freud et qui donna naissance à la notion de phénomène catalytique
d'extériorisation et vous trouverez aussi, à la page précédente, tout le détail
concernant le modèle de l'information pragmatique de Walter Von Lucadou, qui
explique magistralement toute la dynamique même du phénomène de poltergeist dans
lequel les supercheries s'expliquent elles-mêmes sous la forme de compensations
face à la frustration de la diminution d'intensité ou la disparition des
phénomènes; dans ses explications, le physicien allemand va plus loin et évoque
des corrélations non locales que l'on peut entendre dans le sens du paradoxe
Einstein-Podolski-Rosen (EPR) et une manifestation psychosomatique externe. Bien
que tout cela soit prodigieusement intéressant, voire aguichant quant à une
possibilité d'explication des phénomènes paranormaux, cela ne repose encore sur
rien de scientifiquement démontrable, nous n'en sommes pas encore là. Mais force
est de constater que, "sur le papier", le raisonnement se tient. Il reste à
examiner un point important avant de conclure...
D'un autre côté, l'hypothèse folkloriste ou sociologique veut que les
poltergeister soient issus de l'inconscient collectif où la croyance populaire
se met en parallèle avec l'hypothèse sociopsychologique relative aux OVNI. Cette
composante entre ici en jeu via l'apparition des agroglyphes qui ont été
remarqués dans la région. Or, avant que la supercherie soit éventée et parfois
encore de nos jours, certains ufologues comme Paul Misraki ou Jacques Vallée
(excusez du peu !) rapprochent les manifestations d'OVNI aux apparitions
mariales. On retrouve donc notre sujet où sexe et religion amènent la tension.
Il ne s'agit plus d'une supposition mais d'un leitmotiv. Avec
la page précédente, vous disposez
donc maintenant de tout ce qu'il faut pour en arriver aux explications tant
attendues et vous pouvez constater que tout tient la route dans la plus parfaite
cohérence.
A un journaliste qui me demanda un jour la formule qui
expliquait les choses, on pourrait donc à la rigueur lui servir :
F*A = C*N = C'*N' < I où I représente l'Information dont on
dispose sur la question (laquelle peut donc faire l'objet de communication(s)
traditionnelles ou quantiques), F la fiabilité, A l'autonomie du système PKRS
(psychokinèse récurrente spontanée), C la confirmation et N la nouveauté. Vous
disposez, toujours à la page précédente, d'un luxe de détails disponible via le
lien pointant vers le site de l'IMI que nous n'allons pas reproduire ici, la
page atteignant déjà les limites de l'indigestion.
Passons donc à la conclusion finale qui, au stade actuel de nos
connaissances, restera donc une hypothèse :
Des
phénomènes de psychokinèse spontanée récurrente auraient exceptionnellement été
provoqués par un individu placé dans le contexte particulièrement favorable
d'une situation conflictuelle exacerbée, tant sur le plan relationnel que
religieux et sexuel. En réponse à cette situation, en guise d'exutoire et pour
soulager cette tension, son psychisme explosif aurait trouvé un biais inhabituel
ou accidentel sous la forme de "décharges énergétiques cérébrales directes ou
décalées" ou d'un processus psychosomatique externe, lesquels auraient
éventuellement pu être catalysés par la conjonction d'influences secondaires
(telluriques, géobiologiques, électromagnétiques). Les séquelles d'un
traumatisme crânien devraient aussi être évaluées quant à une éventuelle
synergie. Les sensations orgasmiques ou excitantes, un peu ambiguës, peut-être
ressenties lors de manifestations, auraient alors pu jouer le rôle à la fois
d'incitant inconscient et/ou de thérapie involontaire voisine de la
psychosomatique. Le problème de la source d'énergie pour l'application de la
force nécessaire aux déplacements et autres phénomènes a déjà été évoqué,
calculé et débattu par l'un de nos physiciens (voir
page précédente).
Signalons aussi que M. Vanbockestal
développa par la suite une hypothèse alternative, que l'on pourrait
qualifier "d'osée" et non soutenue officiellement par le CERPI, toujours
dans l'état actuel de nos connaissances.
Signalons aussi que le développement de l'affaire, au même titre que son
étude, firent l'objet de nombreuses itérations médiatiques, de qualités
variables. Nous n'en retenons que quelques unes...
Sur
Dailymotion (vidéo des débuts de l'affaire)
Sur la DH (la Dernière heure)
Sur TF1 : les 30 histoires
les plus extraordinaires
Sur Notélé avec Cathy Fiévet
Le
poltergeist d'Arc-Wattripont (excellente vidéo)
Sur KNTV, avec Barbara Gandolfi, Pascal Riolo, Esméralda Bernard et
Pierre Baille et une spécialiste de TCI - émission jamais diffusée, nous
n'avons même pas reçu la photo de groupe !
Sur Pacifique FM (radio) et la matinale de Johan
En conférence auprès de L'IMI à Paris et au Basilic à Berchem-Ste-Agathe
(Koekelberg). Vu l'espace de stockage en question, nous ne pouvons pas
inclure la totalité des documents, surtout vidéos.